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[Critique] Un jour de pluie à New York : Woody tombe à l’eau

On pensait Un jour de pluie à New York perdu dans les placards d’Hollywood. Entre Amazon Studios et Woody Allen, le torchon brûle depuis l’émergence du mouvement Me Too fin 2017… moment auquel la production du film a débuté, en septembre. Si la bataille judiciaire entre le réalisateur et le géant américain ne fait que commencer, le casting, lui, s’est complètement désolidarisé du film. Résultat : sa sortie dans les salles françaises se fait dans la plus grande discrétion, malgré sa présentation en ouverture du 45e Festival du film américain de Deauville. À tort ou à raison ?

Gatsby (Timothée Chalamet) et Ashleigh (Elle Fanning), deux étudiants, décident de passer un week-end en amoureux à New York. Mais la pluie s’en mêle et contrecarre leurs plans. Séparés, ils vogueront chacun parmi une série de rencontres et de péripéties…

« Pour un cœur qui s’ennuie, ô le chant de la pluie ! »

Après Manhattan et Annie Hall, Woody Allen retrouve sa passion pour la Grande Pomme, qu’il ne manque pas de sublimer et de placer au centre de son récit. Gatsby et Ashleigh pensent y passer quelques jours des plus romantiques, leur chemin déjà tracé parmi les hôtels et restaurants chics, les musées… Or, la balade touristique tourne au vinaigre lorsque la ville et la météo reprennent leurs droits. Et si la ville les appelait, après tout ? À défaut de passer ce temps ensemble, New York leur apportera des réponses à des questions qui ne leur ont même pas effleuré l’esprit…

Tout spectateur de Woody Allen ne sera pas chamboulé en découvrant le film. Quelques notes de jazz ou de piano. Une narration assurée en voix-off ; au début du film, Gatsby lève le voile sur sa personnalité et celle de sa petite amie, tandis que la caméra du réalisateur les suit en train de déambuler sur leur campus universitaire à Yardley. La mécanique est – comme toujours – parfaitement huilée. Mais peut-être un peu trop. Allen peine ici à dynamiser sa mise en scène malgré une belle photographie.

« Sans amour et sans haine, mon cœur a tant de peine »

Les mots de Paul Verlaine qui ponctuent cet article pourraient tout autant caractériser le scénario d’Un jour de pluie à New York, dont les deux amoureux se voient temps à autre gagnés par l’ennui, et dont les diverses aventures leur font reconsidérer leurs sentiments l’un pour l’autre. C’est pourtant le spectateur qui finit lui aussi par s’ennuyer, face à tous ces différents arcs et personnages secondaires qui s’interposent dans le récit sans pour autant y apporter la moindre résolution ou importance fondamentale.

On peine tout autant à s’attacher aux protagonistes principaux, bien souvent réduits à des traits caricaturaux : Timothée Chalamet campe un fiston d’une famille de « ploutocrates WASP », comme il le dit, bien décidé à s’en éloigner mais dont le comportement est tout autant capricieux, tandis qu’Elle Fanning est – littéralement – réduite à la blonde potiche de service. Venue interviewer Roland Pollard (Liev Schreiber), l’un de ses réalisateurs favoris (mais en pleine crise existentielle), la jeune femme se retrouve enfermée dans une spirale de rencontres impromptues, d’un scénariste un peu frappé (Jude Law) à une superstar un peu trop entreprenante (Diego Luna).

Tromperies, consentement, prostitution, distinction entre sphère publique et sphère privée… Des thèmes forts, certes, mais abordés d’une manière très maladroite et d’autant plus délicate lorsque l’on considère l’époque à laquelle le film a été tourné et tout ce qui s’est passé jusqu’à aujourd’hui. Alors autant oublier… et laisser la pluie effacer toute trace de ce long métrage, définitivement mineur dans la filmographie de son auteur.

Conclusion : Woody Allen mineur, Un jour de pluie à New York ne marquera définitivement pas les esprits, autant pour son scénario caricatural que son casting bien souvent à côté de la plaque, en plus de camper des personnages archétypaux.

Un jour de pluie à New York
Un film de Woody Allen
Durée : 1h32
En salles le 18 septembre 2019

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