[Critique] Venom : Sony loupe son propre univers Marvel

S’il a longtemps été conspué par énormément de fans, le troisième Spider-Man réalisé par Sam Raimi (avec Tobey Maguire dans le rôle du héros costumé) avait du moins le mérite d’introduire au cinéma le personnage de Venom : « l’alliance » forcée entre un journaliste, Eddie Brock, et un Symbiote, une entité extraterrestre surpuissante contrainte de s’immiscer dans le corps d’un hôte pour survivre. Celui-ci n’était cependant qu’au second plan… jusqu’à aujourd’hui, puisque Sony, désireux de créer son propre univers cinématographique Marvel autour des ennemis de l’homme araignée, lui offre son propre film.

Réalisé par Ruben Fleischer (Bienvenue à Zombieland), Venom était vendu comme un long métrage noir et gore (il devait être interdit aux moins de 18 ans aux États-Unis). L’annonce de Tom Hardy, Michelle Williams et Riz Ahmed au casting avait de quoi allécher. Mais les images et informations approchant, l’excitation faisait place à l’inquiétude : violence édulcorée, promotion difficile, Venom est en effet loin de respecter ses promesses et s’avère être beaucoup plus qu’une simple déception.

Tout ça pour ça

Le synopsis de Venom tient en à peine deux lignes :  « Possédé par un symbiote qui agit de manière autonome, le journaliste Eddie Brock devient le protecteur létal Venom. » C’est tout à fait vrai, et c’est à peu près tout. Problème : le film dure 1h50. Et c’est beaucoup trop long.

Venom souffre du syndrome The Amazing Spider-Man : en voulant s’imposer comme une origin story, le film trouve exactement le même défaut que son aîné, signé Marc Webb. Devoir attendre quasiment la moitié du film avant que n’apparaisse le Symbiote est une énorme perte de temps : quand bien même le personnage d’Eddie Brock s’avère moins connu du grand public, son exposition est bien trop longue, à l’image de celle de son antagoniste, le docteur Carlton Drake (Riz Ahmed), à l’origine de l’arrivée des Symbiotes sur Terre. Le paradoxe étant que la grande majorité du film se déroule sur une unité de temps très réduite, soit… une nuit.

Un univers à part… mais qui reprend les codes du Marvel Cinematic Universe

Histoire de compenser un scénario qui tient sur un timbre poste, Venom offre de nombreuses scènes illustrant la « cohabitation » forcée entre Eddie Brock et le Symbiote. On sent que ces séquences étaient une opportunité pour Ruben Fleischer de faire ressortir sa verve comique mais le problème est toujours le même. Tronçonnés par leurs producteurs, édulcorés au maximum dans le cynisme du personnage, ces passages dévoilent un Tom Hardy en train de cabotiner le plus possible pour sauver les meubles. On retiendra très certainement cette scène où Brock bascule dans la folie auprès de son ex petite amie (incarnée par Michelle Williams) dans un restaurant, avant de finir dans un bocal à homards… Question ridicule, on est proche de la partie de basketball de Catwoman !

En plus d’être une coquille vide, le scénario de Venom trouve uniquement sa légitimité dans le fait qu’il appelle une suite. Même si Sony a bien fait comprendre que son univers de films Marvel n’était pas relié à celui de Disney et Marvel Studios (il est d’ailleurs bien étrange de ne pas entendre parler de l’homme araignée une seule fois !), Venom en reprend cependant tous les codes : un caméo de Stan Lee (des plus gênants) et des scènes post-générique, devenues impératives, mais ici ultra-opportunistes. Sans trop en dévoiler, la première scène dévoile le possible antagoniste du second volet (campé par un fidèle compagnon de Ruben Fleischer) mais de manière trop obscure pour les néophytes des comics. La deuxième est, quant à elle, une promo à peine déguisée pour Spider-Man : New Generation (sortie prévue en décembre), qui terrasse en à peine deux minutes le film que l’on vient de voir. S’ajoutent à cela le revirement des producteurs concernant la violence des scènes d’action (l’interdiction du film est passée aux moins de treize ans au lieu de celle aux moins de dix-huit ans initialement prévue) et une promo en demi-teinte, avec un Tom Hardy déclarant que plus de 40 minutes de scènes auraient été coupées au montage. Et ça se sent !

Conclusion : film d’action basculé sur pilote automatique, Venom sombre toutefois dans la plus grande vacuité avec un casting à bout de souffle et des scènes de combat souvent illisibles. 


Venom
Un film de Ruben Fleischer
Sortie le 10 octobre 2018

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