CinémaCritiques

[Critique] Une vie cachée : portrait d’une Autriche rurale sous le joug nazi

Terrence Malick a ses admirateurs et ses détracteurs : les uns aiment le style expérimental, poétique et mystique du réalisateur américain, les autres lui reprochent des œuvres trop contemplatives et trop longues (2h08 pour Song to Song, sorti en 2017, 2h18 pour The Three of Life, sorti en 2011 dont la version longue dépasse les trois heures). Cette année, il revient avec Une Vie cachée, une histoire inspirée de faits réels présentée en compétition au festival de Cannes et hors-compétition au Festival du film américain de Deauville. Et on vous le donne en mille : c’est à la fois poétique, mystique, contemplatif et long !

Nous sommes en Autriche, en 1938 : le pays est annexé par l’Allemagne nazie, et les Autrichiens sont obligés de combattre du côté du régime nazi. Quand Franz Jägerstätter (August Dielh), est mobilisé, ce paysan, mari et père de famille refuse de prêter allégeance à Adolf Hitler, étape obligatoire pour tous les soldats. Il doit alors faire un choix : aller contre ses valeurs chrétiennes et humaines, ou se rendre coupable de trahison…

La petite maison dans la prairie sous le IIIe Reich

Terrence Malick nous plonge dans le monde rural et dans le quotidien des paysans autrichiens avec beaucoup de minutie, et de manière quasi-naturaliste. De longues minutes sont consacrées aux magnifiques paysages verts et montagneux ainsi qu’aux tâches agricoles de Franz et de sa femme Fani, comme si Malick était en train de peindre une toile sous nos yeux ou d’écrire une longue description à la manière d’un Emile Zola. Cette contemplation est non seulement une ode à cette vie de labeur, à ce métier à la fois indispensable pour les hommes et proche de la nature, mais elle permet aussi de montrer à quel point ces paysans autrichiens étaient loin des préoccupations de la Seconde Guerre mondiale, qui ne se déroulait pas dans leur pays, et ne les concernait que par leur rattachement à l’Allemagne.

Car Une Vie cachée, c’est aussi un film sur la guerre, et un portrait d’un homme tiraillé entre son refus de se mêler à une idéologie nazie qu’il ne cautionne pas, et la menace de punition pour trahison (la prison, voire la peine de mort) qui pèse sur lui. En luttant pour faire passer ses convictions avant son propre désir de survie, le personnage de Franz rappelle ainsi les grands héros de la littérature classique, qu’ils soient romantiques (Quasimodo qui se laisse mourir plutôt que de vivre sans Esmeralda dans Notre Dame de Paris) ou tragiques (Antigone qui préfère se sacrifier que de laisser son frère sans sépulture). Le jeu de l’August Dielh (acteur allemand vu auparavant dans Kursk ou Inglorious Basterds) est poignant et apporte au film toute cette tension qui monte crescendo jusqu’à un final qui laisse sans voix.

Martyrs anonymes

Mais le film révèle aussi l’actrice autrichienne Valerie Pachner, qui interprète Fani, la femme de Franz. Restée chez elle, la jeune femme doit non seulement remplir toutes les tâches agricoles seule et s’occuper de ses enfants, mais aussi faire face au regard des habitants du village qui reprochent à son mari d’être un traître, de ne pas servir son pays comme il le devrait, et la punissent en la privant de leur aide. Le cadre bucolique et paisible de la campagne devient alors plus sombre et froid, et Terrence Malick transforme petit à petit ces deux simples paysans anonymes en héros, en martyrs cachés dans l’ombre et la solitude de la campagne autrichienne.

Malgré toutes ces qualités indéniables, il reste un problème majeur : le film est bien trop long ! Si la description naturaliste et la représentation à l’écran de cette lenteur propre à la ruralité sont tout d’abord bienvenues, elles s’étendent bien trop : 2h53 au total ! Une durée qui, contrairement à des films comme Interstellar (Christopher Nolan, 2014, 2h49), n’est pas justifiée par une narration riche et complexe. Résultat : au bout d’un certain temps, les images se ressemblent, le propos se répète, comme si Terrence Malick avait peur que le spectateur ne comprenne pas du premier coup ses dialogues ampoulés et ses scènes poétiques. Mais le spectateur comprend et il finit par se demander en baillant si l’action va bientôt évoluer… Et c’est dommage, car cette longueur va sans aucun doute en décourager certains et les faire passer à côté d’un beau film au propos bouleversant, qui l’aurait été d’autant plus s’il avait été resserré sur un temps plus court.

Conclusion : avec Une Vie cachée, Terrence Malick peint à la fois un magnifique paysage rural quasi naturaliste et un portrait poignant d’un couple qui se bat pour ses convictions. Pourtant, les trois heures, loin d’être nécessaires, desservent ce beau film en perdant par moment l’attention des spectateurs.

Une vie cachée
Un film de Terrence Malick
Durée : 2h53
Sortie le 11 décembre 2019

Vous avez aimé cet article? Abonnez-vous à notre newsletter et découvrez chaque mois le meilleur de Silence Moteur Action!

Vous pouvez aussi nous soutenir gratuitement en regardant une publicité : cliquez ici ! 

Comment here