[Dossier] Bilan 2017 (2) : ces femmes qui ont marqué nos écrans

Elles ont marqué l’année de bien des manières : à l’écran comme au quotidien, les choses changent. La représentation des femmes au cinéma et à la télévision connaît un nouveau souffle, et répond à ce besoin de sortir de rôles stéréotypés. Il y a deux ans, Lucasfilm créait une rupture jamais vue dans la saga Star Wars, en laissant pour la première fois un personnage féminin prendre à la fois le sabre laser et la tête d’affiche. On a vu Lena Dunham porter sa série Girls, Tatiana Maslany interpréter clone après clone, toujours aussi attachante, dans Orphan Black (achevée cette année). Le test de Bechdel (qui détermine si une oeuvre est portée ou non sur la masculinité) est revenu sur le devant de la scène. Du côté des blockbusters super-héroïques, Warner et DC ont dégainé les premiers, avec le Wonder Woman de Patty Jenkins, premier film sur une super-héroïne réalisé par une femme. Gal Gadot ouvre le pas pour sa comparse Brie Larson, qui campera le rôle de Captain Marvel chez Disney et Marvel Studios…

Cette année, la voix des femmes s’est faite entendre à maintes reprises : pour dénoncer Donald Trump (comme a pu le faire Meryl Streep) et surtout le harcèlement, de quelque nature qu’il soit. L’affaire Weinstein est encore sur toutes les lèvres, les révélations qui entachent le tout Hollywood masculin aussi. À l’écran, elles furent toutes aussi nombreuses à se montrer féroces, audacieuses, et indépendantes. Nous avions envie de les célébrer avec vous…

Super Gamines

© Audrey PlanchetPartageant toutes deux une grande maturité et une capacité à montrer leurs dents à peine le danger flairé, Mélanie (Sennia Nanua) mène avec intelligence The Last Girl, belle surprise dans le genre du film de zombies, tandis que Laura (X-23) (Dafne Keen) donne toute son énergie bestiale de jeune mutante là où celle de Logan s’envole. En apprenant à maîtriser leurs pulsions, dues aux prémices d’une contamination pour la première et à des pouvoirs pour la seconde, l’esprit des jeunes femmes se développe dès le plus jeune âge et cette année sur grand écran, le message est passé : il serait bien malvenu de les sous-estimer. Dans I Am Not A Witch, la petite Shula (Margaret Mulubwa) est accusée de sorcellerie et victime de la superstition des hommes. Elle fait face au monde et se rend menaçante en utilisant ses prétendus pouvoirs, prête à tout pour se libérer de l’emprise de ses détenteurs…

Libres et sans repères

© Audrey Planchet

En arpentant les routes nord-américaines pour vendre des magazines au porte à porte avec une bande de jeunes dans American Honey et en campant un motel à proximité de Disney World en Floride avec d’autres familles laissées pour compte dans The Florida Project ; Star (Sasha Lane) et Moonee (Brooklynn Prince) reflètent à merveille une certaine jeunesse américaine, précaire et errante. La première, jeune adulte en rupture familiale livrée à elle-même, apprend à se forger ses propres limites alors qu’elle plonge tête la première dans les émois de son âge. La seconde occupe ses journées à faire travailler son imagination dans l’immense décor de bord de route que lui offre son lieu de vie provisoire, sans que sa mère ne lui donne de cadre, en apprenant seule à démêler les bêtises des jeux d’enfant qu’elle improvise avec ses camarades. Ces personnages bruts et débrouillards vont à l’encontre des artifices longuement imposés à l’image de la femme.

Mutations vers l’âge adulte

© Audrey Planchet

Il semblerait que l’entrée à la fac soit plus que déterminante dans la vie des jeunes gens. A tel point qu’elle impacte directement le corps des jeunes femmes dans deux grands films de genre, coups de cœur de Silence Moteur Action. Le bizutage de Justine (Garance Marillier dans Grave), végétarienne et forcée de manger de la viande, réveillera en elle un appétit incontrôlable de chair humaine alors que Thelma (Eili Harboe) sera en proie à de violentes crises d’épilepsie et se découvrira des pouvoirs hors normes à peine sera-t-elle attirée par une camarade de classe. Émancipation du carcan familial, transgression des interdits, éveil du désir sexuel, devenir femme ne cesse d’évoquer aux cinéastes de nombreuses interprétations métaphoriques, dans le fond comme dans la forme.

