[Critique] Une vie entre deux océans : sublime histoire d’amour

Quelques années après la Première Guerre Mondiale, un canot de sauvetage s’échoue sur la petite île australienne de Janus. À son bord, un homme mort et un bébé sanglotant. Pour Tom Sherbourne, gardien de phare et ancien soldat, ainsi que pour sa femme Isabel, il s’agit avant tout d’un signe du destin : la possibilité d’enfin fonder une famille après de multiples échecs. Une vie entre deux océans, c’est avant tout une histoire d’amour, mais aussi une tragédie. Chez Silence Moteur Action, on a aimé !

Adapté du premier roman de M.L. Stedman, Une vie entre deux océans signe le retour de Derek Cianfrance, quatre ans après The Place Beyond The Pines. Un réalisateur plutôt méticuleux qui, en plus de signer le script de son film, aura passé plus d’un an à effectuer en effectuer le montage. C’est fin 2014 que le réalisateur a réuni deux stars montantes du septième art : Michael Fassbender (que l’on retrouvera en décembre dans Assassin’s Creed) et Alicia Vikander (notre future Lara Croft oscarisée pour The Danish Girl, tourné après le film de Cianfrance… finalement sorti bien avant ce dernier !). Depuis, les deux acteurs sont en couple et n’ont jamais cherché à cacher leur relation. La parenthèse people est close mais elle n’est pourtant pas anodine : cet amour naissant serait-il donc le secret de l’alchimie entre leurs personnages ?

Une adaptation juste et touchante

Ce mois d’octobre est riche en adaptations de best-sellers anglophones : Une vie entre deux océans passe avant La Fille du train, tiré du livre de Paula Hawkins et réalisé par Tate Taylor, à qui l’on devait déjà l’adaptation de La Couleur des Sentiments. Simple coïncidence : ces deux films ont le même distributeur en France, soit Metropolitan FilmExport. Une aubaine, puisque les deux sont pourvus d’un casting alléchant ! Qui dit « adaptation de best-sellers » dit « casting bankable » (Emily Blunt ou Rebecca Ferguson dans La Fille du Train) et Une vie entre deux océans ne connaît pas d’exception. Pour ne pas céder au charme du couple Michael Fassbender/Alicia Vikander, il faudrait ici vraiment se forcer !

Tom Sherbourne a toujours été un homme peu loquace, mais la guerre l’a psychologiquement dévasté. Ce boulot en temps que gardien de phare, c’est l’assurance de rester seul, coupé du monde sur l’île de Janus. Son seul lien avec la civilisation, ce sont ses rares retours vers la ville de Partageuse. C’est là qu’il rencontre Isabel Graysmark, une fille unique qui voit en Tom la possibilité de quitter le carcan familial et de vivre pleinement sa vie. Une vie entre deux océans, ce pourrait d’abord être cela : l’abandon de l’enfance et de l’adolescence pour Isabel, l’après-guerre pour Tom, et la promesse de fonder une famille. Derek Cianfrance filme au plus près l’intimité de ce couple dont la complicité est quasi-immédiate. Les scènes du quotidien se multiplient, sans pour autant oublier l’humour et la tendresse, comme à ce moment où Isabel se décide à raser l’affreuse moustache de son mari (sur ce point, elle a plutôt raison, déso Michael mais c’était pas terrible). La jeune femme se plaît à découvrir le métier de Tom tout comme elle explore l’île de Janus avec passion. Quasiment un personnage à part entière, pour les mystères qu’elle renfermera, l’île et ses paysages (l’équipe a tourné en Australie et en Tasmanie) sont sublimés par la photographie d’Adam Arkapaw, déjà à l’œuvre sur le MacBeth de Justin Kurzel – et bientôt Assassin’s Creed. Ajoutez à cela les mélodies enchanteresses d’Alexandre Desplat : l’ensemble est un bonheur.

Le couple n’est pas sans mauvais jours, et c’est bien là que l’intrigue d’Une vie entre deux océans trouve son point d’orgue : ce bébé sorti des flots est un miracle pour cette femme qui n’a pu donner la vie, et qui ne demandait pourtant qu’à devenir mère. Cette petite tête blonde, qu’Isabel choisit de nommer Grace, revigore le couple à travers les échecs. Or, que se passe-t-il lorsque l’on s’approprie l’enfant d’un autre ? L’un des petits défauts de cette adaptation, c’est de délaisser cet entre-deux en privilégiant massivement se concentrer sur le couple Tom/Isabel – pour conserver un peu plus son suspense, sûrement. La culpabilité de Tom et la joie d’Isabel rongent la part accordée au personnage de Rachel Weisz, davantage développé dans le roman. Ses quelques scènes n’en sont pas moins profondément marquantes. La dernière partie du film, pourtant climax émotionnel du livre, est un peu plus brève dans le film de Derek Cianfrance – comme la première rencontre entre Tom et Isabel, réduite à un regard. Toute adaptation suppose évidemment ses choix : Cianfrance va à l’essentiel, mais parvient tout de même à conserver toute l’émotion de l’intrigue initiale. Parce que oui, on pleure devant Une vie entre deux océans. Et on assume.

Conclusion : Le couple Alicia Vikander et Michael Fassbender fait toute la beauté d’Une vie entre deux océans. Une histoire d’amour tragique, où les genres (drame, thriller) se mêlent dans un torrent d’émotion.

Une vie entre deux océans
Un film de Derek Cianfrance
En salle le 5 octobre 2016

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