Décryptage de générique : Oz, un univers carcéral impitoyable

Oz, première production originale

Oz est une série de la chaine HBO et lancée en 1997. Contrairement à ce que l’on peut penser lorsque l’on entend le titre, Oz est un drama. La série dépeint en effet le quotidien d’hommes enfermés dans la prison de haute sécurité d’Oswald dont le diminutif est Oz. Au sein de cette prison se trouve une unité très spéciale où sont regroupés les prisonniers les plus dangereux et les simples délinquants. Cette unité qui s’appelle Emerald City a pour but de favoriser la réinsertion de ces criminels et les faisant se côtoyer avec les délinquants de bas étage. Oz est la première création originale d’HBO. C’est avec cette série qu’elle commence à bâtir sa réputation. Thème plus libre, particularités économiques de la chaine qui va la servir…Tout comme la série, le générique nous donne un assez bon aperçu de la vie carcérale.

Intéressons-nous tout d’abord au titre : Oz. Lorsque l’on a les connaissances pour comprendre l’intertextualité de ce titre, cela peut être pris comme de l’ironie. En effet, ce nom fait aussi référence à la magie, à un monde imaginaire et joyeux, celui du magicien d’Oz. Bien sûr, nous sommes bien loin de cet univers féerique. Le titre de la série se retrouve dans le générique, mais pas de la manière dont on s’y attend. On voit ainsi un personnage qui se fait tatouer sur le bras « Oz » avec la même typologie que le titre lui-même. Un tatouage, ça fait mal, c’est une trace presque indélébile. On peut comprendre par-là que la prison laisse une trace, on en ressort changé. De plus, la douleur que l’on ressent avec un tatouage peut aussi être la métaphore de la douleur que peuvent ressentir les prisonniers à Oswald (les passages à tabac sont récurrents dans cette série). De plus, la grosseur du trait va être remplie par l’encre du tatoueur. C’est une épreuve qui fait mal et on se doute dès lors que la série sera brutale mais aussi réaliste.

Une personne qui regarde pour la première fois le générique d’Oz peut être surprise et peut associer le générique à un documentaire. Les bandes blanches au-dessus et en-dessous, les images réalistes représentant des scènes quotidiennes nous donnent l’impression de réalisme. Tout d’abord ce générique nous informe sur le thème de la série : le monde carcéral. On voit des images de vie quotidienne en prison. L’univers carcéral est dépeint avec beaucoup de réalisme et le message que l’on retient est celui de la dureté de la vie en prison. La typographie est importante : Oz fait référence au tatouage donc à la douleur. Il y a une occurrence de ce tatouage tout au long de la séquence, comme un leitmotiv : ne pas oublier ce qu’est la prison.

Tout comme pour certain générique, il y a un changement d’une saison à l’autre. Oz a eu le droit à 6 saisons et pour chaque saison un générique avec des images différentes. Mais certains plans restent les mêmes. Intéressons-nous maintenant aux images que l’on retrouve dans les six génériques. Il y a évidemment des leitmotivs qui reviennent toujours : les scènes de religion (on voit des musulmans en train de prier, une bible etc…), des scènes de la vie quotidienne en prison comme les prisonniers dans la cour en train de jouer au basket ou aux dames. Mais la prison est aussi synonyme de violence. Pour représenter cette idée, on voit des plans assez durs : prisonnier à terre blessé, un autre tenant un cutter ensanglanté. Dans la saison 6 et si l’on est attentif aux images, on voit un prisonnier touché à la jugulaire et se vider de son sang (entre la 19ème et la 20ème seconde). Il y a aussi des scènes de bagarre dont un plan qui revient à chaque générique : un groupe de prisonniers en train de lyncher un délinquant. Un thème auquel on s’attend est aussi développé : le trafic. On voit en effet des images dans lesquelles les criminels et délinquants s’échangent drogue et pilules. Les forces de l’ordre veillent évidemment au grain : la série présente en effet les deux parties de la vie en prison. Les criminels et les forces de l’ordre.

