[Critique] Une femme d’exception : la légendaire Ruth B. Ginsburg dans un biopic ordinaire

En l’espace de quatre mois, deux films sur Ruth Bader Ginsburg – actuellement juge de la Cour Suprême aux Etats-Unis et renommée pour son combat féministe – sont sortis au cinéma : un documentaire, RBG, réalisé par Betsy West et sorti en octobre dernier, et un biopic réalisé par Mimi Leder : Une femme d’exception. Ce dernier long métrage se concentre sur le début de la carrière de Ruth Bader Ginsburg en optant pour la voix fictionnelle. Un choix judicieux ? 

Très peu connue en France avant cette mise en avant au cinéma, Ruth Bader Ginsburg est une légende du féminisme aux Etats-Unis. Etudiante puis diplômée de l’école de droit de Harvard, Ruth devient une fervente combattante pour l’égalité entre hommes et femmes pendant les années 1970. Durant sa carrière d’avocate, elle travaille sur plus de 300 affaires de discriminations sexistes, en porte six devant la Cour Suprême et en gagne cinq, contribuant ainsi à rendre la loi américaine plus égalitaire. En 1993, à 60 ans, elle est nommée à la Cour suprême des Etats-Unis : c’est la deuxième femme de l’histoire à acquérir ce statut. A 85 ans, elle y travaille toujours aujourd’hui. Une chose est sure : Ruth Bader Ginsburg est bel et bien une femme d’exception.

Focus sur les jeunes années de RBG

Oui mais voilà : Une femme d’exception fait le choix de ne s’intéresser qu’au début de la carrière de Ruth Bader Ginsburg. Le film commence lorsque la jeune femme est acceptée à Harvard, aux côtés de huit autres femmes… parmi plus de 500 hommes ! Mimi Leder insiste sur le contraste entre la difficulté des études et le courage et la persévérance de la jeune américaine qui excelle dans ses études tout en étant mère de famille et en s’occupant de Martin, son mari, souffrant à l’époque d’un cancer. On y voit aussi ses périlleux débuts professionnels, dans un monde dominé par les hommes, jusqu’à sa première grande affaire : l’affaire Charles Moritz, un cas de discrimination sexiste envers… un homme ! Ruth y voit là un moyen de convaincre les juges de la Cour Suprême (des hommes, évidemment) que la loi américaine est inégalitaire et sexiste. L’affaire pourrait révolutionner le monde de la justice … si elle réussit.

La réalisatrice fait le choix de s’arrêter à cette première affaire, et c’est bien dommage, car ce qui fait de Ruth Bader Ginsburg une véritable femme d’exception, c’est le nombre d’affaires qu’elle a traité, les échelons qu’elle a gravi pour devenir juge de la Cour d’appel et terminer au plus haut rang : juge de la Cour Suprême des Etats-Unis. Après Une femme d’exception, on sort alors du cinéma avec un sentiment de frustration et l’impression d’en avoir trop peu vu, malgré la bonne performance de Felicity Jones, qui a su rester fidèle au caractère de son personnage. En comparaison, le documentaire RBG sorti en octobre dernier, même s’il ne se démarque pas des autres documentaires anglosaxons du genre dans sa réalisation, nous offre bien plus d’informations sur la vie de la juge.

Une réalisation trop souvent fade

Bien évidemment, les critères attendus dans un biopic ne sont pas les mêmes que ceux d’un documentaire, et il est courant que les œuvres de fiction choisissent de se concentrer sur une fraction de la vie d’un personnage. Et cela est généralement accepté car le biopic, en contrepartie, présente des atouts en termes de réalisation, dans les choix scénaristiques et dans les jeux d’acteurs que le documentaire n’a pas et qui permet de s’en démarquer.

Et c’est là que le bât blesse : avec Une femme d’exception, Mimi Leder propose une réalisation très convenue qui ne marque pas les esprits. On notera tout de même quelques détails, comme la bonne mise en avant de la discrimination quotidienne des femmes à cette époque dans le domaine de la justice, grâce à des moyens cinématographiques intéressants : on pense notamment aux premières minutes du film, qui nous présentent Ruth, seule femme dans une foule d’hommes, ou bien lorsque, à plusieurs reprises, elle doit se défendre seule face à des hommes autoritaires, imposants, seuls dans le cadre, tandis que la jeune femme partage le plan avec un public curieux qu’il ne lui vient pas en aide. Mais à part cela, on peine à trouver la patte de la réalisatrice : pas d’effets de temporalité comme dans The Social Network de David Fincher qui opère un dialogue constant entre passé et présent, pas de contraste entre la personnalité publique et privée, connue et méconnue de la protagoniste, comme on l’a récemment vu pour Neil Arsmtrong dans First ManUne femme d’exception reste alors un biopic classique, de ceux qui montrent la réalité, en moins bien.

Conclusion : Une femme d’exception est un film agréable à regarder, mais cela est davantage dû à l’aura de la véritable Ruth Bader Ginsburg, dont la vie est ici malheureusement réduite à ses jeunes années. La performance de Felicity Jones est satisfaisante, mais la réalisation reste classique et sans surprise.

Une femme d’exception
Un film de Mimi Leder
Sortie le 2 janvier 2019


Si vous vous intéressez aux biopics, on vous conseille également :


Vous avez aimé cet article? Abonnez-vous à notre newsletter et découvrez chaque mois le meilleur de Silence Moteur Action!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *