[Critique] Wildlife – Une saison ardente : la fin de l’American Dream ?

Quoi de plus réussi comme ouverture de la Semaine de la critique qu’une chronique sur une Amérique mélancolique de son idéal social, couplée à l’émancipation d’une femme forte (incarnée ici par Carey Mulligan) ? C’est donc le premier film de l’acteur américain Paul Dano qui a donné le la à une sélection bien prometteuse. Wildlife est le portrait d’une famille des années 1960, mais ne peut pas sonner plus actuel. C’est le concentré de toute la désillusion et la mélancolie américaine sur ce qui fut jadis sa grande gloire : « l’American Dream ». Paul Dano s’applique à filmer une famille américaine en prenant en compte tout le bouleversement social de ces dernières années. Les standards de « la famille parfaite » ont changé, les femmes s’émancipent et se libèrent.

Une saison ardente, de son titre original Wildlife est l’adaptation du roman de Richard Ford. Dans les années 60, Joe, un adolescent de 14 ans, assiste impuissant à la lente dégradation des rapports entre son père et sa mère. Il va essayer, malgré tout, de sauver sa famille.

Le passage à l’age adulte

Joe, Jeannette et Jerry sont trois personnages qui, au-delà du lien de sang, sont unis par leur besoin d’émancipation et de passage à l’âge adulte. En effet, les parents rappellent à leur fils qu’ils ne l’ont pas toujours été et qu’ils restent des êtres humains en plein développement. Tout le génie de ce premier film réside dans la construction de ce miroir à trois faces, où chacun apprend de l’autre en s’observant. Le film brille d’un point de vue formel, en installant un jeu de champ-contre champ, et de construction du cadre où l’on observe les personnages se regarder eux-mêmes.

Alors que leur couple se délite, Jeannette et Jerry ne savent pas s’ils doivent prendre leur fils à témoin ou le préserver. Joe est enfermé dans une instabilité par ses parents, qui ne cessent de l’élever au statut d’adulte, pour mieux le reléguer par la suite à sa place d’enfant. Dano rend ce passage à l’âge adulte encore plus intéressant, puisque les deux parents s’émancipent sous l’œil de leur enfant. Enfant qui lui, essaye de grandir et de se construire via le comportement de ses parents.

Des personnages en roue-libre

Finalement, peut-on encore croire en la famille ? La stabilité familiale éclate très rapidement au début du film. La métaphore des grands incendies qui touchent la région prend dès les premiers instants tout son sens : les premiers plans temporisent les tensions familiales, on essaye de calmer le feu. C’est la caméra qui absorbe cette énergie, lors de scènes de familles, dans le salon ou bien dans la cuisine. Dano essaye de garder un équilibre dans le plan.

Mais petit à petit, la cohabitation des personnages dans un même cadre devient plus difficile. On commence à les suivre séparément et c’est là que les personnages de Paul Dano deviennent encore plus intéressants : ils se contentent de vivre et ont une certaine liberté même vis à vis du scénario. Le réalisateur laisse Jerry vivre sa crise, pour se concentrer sur les deux personnages restants. Comme le suggère le premier plan après le départ du père, Jerry, Wildlife aurait pu être un film sur la douleur de l’abandon par l’être aimé. Au contraire, « on va pas se laisser aller ». Carey Mulligan s’embrase tout au long du film, jusqu’à se brûler.

Conclusion : Avec Wildlife – Une saison ardente, c’est un très beau premier film que nous offre Paul Dano, sur la remise en question des valeurs américaines et l’espoir d’un renouvellement des carcans familiaux.


Wildlife – Une saison ardente
Un film de Paul Dano
En salles le 19 décembre 2018


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