[Dossier] Les studios d’effets spéciaux plongent Paris Dans la Brume

Bien qu’il n’ait pas cartonné au box-office (environ 250 000 entrées – chiffre convenable mais en-dessous des attentes de la production), Dans la brume, film de Daniel Roby sorti le 4 avril 2018, a marqué les esprits cette année puisqu’il s’est inscrit dans la récente vague des films de genre français à avoir su séduire les cinéphiles, à l’instar de Revenge, La nuit a dévoré le monde, Ghostland, Les Bonnes Manières (coproduction franco-brésilienne) ou moins récemment, Grave.

Paris, dans un futur proche, est submergé par une brume qui prend place dans toute la ville. Cette épaisse fumée tue, et elle stagne dans la capitale. Un père de famille (Romain Duris) accompagné de sa femme (Olga Kurylenko) et d’un couple de retraités (Michel Robin et Anna Gaylor) va essayer de trouver une solution pour rester en vie et sauver celle de sa fille (Fantine Harduin) atteinte d’une maladie orpheline et qui l’oblige à être enfermée dans une bulle. Paris est désert, toute forme de vie semble compromise.

Pour plonger la capitale française sous cette brume, la production (effectuée par les sociétés Quad, Section 9 et Esprits Frappeurs) a attribué un budget de 1,6 million d’euros aux effets visuels, sur un budget total estimé à 11 millions d’euros. Un ratio appréciable sur le marché du cinéma français. Le recours aux effets visuels a été sollicité dès que la brume est en action, soit 96 plans de brume numérique.

Pour Silence Moteur Action, Pascal Laurent, studio manager de Fix Studio (Quad Group), Bruno Maillard, superviseur VFX (indépendant) du film et Benoit Revilliod, superviseur 3D de Fix Studio (Quad Group), reviennent sur leur expérience pour Dans la brume. La société, mère de différentes créations risquées comme les films publicitaires de plus de trois minutes pour la marque Cartier ou des productions pour Shalimar, n’avait pas encore eu l’occasion de relever un tel défi sur un long métrage. Pascal Laurent, qui a notamment eu l’œil sur le budget VFX du film, se dit d’ailleurs prêt à accepter de nouveaux projets sur ce format, mais aucun qui ne soit plus risqué que Dans la brume. Autrement dit, la réalisation de Daniel Roby a été un véritable défi pour la société d’effets visuels… à son plus grand plaisir, bien que « le film n’ait pas eu l’accompagnement marketing qu’il aurait mérité » selon lui.

« Plus de 200 versions 3D de certains plans clés du film »

Les défis à relever étaient multiples. La brume, sous toutes ses formes, était le tracas principal des équipes. D’abord, sa représentation fut, selon le superviseur 3D Benoit Revilliod, la difficulté principale. « Nous avions tous une idée différente de ce qu’elle devait être. Sa couleur, sa densité, son mouvement, son volume, les différentes couches de gaz qui la forment… Bref, nous avons effectué plus de 200 versions 3D de certains plans clés du film. Par ailleurs, Nous utilisions des outils de simulation de fluide qui sont très gourmands en calcul et en espace disk. Il n’était donc pas facile de faire beaucoup d’itérations (comprenez « essais » ndlr) ».

L’autre principale difficulté est, qu’au moment du tournage, l’aspect de la brume n’était pas encore clairement défini. Il fallait cependant que les acteurs se l’imaginent et en prennent possession pour évoluer dedans. Ainsi, le casting n’avait que des concepts art et les explications des équipes VFX de Quad sur lesquelles s’appuyer pour appréhender le résultat final et s’adapter à l’idée qu’il s’en faisait pour jouer.

De plus, l’introduction de la brume entre les bâtiments parisiens ne fut pas de tout repos. « Une ville plus géométrique comme New York aurait été peut-être plus simple mais avec aussi beaucoup moins de charme« , imagine Benoit Revilliod. Aux grands maux les grands remèdes : « pour intégrer la brume entre les immeubles, nous les avons simplement tous remodélisés, une étape longue et fastidieuse qui nous a permis de simuler les interactions des fluides 3D avec les bâtiments. Certains artistes ont des parcours scientifiques qui peuvent être un plus pour la réalisation de ce type d’effets » explique le superviseur 3D.

