[Critique] La Vache, le public français rit

Quand la plupart des comédies françaises se concentrent sur Paris, La Vache explore la campagne hexagonale. Dans le nouveau long métrage de Mohamed Hamidi, un agriculteur algérien transporte son bovin d’un bout à l’autre du pays. Accompagné de Jamel Debbouze et Lambert Wilson, Fatsah Bouyahmed éblouit ce road-movie aux allures de Fernandel. Silence Moteur Action a enfilé son bleu de Chine et s’est délecté. 

L’Alpe d’Huez a parlé. Cette année 2016 n’est pas celle du singe mais de La Vache. Grand Prix, Prix du Public, Prix d’interprétation… Si celui de l’animal le plus sympathique existait au Festival de comédie, le bovin Jacqueline l’aurait sans doute remporté. Après Né quelque part, Mohamed Hamidi livre un road movie aux odeurs de foin. Fatah, paysan algérien incarné par le trop peu connu Fatsah Bouyahmed, ne rêve que d’une chose, la porte de Versailles. Peu commun. Caché derrière de petites lunettes rondes, il souhaite y emmener sa vache, prunelle de ses yeux. Cet amoureux de la France se voit un jour, et ce à la grande surprise de son village, invité à participer au concours du glorieux salon.

Laissant tout derrière lui, sauf son animal, il part de Marseille, après avoir traversé la Méditerranée. Sans le sou, il traverse l’Hexagone d’un bout à l’autre, découvrant la campagne d’un pays qu’il aime tant. Pour preuve, la variété française n’a aucun secret pour lui. D’où cette scène de karaoké où Fatsah Bouahmed prouve son talent. L’acteur, passé par le Jamed Comedy Club, arrive à éclipser deux monstres du cinéma français : Lambert Wilson, l’aristo sur la paille et Jamel, le beau-frère qui ne veut plus entendre parler du bled… jusqu’à ce qu’il retrouve Fatah et sa vache.

La campagne remercie La Vache

Mohamed Hamidi réussit là où nombreux se sont cassés les dents : le « feel-good movie ». Voir ce paysan tenter ce pari fou procure à tous ceux qu’il croise joie et bonne humeur. Que ce soit la fermière, les forains ou les syndicalistes, tous tombent sous le charme de Fatah. Plus qu’un film sur le rêve de cet Algérien, La Vache devient vite une peinture de la France oubliée. Celle de la campagne dont on entend si peu parler. Fatah souhaite se rendre à Paris. Il finit par découvrir la France qu’il n’imaginait pas, cultivant ses légumes au fin fond de la campagne algérienne. 

Elle aussi se retrouve au cœur du film. Sans le vouloir. De par les scènes via Skype avec ses amis, et surtout la tendre tristesse de sa femme. On la voit peu, mais Hajar Masdouki rend une copie parfaite. Son bled, on ne le voit finalement que peu. Il apparaît dès que Fatsah Bouyamed ne sourit pas. Derrière ce sourire contagieux réside un homme loin de chez lui. Quoi de mieux que la trompette d’Ibrahim Maalouf pour donner à cette comédie une touche de nostalgie ? La Nostalgie de Fatah, réalisant son rêve, loin de sa femme et de son potager. Celle d’un homme dans un pays qu’il croit connaître et à qui il fait un bien fou. Que ce soit du fin fond des bocages français jusqu’aux plateaux de télé du XVIème parisien, l’immigré est un oiseau de bonheur. À moins que ce soit sa vache. Qu’importe. Les deux sont les bienvenus. 

Au cinéma le 17 février

De Mohamed Hamidi, avec Fatsah Bouyahmed, Jamel Debbouze, Lamber Wilson…

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