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[Critique] Ville Neuve : le spleen, le blues

Félix Dufour-Laperrière apporte dans les salles le calme propice à la réflexion. Après plusieurs courts métrages et un essai documentaire (Transatlantique, 2014), le réalisateur québécois signe son premier long métrage d’animation avec Ville Neuve. Cette fable, librement adaptée d’une nouvelle de l’écrivain américain Raymond Carver, La Maison de Chef, est présentée en avant-première en France, en compétition « Contrechamp » au Festival international du film d’animation d’Annecy.

Joseph a besoin de repos. Cet homme, accablé et fatigué du monde dans lequel il vit, s’échappe quelques temps en bord de mer, sur les côtes de la Gaspésie (péninsule du Québec) dans la maison d’un ami. Il demande à son ex-femme, Emma, de le rejoindre. Ensemble, ils discuteront de tout, mais surtout d’amour et de politique alors que la campagne référendaire de 1995 sur l’indépendance du Québec bat son plein.

Un double discours subtil 

Ville Neuve déborde de mélancolie. Tantôt doux, tantôt amer, le film charme par son lyrisme. Joseph est un sceptique ; il se sent blasé par tout ce qui l’entoure et le système politique dans lequel cet amoureux du Québec évolue le dépasse. Son ex-femme, elle, est plus optimiste. Entre les deux personnages s’installent des conversations structurées d’échanges argumentés et de tirades aux arômes de proses. Leurs dialogues se révèlent encore plus intéressants lorsque le spectateur a assez d’éléments en main pour voir apparaître un parallèle entre la situation du couple et celle dans laquelle se trouve leur pays : le duo et le Québec se cherchent, ils tâtonnent. Est-il raisonnable pour les amants de se retrouver ? Le Québec gagnera-t-il à devenir indépendant ? Est-on vraiment mieux, quand on est seul ?

Toutes ces réflexions, qui passent délicatement de l’intime à la politique, prennent vie grâce à 80 000 dessins (tout de même !) réalisés pour Ville Neuve. Le fond des images est épuré, les traits sont minimalistes et le rendu est agréable. Seuls les visages des personnages apparaissent sous des traits très marqués. Rien n’est subjuguant de beauté, mais le rendu est doux pour l’œil.

Sceptique ? Nous aussi…

Le tout est agréable, donc, mais rien n’est renversant. Ville Neuve permet une respiration rare dans un flot impétueux de films au rythme excessif. Certes. Mais il n’offre pas ce que Aga proposait. Il ne s’agissait pas d’animation, mais énormément de thèmes étaient communs et nous goûtions alors à cette « pause », à ce film hors du temps, reposant et pourtant si percutant.

C’est ici que Ville Neuve loupe la marche et se casse quelques dents malgré un fort potentiel : rien n’est très entraînant. Le lyrisme du long métrage rend l’œuvre notable, mais pas marquante ; les réflexions proposées intéressent mais ne passionnent pas. Tout cela manque finalement d’un peu de cachet pour retenir définitivement notre attention. Qu’aurait-il fallu ? Que l’épouse de Joseph soit plus radicale ? Peut-être. Il manque en tout cas un élément fort, un composant clef, pour que Ville Neuve entre dans les mémoires.

Conclusion : après visionnage de ce premier long métrage d’animation, il faut l’avouer : Félix Dufour-Laperrière est prometteur ! Ville Neuve une œuvre avec une patte singulière qu’il signe ; elle possède beaucoup de qualités malgré un ensemble parfois un peu faible. Vivement le deuxième essai !

Ville Neuve
Un film de Félix Dufour-Laperrière
Sortie le 26 juin 2019
Durée : 1h16

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