[Critique] Une femme heureuse : Gemma Arterton en quête d’indépendance

Tantôt James Bond Girl, tantôt chasseuse de sorcière, les débuts de carrière de Gemma Arterton ont surtout été marqués par sa contribution à des blockbusters américains. Elle a maintenant pris le temps de se recentrer vers des projets indépendants, qui lui laissent ainsi plus de liberté(s). Sa rencontre avec Dominic Savage, réalisateur britannique davantage connu dans l’univers des séries (True Love), a créé une alchimie qui a mené à ce projet, Une femme heureuse. Le metteur en scène y met à nouveau à contribution sa méthode de travail favorite : l’improvisation.

Dans ce film, Gemma Arterton incarne Tara, une femme au foyer désespérée au quotidien cependant beaucoup plus morose que les habitantes de Wisteria Lane. Mère de deux enfants, elle passe ses journées à accomplir ses tâches quotidiennes sans pour autant se sentir libre. Sa vie de couple avec Mark (Dominic Cooper) semble dans l’impasse. Plus que jamais, Tara ressent le besoin de s’échapper et d’enfin retrouver un semblant de bonheur…

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Être une femme libérée, tu sais c’est pas si facile

Sa vie de tous les jours ne change pas. Se lever, préparer le petit-déjeuner aux enfants, les porter à l’école. Faire les courses, aller rechercher les marmots, re-faire à manger. Ne plus avoir de libido. Accepter avec dépit les avances de son mari. Ne plus ressentir cette petite étincelle qui donne l’envie de vivre. Voici tout ce qu’éprouve Tara. Si la structure cyclique du film enferme un peu plus son personnage principal dans cette spirale dont elle ne semble pas pouvoir se délivrer, ce qui laisse le plus transparaître la tristesse de Tara reste l’interprétation totalement libre de Gemma Arterton.

Pour Une femme heureuse, le réalisateur Dominic Savage n’a rédigé aucun scénario. Il se contente simplement de diriger ses acteurs en leur donnant quelques lignes directrices. Du jeu naît donc l’alchimie entre ces comédiens et la caméra : le directeur de la photographie Laurie Rose devait ainsi anticiper les moindres déplacements de Gemma Arterton, que sa caméra filme au plus près. Cette proximité devient obsessionnelle : seul nous importe le point de vue de Tara, ce qu’elle vit et ce qu’elle ressent, quitte à parfois occulter complètement le décor qui se trouve autour d’elle. Un climat anxiogène se dresse alors, tandis que les angoisses de l’actrice transcendent parfois la fiction. Gemma Arterton nous confie avoir fait une véritable crise de panique lors d’une prise, alors que son personnage ne parvient plus à sauver les apparences lors d’une fête de famille.

Une britannique à Paris

Le climat du film se fait de plus en plus tendu : Tara sera-t-elle vraiment capable de partir ? Va-t-elle péter les plombs ? Face à Gemma ArtertonDominic Cooper (que l’on a moins l’habitude de voir dans des productions indépendantes) impressionne dans le rôle de ce mari désemparé, pourtant à l’écoute, mais incapable de comprendre ce que désire vraiment sa compagne. L’appel du renouveau est cependant plus fort, et c’est à Paris que Tara trouve le moyen de se ressourcer le temps d’une échappée belle, façon Catherine Deneuve dans Elle s’en va.

L’aspect complètement improvisé du film sied particulièrement au tempérament de son personnage principal, que l’on suit alors qu’elle ne sait pas elle-même où elle pourra bien se rendre ni quoi faire, mais il montre également ses limites dans son dernier tiers. L’escapade de Tara à Paris ne se fait pas sans quelques badauds regardant la caméra, ou se demandant bien qui est cette personne que l’on filme au beau milieu du boulevard de Strasbourg. La participation touchante de Jalil Lespert offre un beau moment de respiration au personnage de Gemma Arterton tandis que celle de Marthe Keller semble complètement sortie de nulle part. Avec à peine cinq minutes de présence à l’écran, l’ancienne muse de Philippe de Broca n’est pas non plus mise en avant par une photographie d’une qualité étrangement passable (floue, parfois même pixelisée).

Conclusion : malgré son dénouement en demi-teinte, Une femme heureuse impressionne par le talent solaire de sa principale interprète Gemma Arterton, qui porte le film sur ses épaules. Le film devrait marquer les débuts d’une nouvelle collaboration entre l’actrice et Dominic Savage, qui réfléchissent déjà à un autre projet.


Une femme heureuse
Un film de Dominic Savage
Sortie le 25 avril 2018

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