Décryptage de générique : Luther, « un portrait pictural »

Après le générique de Sherlock, Silence Moteur Action se penche sur celui de la série Luther. Bijou de graphisme et quasi marque de fabrique de la BBC, ce générique est avant tout une mise en bouche efficace pour appréhender la série. Univers, ambiance, psychologie… Tout y est pour se plonger avec plaisir dans un polar pas comme les autres. Décryptage.

Luther, qui es-tu ?

A ceux pour qui Luther est une nouveauté, petit retour au cœur d’un polar anglais servi par la BBC. La série créée par Neil Cross suit le personnage de John Luther, incarné par Idris Elba, policier à la section criminelle de Londres. Impliqué dans une affaire de tueur d’enfants et tout juste « remis » d’une dépression nerveuse, ce flic toujours au bord de l’explosion poursuit les criminels avec un sens bien à lui de la justice. Une série qui nous tient en haleine du début à la fin et nous offre une panoplie de psychopathes sous tous leurs angles. 

Graphisme à la une

On connait les prouesses de graphisme des génériques de Game of Thrones, True Detective et bien d’autres, mais, en moins connu et peut-être plus simple, Luther représente bien le genre.

Silhouettes, jeux d’ombres, ambiance nocturne… on se trouve clairement dans un Londres corrompu et guère rassurant. On suit le personnage dans la nuit londonienne et tout ce qu’elle comporte. Le choix des couleurs noir et rouge impose un univers sombre et sanglant, au cœur d’une section spécialisée dans les crimes violents. La succession d’images, références au monde de la série, sont des indices nécessaires : empreintes digitales, radios dentaires, ruban jaune de délimitation, grillages barbelés, impacts de balles et évidemment vues de Londres.

De la même manière, les couleurs apparaissent comme des tâches de sang et les nombreuses lignes droites présentes donnent une certaine impression claustrophobique. Le personnage de Luther ne peut pas plus se libérer de ses démons que nous ne pouvons nous libérer de la série. Ces lignes représentent également cette limite mentale entre la folie et la stabilité, qui renvoie aussi bien aux criminels poursuivi par Luther qu’à lui-même.

Nic Benns, designer et directeur créatif du studio Momoco (l’un des studios les plus prolifiques dans ce domaine au Royaume-Uni), et son associée Miki Kato signent ce générique pour la BBC. Benns revendique sa manière de travailler : « On traite les génériques comme une couverture de livre dédiée à la série. […] ils doivent toujours faire référence à l’univers de la série. Ils doivent retranscrire une ambiance, un ton et attirer le spectateur pour qu’il sache où il va ». Et en ce qui concerne Luther, « c’est la dualité du personnage que je voulais refléter, dans son aspect psychologique ».

Différentes idées émises par le studio Momoco pour la réalisation du générique Luther
Différentes idées émises par le studio Momoco pour la réalisation du générique Luther

Les deux associés ont peint 20 scènes différentes avant de les recomposer et de les animer numériquement en utilisant des plans choisis d’Idris Elba fournis par la production. La typographie utilisée, renvoyant au caractère imparfait de Luther, a également été faite à la main. Ce travail a d’ailleurs été récompensé par la Royal Television Society lorsque le studio Momoco a été nominé dans la catégorie Best Titles pour le générique de Luther en 2010.

Le charme Elba au service de l’obscurité

Jusqu’au choix de la musique – merci à Massive Attack -, Luther est l’élément central de cet univers. Avec Paradise Circus, la voix féminine de Hope Sandoval ajoute à cette introduction noire un côté sensuel très attaché au personnage joué par Idris Elba et à son charme fascinant. En effet, le générique a un côté magnétique, attirant, comme un jeu malsain. Ici, le studio Momoco a parfaitement compris l’aspect sexy et mystérieux apporté par le trip-hop.

Idris Elba, dont on connait bien le talent, nous maintient à bout de souffle et la réussite de la série tient dans sa faculté à nous faire déceler à quel moment le personnage franchira la limite de son travail, pour le faire lui-même. En ce sens, le générique sert d’aperçu à la découverte de sa personnalité. On y voit la silhouette de Luther, de dos comme de face et bien reconnaissable, et plusieurs plans alternés sur son visage ainsi que ses yeux. Sa stature apparaît mais on ne le découvre jamais en pleine lumière, toujours sous différents angles : le reflet d’un homme instable et ayant ses propres secrets.

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