Un travail d’orfèvre

Finalement, la brume a été imaginée à partir de prises de vues aériennes de nuages, de nuages de pollution ou encore de vraie brume. Benoit Revilliod explique que pour cette étape, les équipes dédiées de Quad étaient à l’entière écoute de Bruno Maillard (superviseur VFX du film) et du réalisateur. Le premier a rencontré le second un mois et demi avant le début du tournage. Ensemble, ils ont repéré les meilleurs points de vue depuis les toits de Paris. Bruno Maillard était alors chargé de retranscrire les mots et les sensations du réalisateur, en images.

Au rendu, la brume est définie par ses créateurs comme plate et dense. Pour la couleur, en pré-étalonnage avec le directeur de la photographie, Pierre-Yves Bastard, l’équipe a posé une couleur rouge orangée lorsque l’action se passe dans la vraie brume, celle générée via des machines à fumée dans le décor en studio. Cette couleur a été choisie car elle « donne plus de toxicité à la brume et un sentiment oppressant dans tous les plans« . Mais cela ne fonctionnait pas pour les plans sur les toits. « La brume devenait trop sale, ne s’intégrait pas à l’environnement des toits parisiens. Nous avons alors décidé de ne la teinter que légèrement et de faire une progression vers cette couleur orangée dans la scène ou Romain [Duris] s’enfonce dans la brume dans la cour intérieure » explique Bruno Maillard. Un jeu de couleur progressif, invisible pour le spectateur mais bel et bien réel pour les personnes chargées de ce travail. Du parfait cinéma !

Le Canada et le CNC, précieux alliés de Dans la Brume

Si cette fourmilière a su et a pu fonctionner comme cela, c’est que Dans la Brume a obtenu plusieurs aides financières conséquentes, notamment du CNC (le « Centre national du cinéma et de l’image animée » est un organisme professionnel qui réunit les professionnels du cinéma et qui définit le cadre de leurs activités. Il participe au financement de la quasi-totalité des productions françaises, TV et cinéma). Pascal Laurent explique que Dans la Brume a été le premier film à bénéficier de la nouvelle mouture du fond d’aide CVSA (aide à la création visuelle ou sonore par l’utilisation des technologies numériques de l’image et du son) du CNC, avec l’aide automatique, l’aide sélective et l’aide au pilote. Trois aides cumulées provenant du CNC donc, un coup de pouce indispensable pour l’équipe. (Rappelons que le CNC a déployé et déploie de multiples solutions afin de garder les équipes de production d’effets visuels sur le sol français et en attirer de l’étranger – plus d’informations dans notre article Le marché des effets spéciaux en France, la renaissance ?). Le film a également bénéficié de l’aide de la Commission du film de la Région Ile-de-France pour qui les enjeux artistiques et visuels devaient être accompagnés.

La post-production s’est quant à elle effectuée au Canada et ce choix fut « clairement pris pour des raisons budgétaires » explique Pascal Laurent. « Nous avions une coproduction canadienne (le réalisateur est canadien, ndlr.) qui nous a permis de bénéficier des crédits d’impôts québécois, extrêmement avantageux. Nous avons travaillé avec Oblique FX qui s’est occupé de la quasi-totalité des effets autres que ceux en lien avec la brume. Mais nous avons supervisé la totalité des effets« . Un aller/retour à Montréal a été organisé afin que les équipes québécoises et françaises se rencontrent et échanges. Elles ont pu ainsi mettre en place les méthodologies de travail.

Le visionnage et la validation des plans s’effectuaient par cessions Skype. En termes de répartition, sur environ 900 plans, 400 ont été faits en France, dont les effets de brume essentiellement.

Petite fiche technique chiffrée :

Entre Paris et Montréal, 32 graphistes ont travaillé sur la 3D, 41 sur le composing (« méthodes numériques consistant à mélanger plusieurs sources d’images pour en faire un plan unique »).


Fix Studio a réalisé 230 plans du film

Ses missions :

  • conception et recherche artistique pour la brume
  • effets visuels sur les plans extérieurs (toits)
  • création 3D et intégration de la brume dans les rues
  • interaction de la brume avec les acteurs
  • photogrammétrie pour remplissage rues
  • matte painting pour la transformation de l’environnement
  • réaménagement des rues
  • effaçage des bâtiments existants
  • mattes pour les vues en extérieur nuit
  • pour la plan séquence de la course de Mathieu et Anna poursuivis par un chien : création d’assets, de rue, du pont, de voitures

Oblique Fx, société de post-production basée à Montréal,
a réalisé 215 plans du film

Ses missions :

  • extensions de décor des étages supérieurs dans les rues
  • création des assets extérieurs place des victoires et Metro aérien ,
  • les intégrations d’écrans
  • insertion de la foule pour la scène à Montmartre
  • effaçage de câble

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