[Critique] Tomb Raider : Lara floppe

« Lara… Croft. » Qui ne connaît pas encore le nom de cette icône du jeu vidéo ? L’aventurière britannique explore le monde et en découvre ses mythes depuis maintenant une vingtaine d’années (tout en décimant animaux et mercenaires en tout genre). Les deux premières adaptations cinématographiques de la saga (Lara Croft : Tomb Raider en 2001 et Tomb Raider : le Berceau de la Vie en 2003), avec Angelina Jolie dans le rôle de l’exploratrice, apparaissent maintenant comme des nanars d’action complètement assumés. Scènes de combat et pirouettes improbables, décors naturels éblouissants (et d’autres, en papier mâché, moins attirants) : tous les clichés du film d’aventure étaient respectés. Or, ces adaptations cultivaient surtout la figure mythique de Lara Croft en tant que femme fatale. Tenues moulantes, sous-intrigues à l’eau de rose, humour sexy volontaire… Le tout pour correspondre si l’on peut dire à la plastique du personnage vidéoludique, dont la poitrine triangulaire de l’époque avait été malencontreusement augmentée de 150 % par son créateur.

En 2013, le studio de jeux vidéo Crystal Dynamics offre un second souffle à la saga Tomb Raider et se donne pour défi de réinventer les origines de Lara Croft. Celle-ci embarque alors pour sa première aventure au large du littoral japonais à la recherche de l’île du Yamataï et y vivra une série d’épreuves qui feront d’elle l’aventurière que nous connaissons. Ce reboot vidéoludique a su surprendre par son orientation beaucoup plus sombre et davantage portée vers l’action que par le passé. Un retour qui n’a pas laissé Hollywood indifférent, puisque qu’un nouveau film Tomb Raider était déjà en projet avant même la sortie du jeu vidéo ! Cinq ans plus tard, c’est à Alicia Vikander (oscarisée pour son rôle dans The Danish Girl) que revient l’honneur de camper Lara Croft. Si l’actrice s’en sort à merveille dans le rôle, le film ne parvient malheureusement pas à adopter l’esprit de son matériau d’origine…

Mythe versus réalité

À l’instar du reboot vidéoludique, ce nouveau film Tomb Raider a été écrit par une femme : Geneva Robertson-Dworet (que l’on retrouvera à la plume de Captain Marvel avec Brie Larson). En partie seulement, puisqu’elle est accompagnée d’Evan Daugherty et Alastair Siddons. De quoi s’attacher à la volonté de changer la perception que nous avons du personnage de Lara Croft, en la rendant plus humaine et réaliste : finies les cabrioles et saltos arrière ! Grand mix des intrigues des deux derniers jeux (Tomb Raider et Rise of the Tomb Raider), le film nous entraîne là aussi vers l’île du Yamatai et sa reine, Himiko, dont le tombeau renfermerait une terrible malédiction… On retrouve donc des personnages connus du médium d’origine : Richard Croft (Dominic West), père disparu de Lara, le principal antagoniste Matthias (Walton Goggins), mais aussi Ana Miller (Kristin Scott-Thomas), tutelle de la jeune aventurière en devenir.

Tomb Raider prend pour autant quelques libertés scénaristiques et recentre ainsi beaucoup plus son intrigue autour de la relation que Lara entretenait avec son père (quitte à sombrer un peu dans le ridicule tant celle-ci bascule dans le sur-attendu). Flashbacks à répétition de l’enfance de Lara, sentimentalisme accru, violons tire-larmes (il est difficile de croire que l’on retrouve à la composition Junkie XL, lui qui a écrit la musique de Mad Max: Fury Road !)… Il manque ici un peu de subtilité. Le film est en revanche plus intéressant lorsqu’il remet en question notre conception des mythes et des légendes : l’histoire du Yamatai que Lara et son père ont cru comprendre en arrivant sur l’île cache une autre vérité qu’ils découvrent petit à petit. Existe-t-il vraiment des phénomènes surnaturels ? Peut-on les expliquer ? Le film et le jeu vidéo ont tous deux une position différente sur le sujet, ce qui permet ainsi de surprendre (un minimum) tous publics ou de cacher un autre problème…

Un manque de personnalité ?

Débauché pour son premier film hollywoodien, le réalisateur norvégien Roar Uthaug succède à Simon West et Jan de Bont, « spécialistes » des films d’action (Expendables 2 pour l’un, Speed pour l’autre). Qui dit Hollywood, dit gros budget : Uthaug passe de 6 millions de dollars pour son film catastrophe The Wave à 94 millions pour Tomb Raider ! C’est moins que les deux films avec Angelina Jolie, qui ont respectivement coûté 115 et 95 millions de dollars chacun. Le pire, c’est que ça se ressent. Gloubi-boulga d’effets spéciaux et de fonds verts ratés (la scène du parachute a le mérite d’être plus courte qu’espérée vu à quel point celle-ci est horrible), Tomb Raider pourrait même sembler plus daté que ses aînés. La faute également à une photographie beaucoup trop lisse qui laisse transparaître l’aspect factice de bon nombre de décors. Estampillé PG-13 (interdiction aux moins de 13 ans aux États-Unis), le film de Roar Uthaug est beaucoup trop édulcoré par rapport à son médium d’origine, bien plus violent.

À force de vouloir rendre hommage au jeu vidéo (en reprenant par ailleurs bon nombre de séquences directes et d’objets iconiques – le piolet, l’arc, la tenue de Lara…) tout en voulant s’en émanciper, ce film Tomb Raider reste constamment dans un entre-deux et ne parvient pas à avoir son identité propre. Divertissant tout au plus, cette nouvelle adaptation remet en cause le principe même d’à tout prix vouloir porter des jeux vidéo au cinéma, à l’heure où ces derniers sont de plus en plus mis en scène (Lara Croft y est incarnée en capture de mouvements par l’actrice Camilla Luddington).

Reste donc le meilleur pour la fin : la principale interprète du film, Alicia Vikander, qui parvient à tirer son épingle du jeu et à insuffler l’humanité que l’on attendait au personnage de Lara Croft. Son incroyable entraînement physique et sa volonté d’effectuer elle-même le plus de cascades possible témoignent de son grand investissement dans ce rôle, qui laisse pourtant entrevoir ses fêlures et incertitudes. Dommage que tout le reste ne soit pas à la hauteur et que le scénario, condensé au possible sur 1h50, rende la transformation subite de Croft en aventurière un peu plus improbable. Le film parvient malgré tout à mettre fin à l’hypersexualisation du personnage et la montre capable d’accomplir sa destinée seule, contrairement aux précédentes adaptations où Lara était d’office accompagnée d’un personnage masculin. Une survivante est née !

Conclusion : malgré une Alicia Vikander brillante, force est de constater que Lara Croft risque de ne pas rempiler pour une nouvelle aventure cinématographique. Alors que ce film sort au cinéma, l’éditeur Square Enix en profite pour annoncer en grandes pompes le nouvel opus de la saga vidéoludique, Shadow of the Tomb Raider, pour une sortie en septembre prochain. Anticipaient-ils déjà le fait de vouloir faire passer la pilule aux fans ?


Tomb Raider
Un film de Roar Uthaug
En salles le 14 mars 2018

Egalement au cinéma ce 14 mars 2018 :


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