[Critique] Yéti & compagnie : une avalanche de bonheur

Après Cigognes et Compagnie et La Grande Aventure Lego, la Warner Animation Group (WAG) revient avec un vent de fraîcheur et s’impose dans le monde de l’animation avec Yéti et Compagnie, réalisé par Karey Kirkpatrick et Jason Reisig. Difficile de rivaliser avec les maisons Pixar et Disney ? Ici, le pari est réussi : Yéti et Compagnie séduit par l’entremêlement habile de la précision de son esthétique et des thématiques qu’il aborde.

Dans un petit village isolé au sommet des montagnes subsiste une légende selon laquelle une créature monstrueuse existerait bel et bien : l’humain. Migo, un yéti vivant dans cette communauté fondée sur des lois gravées dans la pierre, va faire la rencontre d’un « petit pied », appellation utilisée par les yétis pour désigner les hommes. Migo se met alors en tête de convaincre la communauté de leur existence. Mais remettre en question les rudiments de sa propre société est une tâche qui s’avère souvent effrayante et difficile.

Les yétis rencontrent le monstre

Yéti & Compagnie se base sur un concept ludique : le procédé inverse du mythe du yéti. Ce renversement des rôles est traité intelligemment car il permet à la fois une complicité entre le spectateur et les yétis tout en faisant un portrait critique subtil des humains. En VO, le film profite d’un casting vocal assez éclectique grâce à la voix de l’acteur Chaning Tatum (Magic Mike), du présentateur James Corden mais aussi celle du basketteur LeBron James et de la chanteuse Zendaya qui bercent et rythment le film. Pour la VF il faudra se contenter des voix de Julien Doré et d’Amel Bent.

Si Yéti et Compagnie bénéficie d’une maîtrise toujours parfaite de l’humour et des couleurs vives qui envahissent l’écran, il atteint son paroxysme en intégrant des interludes musicaux au film. Ce film d’animation flirte avec la comédie musicale et nous offre notamment une reprise du titre de Queen et Bowie, Under Pressure, ou encore d’un monologue mis sous forme de rap, renforçant la vision dynamique et contemporaine du monde qu’il défend. C’est avec cette forme que le film traite des relations père-fils et interroge sur la question d’un certain déterminisme, mais aussi de relations amicales et amoureuses, autant chez les yétis que chez les petits pieds!

Un petit pas pour l’Homme, un grand pas pour le yéti

Si le cinéma d’animation a parfois tendance à oublier son spectateur adulte, privilégiant son jeune public, ce n’est pas le cas de Yéti et Compagnie où tout spectateur est concerné, et ce, quelque soit l’âge. Sous ses aspects de divertissement et de bons sentiments, le film aborde des thématiques politiques et sociétales actuelles. Les pierres dictant la loi aux yétis sont une belle métaphore des textes religieux et ne sont pas sans rappeler le poids des traditions au sein d’une communauté. Le film traite avec justesse d’une quête permanente de vérité qui anime les personnages principaux et du basculement qui s’opère lorsque Migo découvre que sa société ne repose que sur le mensonge et sur un cercle vicieux infernal.

Le film est à la fois didactique (autant pour les enfants que les adultes) et interactif car il questionne son spectateur sur le rôle protecteur que peut incarner le mensonge et sur la fonction de la peur dans une collectivité. Si les yétis n’arrivent pas à rompre avec les valeurs selon lesquelles ils ont été éduqués, les humains, eux, les ont complètement délaissés au profit d’une quête de notoriété ou de violence. Cette forte opposition permet de comprendre la nécessité d’un certain équilibre entre les deux mondes si l’on veut accéder à une société durable. On aurait envie, en sortant de la salle de cinéma, de conseiller aux politiciens de voir le film, pour simplement rappeler que la société d’aujourd’hui manque profondément d’une certaine candeur que le film embrasse.

Conclusion : pour vous préparer au froid qui arrive lui, à grand pas, oubliez les bouillottes et courrez plutôt voir Yéti et Compagnie qui, du haut de l’Himalaya, saura malgré tout réchauffer votre petit cœur. Touchant, dynamique et drôle, le film réunit toutes les qualités nécessaires pour faire l’éloge de la curiosité et une critique engagée, mais toujours bienveillante, du monde moderne.


Yéti & compagnie
Un film de Karey Kirkpatrick
Sortie le 17 octobre 2018


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