[Critique] La Tour 2 Contrôle Infernale : burlesquement vôtre

15 ans plus tard… Toujours aucune ride? L’humour sûrement pas. La Tour Montparnasse n’était que la face cachée de l’iceberg inventif d’Eric et Ramzy. Dans La Tour 2 Contrôle Infernale, ils sont de retour, non pas pour jouer aux laveurs de carreaux mais pour cette fois-ci se mettre dans la peau de pantins « gogolifiés », toujours au mauvais endroit, au mauvais moment. Silence Moteur Action n’était, en revanche, pas au mauvais endroit, bien installé au fond de son siège, prêt à perdre quelques neurones. Un mal pour un bien… 

Il y a de ces films, ou particulièrement de ces comédies, qui transcendent le genre de par leur créativité. Sur ce plan là, le cinéma français s’est caricaturé (Arrête ton cinéma), enchaînant les drôleries moralisantes, pointant du doigt un aspect sensible de notre société… Mais tout en gardant le sourire ! Voilà ce qu’il nous fallait : une bonne purge. Un ovni apparu (un peu) de nulle part, venu déranger les normes et bousculer le politiquement correct. Le martien, le voici. La Tour 2 Contrôle Infernale nous tend gentiment la main. Pas le temps d’hésiter, on embarque dans la genèse du culte La Tour Montparnasse Infernale (2001). Le film nous est familier, on connait déjà ces chers Ernest Krakenkrick, ou « kraken » pour les intimes, et le lunaire Bachir Bouzouk.

Les deux acolytes sont ici de simples pilotes de l’armée française. La particularité ? Leur santé mentale. Salement amochée par une centrifugeuse beaucoup trop rapide pour le corps humain. Beaucoup trop pour ces grands intellectuels, qui en perdent leur latin et surtout leur rationalité. Un si grand potentiel gâché ! Mais pas au dépit du film, puisque ce dernier use habilement du procédé. Une légèreté totalement assumée, un film déchaîné, décomplexé et en roue libre de bout en bout…

L’intelligence dégénérée

La Tour 2 Contrôle Infernale surprend par son honnêteté. Une bonne maladie, qui offre un spectacle facile d’accès. Le film, optant pour le burlesque et l’irrationnel, est généreux en gags, tous plus ou moins bien écrits. Les péripéties sont comme les personnages : sujets à l’invraisemblance et au jusque-boutisme (la scène des éperviers, l’hémoglobine à outrance…). Mention spéciale aux personnages secondaires, inclus un Philippe Katerine bien dans ses baskets, qui profite de sa voix haut-perchée pour emmener son alter-ego aux frontières du ridicule. Le ministre de l’intérieur, campé par Grégoire Oestermann, joue habilement de sa bêtise, tandis que Marina Foïs reste en revanche en retrait. Son personnage, dont les motivations restent obscures, peine à tirer son épingle du jeu. Logique, puisqu’elle est la seule à contempler les événements d’un œil cohérent, elle privilégie le pragmatisme et est la seule à raisonner. Comme nous, finalement, qui observons ébahis cette aventure pathétique (dans le bon sens du terme), à la recherche du QI de chacun des personnages.

Avec le recul, c’est l’évidence, le film se caricature et y prend du plaisir. Tout est à sa place puisque tout est dérangé. Voilà pourquoi, à défaut d’une faiblesse scénaristique et de l’écriture parfois bancale, le film est réussi, lorsqu’il nous propose ingénieusement la débilité. Ses failles sont superflues, à appréhender avec un maximum de légèreté (un peu comme la centrifugeuse au début du film, poussée elle aussi à son maximum, rendant les personnages justement débiles). Finalement, un bon bol d’air, qui n’a pas la prétention de prendre son public pour des idiots, puisque l’idiotie est justifiée par les personnages. Il est rare de conclure sur ceci mais il faut l’admettre, ce film est ridiculement bon, indigestement maîtrisé. Du grand art ? Sûrement pas, juste un délire prolongé entre potes.

La Tour 2 Contrôle Infernale, au cinéma le 10 Février 2016. 

Un film d’Eric Judor, avec Ramzy, Philippe Katerine, Marino Fois… 

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