[Critique] Thunder Road : brillant chaos émotionnel

Présenté au 44e Festival du film américain de Deauville, Thunder Road a remporté le Grand Prix du Jury et conquis le public lors de sa toute première projection française. Réalisé, écrit, monté et joué par Jim Cummings, le film est la continuité d’un court métrage présenté au Festival américain Sundance en 2016, et qui y avait également gagné le Grand Prix. Qu’est-ce qui vaut donc à Jim Cummings, nouveau venu dans le paysage cinématographique mondial, de récolter tous les lauriers?  

Thunder Road, c’est l’histoire de Jimmy, un policier texan sans envergure qui vient de perdre sa mère. Incapable de gérer ses émotions et son deuil, il se ridiculise à son enterrement, mais cela ne sera malheureusement que le début d’un voyage émotionnel chaotique pour le protagoniste aussi bien que le spectateur.

Portrait d’un loser attachant

La première scène du film s’ouvre avec l’enterrement de la mère de Jimmy : face à ce moment résolument triste, le public ne peut s’empêcher de rire devant le pathétisme du protagoniste, qui fait involontairement de ces funérailles un spectacle burlesque. Alors que l’on craint que le film ne soit qu’une comédie parodique, avec un personnage surjoué, voire intentionnellement mal joué, le spectateur est très vite surpris: lorsqu’il rentre chez lui, Jimmy se montre sur un jour complètement différent. On découvre alors un père divorcé qui n’est certes pas l’esprit le plus brillant mais qui essaie tant bien que mal de créer un lien avec sa fille, de rester cordial avec son ex-femme et d’accomplir son travail de policier comme il le faut.

Soudain, la mort de sa mère couplée à l’éventualité de perdre la garde de sa fille créent chez Jimmy un trop plein d’émotions qu’il ne sait pas gérer, et qu’en tant qu’homme et que policier, il n’est pas censé montrer. Cette hypersensibilité rend le personnage particulièrement attachant, aussi drôle qu’émouvant, aussi lamentable que tragique. Les différents personnages qui entourent Jimmy, comme sa fille ou son coéquipier, viennent accentuer cet aspect, grâce à la complexité des rapports qu’ils entretiennent avec le protagoniste et leur incapacité à expliciter leur affection commune.

Du rire aux larmes, il n’y a qu’un pas

Cette confusion d’émotions est retranscrite avec brio dans le film, qui associe les scènes burlesques à la limite de la parodie et des moments dévastateurs, grâce à la capacité de l’acteur Jim Cummings de passer de l’un à l’autre en un éclair, bien que l’on puisse à juste titre lui reprocher un jeu un peu trop théâtral, qui fera grincer des dents certains spectateurs. Cette théâtralité est pourtant tout à fait dans la lignée du scénario, qui comporte notamment plusieurs longs monologues et qui rapproche également Jim Cummings d’artistes comme Jim Carrey. Les longs plans séquences (ces scènes filmées en une seule prise, sans coupure caméra) accentuent parfois intentionnellement le malaise : le spectateur a l’impression de ne pouvoir se sortir de la situation embarrassante dans laquelle le protagoniste s’est enlisé. Bref, on rit, on pleure, on s’attendrit ou on est mal à l’aise, mais Thunder Road est loin de laisser le spectateur indifférent.

Dans son aspect redoutablement comique, Thunder Road a avant tout été un vent de fraîcheur sur le festival de Deauville : alors que la plupart des films en compétition nous montaient l’horreur de l’Amérique d’aujourd’hui, entre couloir de la mort avec Dead Women Walking, abus sexuels sur les enfants avec The Tale, racisme avec Monsters and Men ou violence et port d’arme dans Blindspotting, le film de Jim Cummings a apporté une légèreté à la compétition, tout en abordant un sujet très actuel et non moins accusateur de la société américaine : celui de la « masculinité toxique » qui poussent aujourd’hui de nombreux hommes au suicide, notamment au sud des Etats-Unis, comme l’a expliqué le réalisateur. Alors bien sûr, Thunder Road n’est pas parfait, mais pour un premier long métrage, il semble promettre à Jim Cummings une belle carrière, si tant est qu’il sache se défaire rapidement de ce rôle tragi-comique qui lui aura valu son succès.

Conclusion : on passe du rire aux larmes en regardant Thunder Road. En créant un personnage pathétique, au sens propre comme figuré, Jim Cummings nous surprend avec un premier film qui associe un humour grinçant et une douceur émouvante.

Thunder Road
Un film de Jim Cummings
Sortie le 12 septembre 2018

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