[Critique] Tunnel : Un peu d’air (c’est juste une question de survie)

Le succès critique de son précédent film, Hard Day, sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs en 2014, a valu à Kim Seong-Hun un soutien financier plus important et un casting de choix (Ha Jung-Woo, vu dans Mademoiselle, et Doona Bae, dans Sense 8) pour réaliser Tunnel, le nouveau survival sud-coréen attendu au tournant, adapté du roman du même nom de So Jae-Won. Le réalisateur se dit également avoir été influencé par la catastrophe du ferry Sewol, survenue il y a de cela 3 ans dans son pays. 304 personnes y trouvèrent la mort et la responsabilité du gouvernement s’était vue gravement remise en cause. Dans Tunnel, c’est sur le sort d’un seul homme que s’attarde Kim Seong-Hun, et la manière dont il va sensibiliser et mobiliser le pays.

Un tunnel s’effondre sur la voiture de Jung-Soo alors qu’il rentre chez lui retrouver sa femme et sa fille. L’homme tente de survivre sous les décombres alors qu’une gigantesque opération de sauvetage se met en place à l’extérieur et devient chaque jour plus délicate et inespérée.

Drôle de drame

L’efficacité de Tunnel réside dans ses séquences de survie, sombres, étouffantes et poussiéreuses. Afin de préserver cette atmosphère confinée, le réalisateur a intégré plusieurs mini caméras dans les éléments de décors, voiture et gravats, permettant ainsi à son acteur Ha Jung-Woo d’être, sur le plateau, réellement isolé de l’équipe. La mise en tension opère, le téléphone du personnage capte, il lui reste même de la batterie et c’est une bonne nouvelle : les secouristes peuvent mettre en marche un plan d’action. Il leur faudra pour cela d’abord déterminer l’emplacement de la voiture dans ce tunnel long de plusieurs kilomètres et maintenant largement condamné. On quitte alors régulièrement le malheureux pour observer l’agitation croissante du monde extérieur autour de l’événement.

Pas de huis-clos donc. Des respirations hors du lieu du désastre permettent au réalisateur de développer une image amère de la société coréenne, des entreprises d’aménagement routier à l’origine de l’édification des tunnels au traitement de l’information par les médias, en passant par le point du vue du gouvernement sur l’affaire. Si quelques scènes s’avèrent réjouissantes, elles ont souvent recours à la caricature (tempéraments lâches ou héroïques parmi les sauveteurs, les journalistes sans gêne envahissants…). Une teinte humoristique est largement utilisée dans le but de contre-balancer et apaiser le tragique du récit. Cela donne lieu à des instants croustillants, parfois touchants, mais le recours incessant (et parfois niais) à cette légèreté relâche petit à petit la pression dramatique et peine à maintenir la crédibilité de certains instants clés.

En voulant s’affranchir des codes hollywoodiens du cinéma catastrophe, Kim Seong-Hun reste fidèle à ceux de son pays. Le récent et jouissif Dernier train pour Busan de Sang-Ho Yeon n’échappe pas à son instant pathos dans les dernières minutes, Pandémie (de Sung-Soo Kim, 2013) est quant à lui un concentré de niaiseries. À l’inverse, l’identité visuelle de Bong Joon-Hoo (Snowpiercer en 2013, The Host en 2006…) accompagne une très juste utilisation des caricatures. Kim Seong-Hun ne s’affirme pas encore nettement dans ce paysage mais s’y impose comme un jeune réalisateur prometteur. Il sera l’année prochaine aux commandes de Kingdom, nouvelle série hébergée par Netflix dont l’action, toujours située en Corée, se tiendra à l’époque médiévale sous le règne de la dynastie Joseon. Au casting il y aura… des zombies.

Conclusion : Divertissement visuellement efficace, à mi-chemin entre le tragique et le comique, Tunnel s’accommode de différents tons et ne se révèle guère original dans le très contrasté paysage du film catastrophe sud-coréen.

Tunnel
Un film de Kim Seong-Hun
Sortie le 3 mai 2017

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