Fortes et fatales

© Audrey Planchet

On ne saurait que trop vous conseiller ces trois séries, ne serait-ce que pour la place qu’elles accordent aux personnages féminins, qui font rimer classe avec indépendance et ambition, à trois époques bien différentes. Dans The Deuce, la sulfureuse Candy (Maggie Gyllenhaal) est la seule prostituée qui ne possède pas de mac. Aspirant à un plus large épanouissement pour elle et son fils, elle est bien décidée à exploiter son talent pour la direction artistique de films pornographiques… Dans la troisième saison de Fargo, l’irrésistible Nikki (Mary Elizabeth Winstead) crève l’écran tant sa perspicacité fait généralement tourner les événements en sa faveur, son improbable couple avec Ray (Ewan Mcgregor) témoigne de son caractère dévoué et passionné. Dans Godless, les femmes de La Belle se rebellent : seules pour mener la ville après le dramatique accident minier qui a coûté la vie à leurs maris, les habitantes se préparent à affronter l’un des plus grands truands du Far West. Elles sont menées par le personnage d’Alice (Michelle Dockery), mère de famille qui met de côté ses différends et son allure solitaire pour venir en aide à la ville.

Jessica Chastain : femme d’influence

© Audrey PlanchetNommée aux Golden Globes pour son rôle glaçant dans Miss Sloane, Jessica Chastain n’en finit pas de nous éblouir par ses performances et ses choix de carrière. Plongée dans la peau d’une femme d’influence prête à tout pour la gagne, dans le film de John Madden, l’actrice partage bien des similitudes avec le personnage d’Elizabeth Sloane. Fervente militante dans la lutte contre le port d’armes, Jessica Chastain est – aussi – ouvertement féministe : après la Women’s March de janvier dernier, au cours de laquelle les femmes marquaient leur défiance envers les propos misogynes de Donald Trump, la comédienne a soutenu ses collaboratrices avec la même ferveur suite à l’affaire Harvey Weinstein et les révélations qui en ont découlé.

On la retrouve dans d’autres rôles de femmes de conviction, notamment dans La Femme du gardien de zoo de Niki Caro (réalisatrice du futur film Disney live-action Mulan), relégué à une sortie direct-to-video dans l’Hexagone. Elle y campe Antonina Żabiński, et fait revivre l’histoire vraie du couple parvenu à sauver de nombreux juifs dans leur zoo à Varsovie, pendant la Seconde Guerre mondiale. En janvier, elle sera à l’affiche du premier film d’Aaron Sorkin, Le Grand Jeu (ou Molly’s Game), et très certainement parmi les nommées des Oscars et Golden Globes pour son interprétation !

Partout au ciné, partout dans les séries

© Audrey Planchet

De la glaciale Anna (Mise à mort du Cerf Sacré) à la parfaite Céleste qui dissimule pourtant un lourd secret (Big Little Lies) en passant par l’intransigeante Miss Martha (Les Proies), 2017 à bel et bien été l’année de tous les rôles pour Nicole Kidman. Le Festival de Cannes a justement saisi cette occasion exceptionnelle pour la récompenser d’un prix spécial. C’est dans la seconde saison de Top of the Lake que son personnage, Julia, croise la solide Robin, interprétée par l’irremplaçable Elizabeth Moss. Également sur les devants de l’affiche en 2017, celle-ci a incarné l’exubérante Julia dans la Palme d’Or The Square et aura littéralement coupé le souffle aux spectateurs de la série dystopique The Handsmaid’s Tale, dans le rôle principal de June, rebaptisée Offred.

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Figures fétiches de David Lynch

© Audrey Planchet

Actrices bien connues de l’univers du cinéaste américain, elles ne figuraient pourtant pas au générique des premières saisons de Twin Peaks. Dans la troisième, c’est avec un plaisir immense que le spectateur a cependant retrouvé Naomi Watts et Laura Dern, qui incarnent Janey-e, l’épouse éternellement dévouée à son tendre Dougy et Diane, la mystérieuse interlocutrice de l’agent Cooper dans les premières saisons dont on ignorait jusqu’à présent le visage. L’occasion pour David Lynch, dont le dernier long métrage Inland Empire a maintenant 10 ans, de retrouver l’ensemble de ses acteurs fétiches…

Les revenantes

© Audrey Planchet

Ce sont deux prétextes bien différents qui ont fait revenir cette année deux visages rendus cultes sur nos écrans il y a maintenant plusieurs décennies. C’est en 1982 que Rick Deckard (Harrison Ford) tombait amoureux de Rachel (Sean Young) dans le Blade Runner de Ridley Scott. A l’occasion de la suite du film Blade Runner 2049 par Denis Villeneuve, on a assisté cette année à leurs retrouvailles inespérées où l’étrange apparition de Rachel, dans laquelle son beau visage n’a pas pris une ride, a autant dérouté que fasciné les spectateurs et Rick lui-même. Quant à Laura Palmer (Sheryl Lee), David Lynch lui avait fait donner rendez-vous à l’agent Cooper (Kyle MacLachlan) il y a de ça 25 ans à la fin de Twin Peaks. Rares sont ceux qui peuvent se permettre de réveiller les morts mais quand les grands noms s’y collent, on ne peut qu’admirer le geste.

Article coécrit par Gabin Fontaine et Audrey Planchet / Illustrations : Audrey Planchet


A retrouver également, dans notre bilan 2017 :


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