A bien des égards, ce générique peut choquer : il ne fait pas dans la subtilité et tient à montrer tout ce qui se passe dans la prison, que ça choque ou non. Il y ainsi de nombreuses scènes de nudité dans les six génériques : un prisonnier nu malmené, une prostitué à moitié nue, des scènes sexuelles implicites… L’autre thème qui peut être tabou est celui de la peine de mort. On voit ainsi des prisonniers en train de mourir, soit par électrocution soit par pendaison. Ce sont des images assez dures et le jeu du zoom y participe. On voit en effet le corps d’un personnage trembler, puis la caméra remonte vers son visage. Celui-ci porte un masque et il est attaché à une chaise. La caméra s’attarde ensuite sur sa main qui tremble, elle aussi à cause de l’électrocution. Le plan suivant représente le prisonnier sur la table, mort. On aperçoit en arrière-plan les témoins de cette électrocution. Autre tabou suggéré dans ces différents génériques : l’homosexualité. Réalité parfois ignorée dans les programmes de l’époque, la série met en avant l’homosexualité dans le milieu carcéral. Dans le générique, cela est suggéré par quelques scènes rapides qu’on peut voir par exemple dans celui de la saison 1 (à 1 minute 14).

Le générique met aussi l’accent sur les objets symboliques grâce à un jeu de zoom : le travail du tatoueur passant et repassant sur les lignes du tatouage (toutes les saisons), le zoom sur les pilules en pagaille (saison 6), sur les rails de coke (saison 2), sur le pistolet (saison 6)… Il est intéressant de voir que l’on ne nous montre pas les visages qui sont coupés au niveau du menton. Peut-être cela sert-il à universaliser ce générique et montrer que cette série représente la vie quotidienne dans toutes les prisons du monde ? On voit ici que l’attention est portée tant sur les images que sur les mots ou plutôt le seul mot qui est récurent comme pour ne pas oublier où l’on est : Oz. Les noms des acteurs sont quant à eux insérer au niveau des bandes blanches, pour ne pas empiéter sur les images qui sont prédominantes. Les noms apparaissent à des endroits différents. Ce sont les acteurs que l’on verra dans la saison et non pas dans l’épisode. La multiplicité des images et la vividité de ses dernières vont de pair avec la musique. Les images s’enchainent et certaines sont plus rapides que d’autres (comme pour le plan où l’on voit un prisonnier se vider de son sang). Le téléspectateur peut aisément revenir sur les images pour les décrypter.

Ce générique s’inscrit donc l’identité de la chaine HBO. Ce générique ne se donne aucune limite et veut montrer et dénoncer avec réalisme l’univers carcéral : viol, drogue, violence… Les scènes de nudité, leur réalisme, ce qui est implicite et explicite sont des choses que l’on ne pourrait pas trouver dans le générique d’un network. HBO veut montrer tout en étant consciente qu’elle peut choquer. Elle se le permet d’autant plus qu’elle en a le droit. Rappelons que ce générique date de 1997 et qu’à cette époque HBO prenait toujours plus d’ampleur et osait être différente. Ce générique en est la preuve. A noter aussi que le thème de la vie carcérale n’avait jamais été traité jusqu’à présent dans une série. Le thème est dès le début original, différent. En jouant sur le réalisme avec générique, la chaine touche une corde sensible, ce que le téléspectateur ne connait pas et qu’il connaitra par la suite chez HBO. Jean-Pierre Esquenazi (Les Séries Télévisées, l’avenir du cinéma ?, p. 32) affirme ainsi que « le moyen le plus sûr de “faire vrai” dans le domaine audiovisuel a toujours consisté à évacuer le plus clairement possible le spectacle et le spectaculaire ». C’est clairement ce à quoi nous avons affaire ici.

3 thoughts on “Décryptage de générique : Oz, un univers carcéral impitoyable

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

5 Partages
Partagez5
Tweetez