Décryptage de Générique : The Leftovers, ceux qui restent et ceux qui partent

Oz, The Wire, Six Feet Under, True Blood, HBO nous a offert ce qu’il se fait de mieux en terme de générique. Aussi après un bref détour vers AMC avec Turn, on revient vers notre maître à tous pour cette analyse du générique de la série de l’été The Leftovers.

Si HBO peut se vanter d’avoir été le précurseur d’une nouvelle façon de considérer la télévision et d’avoir nettement élevé le niveau tant d’un point de vue visuel qu’en terme de contenu, il faut reconnaître qu’elle n’est désormais plus la seule à jouer sur ce registre. AMC empile les succès avec Mad Men, Breaking Bad, Hell on Wheels alors que FX s’installe comme une valeur sûre et s’appuie sur des shows comme Sons of Anarchy, Justified, American Horror Story. Showtime monte en gamme avec Masters of Sex, The Affair quand Starz racole et enchaîne les petits plaisirs coupables tels que Da Vinci’s Demons et Outlander. Face à des concurrentes de plus en plus agressives, HBO doit défendre son trône à tout prix et se montrer à la hauteur de sa réputation. Le moins que l’on puisse dire c’est que la chaine cryptée s’est démarquée dès le moins de janvier avec True Detective unanimement acclamée et enchaîne avec la très attendue The Leftovers. Que se passe-t-il lorsque qu’une partie de l’humanité se retrouve purement et simplement rayée de la carte du jour au lendemain ? Trois ans après les événements, la population de Mapleton vit toujours dans un chaos relatif. Servie par l’auteur du roman homonyme de la série, Tom Perrotta et par Damon Lindelof (Lost), The Leftovers met en scène des hommes et des femmes confrontés à la tragédie et cela commence par un générique bouleversant tout à fait remarquable. HBO se lance dans la science-fiction philosophique avec The Leftovers et cela se sent jusque dans son générique.

Découvrez ci-dessous le générique de The Leftovers sur Silence Moteur Action…

 

Le point de départ de The Leftovers est bien évidemment cette disparition inattendue d’une partie de la population mondiale. C’est donc tout naturellement que le générique de The Leftovers accorde une place majeure à cet événement au point de se focaliser exclusivement sur ce bref instant où le lien s’est rompu entre les disparus et leurs familles, le prolonge et lui donne une ampleur dramatique supplémentaire en le matérialisant d’une part et en choisissant d’exclure les images de la série au profit d’une animation évoquant une fresque d’autre part. Le choix de la fresque voudrait faire en sorte que ce générique prenne une valeur de témoignage, qu’il soit l’hommage des leftovers envers leurs disparus, qu’il soit un référent, un rappel constant de la tragédie, de l’événement qui a tout changé pour eux. C’est pourquoi certains personnages semblent faire références à des personnes présentes dans la série. Le générique de Garson Yu (The Walking Dead) et John Foster s’attache nettement à nous représenter cette séparation brutale, en se défaussant de toute explication, mais en mettant l’accent sur le ressenti, sur l’indicible et bouleverse le téléspectateur grâce à une orchestration magistrale que l’on doit à Max Richter et un flot d’émotions qui parcoure les personnages aussi bien dans leurs expressions faciales que dans leurs gestuelles. On retrouve des personnages dans des positions contemplatives, des victimes impuissantes attirés par le haut, un personnage féminin tient son visage entre ses mains pour pleurer son enfant et est consolée maladroitement par l’homme qui se tient à ses côtés, des hommes excédés en proie à la violence et d’autres personnages dans des positions plus lascives. Le duo Yu-Foster met en scène des personnages confrontés à la tragédie et oppressés par elle à travers des figures partagées entre des sentiments contraires : le désir, le désespoir, la peur, l’extase, l’horreur… et nous offre un ballet pathétique absolument sidérant.

L’omniprésence de la religion

Le générique de The Leftovers est à l’image de la série qu’il représente, il est emprunt de références religieuses et marqué par une dimension philosophique certaine. Le choix de l’édifice religieux (une cathédrale) et de la fresque style Renaissance (seul impératif exprimé par Lindelof au moment de la commande) évoque sans mal l’œuvre humaniste du XVe siècle et la Chapelle Sixtine avec ces corps nus qui semblent flotter. Le générique de The Leftovers, reprend cet idéal de beauté, ces cieux célestes, à son compte et mime l’acte créateur en insufflant la vie ie le mouvement à ses personnages. Les corps sont malgré tout en proie à deux mouvements contraires. On a dans un premier temps une sorte de rotation autour de personnages qui restent et qui se trouvent donc piégés dans le bas du dôme et ceux qui partent et donc qui symboliquement s’élèvent (comme des anges) jusque dans le cœur du dôme d’où émane une lumière qui semble directement faire référence à Dieu. Dieu qui fait figure ici de réponse par défaut car ce qui domine pendant le visionnage du générique c’est cette hébétude du spectateur comparable à celle du personnage piégé dans le bas de la coupole qui se demande « pourquoi », « comment » « et après ? ». Ces questions sont communes à toutes tragédies auxquelles l’homme se retrouve confronté. Tragédies dont on peut trouver des exemples dans la Bible, les termes même de « Departure » ou « Sudden Departure » (trad. « départ soudain ») semblent faire écho à de grands événements tels que l’Exode, ou plus proche de nous, à la Shoah (trad. en hébreu « catastrophe »). The Leftovers prend la disparition comme élément catalyseur d’une société disparate rassemblée autour d’une même souffrance, d’une même prière.

Un long chemin vers la catharsis

Cette réflexion philosophico-religieuse se prolonge dans la musique de Max Richter à travers un son annonciateur de l’apocalypse – un gong (court et brutal) – qui laisse sa place à une mélodie plus enlevée – un chant à caractère religieux (voluptueux) – favorisant une élévation spirituelle, évoquant une lamentation qui semble guider les leftovers vers un sentiment transcendantal, la catharsis. Car l’apocalypse n’est pas la fin de toute chose mais la révélation de ce qui était caché. Ici l’apocalypse prend la forme du deuil. Dans The Leftovers les personnages cherchent autant à donner un sens au départ de leurs porches qu’à en donner un à leur existence et ils se considèrent donc à la fois comme des survivants (soumis à la culpabilité) et des laissés pour compte (qui envient ceux qui ne sont plus là). Ils expérimentent toutes les étapes du deuil à savoir le choc, la stupeur, puis la colère, la révolte, la recherche d’un coupable, suivi d’une phase de dépression, d’abbatement, de résignation, d’une crise profonde qui teste leur foi. Chaque phase doit conduire celui qui est en deuil à l’acceptation de la mort, de la perte et donc à la catharsis. Oui mais voilà le deuil ne s’opère pas de façon uniforme chez Kevin, Jill, Laurie, Nora et les autres. La peinture de la fresque s’écaille, les souvenirs se font moins précis, la douleur moins présente car trois années ont passé et pourtant les tensions sont toujours vives à Mapleton car les deuils des uns bousculent ceux des autres. Le « Departure » est l’élément déclencheur d’une réaction en chaîne qui pousse les leftovers à l’affrontement mais dans ce processus certains pourraient bien parvenir à toucher du bout des doigts cette catharsis.

Le générique de The Leftovers est une belle pièce bouleversante qui évite d’utiliser les images de série tout en y faisant des références plus qu’évidentes et tient compte de tout le sous-texte philosophique de la série.

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