[Critique] Tulip Fever : un concentré de fleurs fanées

Réalisateur du réussi Mandela : Un long chemin vers la liberté (2013), Justin Chadwick signe cette année Tulip Fever, l’adaptation du roman Le peintre des vanités écrit par la Britannique Deborah Moggach. A priori féru de faits historiques, il utilise dans ce nouveau film une (double) romance afin de raconter au public une période dans laquelle le cours de la bourse des tulipes était un véritable phénomène socio-économique aux Pays-Bas. A moins qu’il utilise ce contexte comme simple cadre pour raconter une histoire d’amour et dresser une comparaison entre la fleur et l’homme ? On est perdu, et dans un cas comme dans l’autre, Tulip Fever n’est pas fameux.

Sophia (Alicia Vikander), pauvre et orpheline, est sollicitée par Cornelis (Christoph Waltz), veuf et riche, afin de devenir sa femme et de lui procurer un héritier. Un jour, le couple se fait dresser le portrait par un jeune artiste peintre (Dane DeHaan) mais Sophia tombe amoureuse de lui. Leur secret n’est connu que d’eux et de Maria (Holliday Grainger), la servante de Cornelis.

Le conte ne prend pas racine

Tulip Fever ne restera pas dans les mémoires. Pour cause, son histoire faussement compliquée, finalement ultra-basique. Quel fut le projet du cinéaste Justin Chadwick en réalisant ce film ? La question reste posée. Racontée comme un conte, narrée en partie en voix-off utilisant le passé simple, par le personnage de Maria, l’histoire entre Sophia et Cornelis est on ne peut plus basique. Le réalisateur semble vouloir, au prix de la qualité, ajouter des éléments externes à ce couple afin de complexifier la trame de cette romance forcée. La liste des ingrédients ajoutés est longue : un peintre duquel Sophia tombe amoureuse et dont l’amour est réciproque mais qui ne doit pas être connu de Cornelis, une servante au courant de cette idylle, elle-même amoureuse du poissonnier de la ville, ce dernier pensant que sa bien-aimée le trompe avec le peintre après l’avoir confondu, de dos avec Sophia… et au milieu de cela, un bébé réclamé par le veuf Cornelis, qui peine à être conçu. Un bric à brac d’intrigues que Justin Chadwick force à mêler pour que le spectateur n’ait pas l’impression d’un vide scénaristique.

Malheureusement, cela se voit, et en plus de cela, ce nœud d’histoires est très brouillon et ce dès le début du film. La construction narrative y est très maladroite, passant du coq à l’âne et perdant ainsi le public dans un trop plein d’informations finalement peu utiles. Le pire dans cette tambouille, c’est que la suite du scénario est majoritairement, toujours prévisible. Fort heureusement, le scénario connait quelques rares rebondissement inattendus grâce au contexte historique mis en place par Justin Chadwick. Dans Tulip Fever, les tulipes sont l’or des hommes. Elles valent cher et les variétés rares peuvent rendre un pauvre riche. Mais comme tout produit, leur valeur est changeante donc chancelante. Elle guide les populations sans qu’ils n’aient de pouvoir sur elle. Aussi, les personnages du film en sont impactés et leur sort, en partie lié à l’argent, peut très rapidement prendre un tournant qui redonne un peu d’intérêt au film.

Un bouquet d’acteurs qui jamais n’éclot

Autre grand point faible de Tulip Fever : les personnages. Si les histoires qui les lient sont basiques, les protagonistes ne le sont pas moins. Seul Cornelis, le veuf, vaut le détour. Il cache plus d’un trait de caractère dans son sac et donne en cela un peu de saveur au film. Bien qu’il épouse une femme dans le simple but d’avoir un héritier, on découvre chez lui une forme d’empathie pour autrui, ce qui rend cet homme, au passif douloureux, doux et appréciable. En revanche, la direction d’acteurs est à déplorer. Si Cornelis est le seul personnage qui vaille vraiment le coup, Christoph Waltz n’apporte rien de particulier. Et il n’est pas le seul à tenir un rôle qui aurait pu être attribué à quelqu’un d’autre. Cet acteur, pourtant, possède un véritable talent généralement. Dans Tulip Fever, il ne donne rien, ne dégage rien, si ce n’est le strict minimum.

Il aurait été rassurant que le problème vienne de lui, mais non : Alicia Vikander est tout aussi amovible. Filmée d’un certain angle dans le film, elle est presque indiscernable de Rooney Mara. Pourtant oscarisée pour The Danish Girl et parfaite dans Ex-Machina, Alicia Vikander dans Tulip Fever n’apporte rien d’autre que sa fraicheur alors que son rôle requerrait un minimum d’intensité. Dans l’absolu, ce rôle lui va bien puisque, de fait, la « beauté fraîche » est un des grands thèmes du film. Mais, faute d’une direction d’acteurs de qualité, il aurait pu être joué de manière aussi simple par n’importe laquelle de ces actrices américaines au visage enfantin et poupon (d’ailleurs, Keira Knightley devait initialement tenir ce rôle). Dan DeHaan, l’amant du personnage d’Alicia Vikander, lui, ne semble qu’une pâle copie de Leonardo DiCaprio dans Titanic­ : l’artiste fauché qui arrive à séduire la Belle. Sauf que James Cameron a, semble t-il, mis plus d’entrain que Justin Chadwick pour faire un bon film. Les personnages et les interprétations de ceux qui les jouent sont plates. Le travail est fait, ce qui évite les mauvaises performances et qui offre un film tout juste convenable, mais s’il avait été bien fait, Tulip Fever aurait marqué des points de plus.

Conclusion : Tulip Fever n’a rien de frais, n’invente rien, ne sert à rien mais il se regarde. Le casting livre une performance moyenne, le scénario se tient globalement même s’il est vu et revu. D’un point de vue technique, le film est on ne peut plus simple. Seuls les costumes valent le détour. Le poil dans la main de Justin Chadwick se voit malgré les artifices scénaristiques qui tentent de le cacher.


Tulip Fever
Un film de Justin Chadwick
Sortie e-cinema le 12 juillet 2018


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