[Critique] The Square : Cyniquement juste 1


Lauréat de la Palme d’Or, nous avons découvert The Square durant le 70ème Festival de Cannes, entre 3 autres films diffusés le même jour. Et pourtant ce film nous a fait forte impression : il marque et choque par ses partis pris et son message politiquement incorrect.

« Le Carré est un sanctuaire de confiance et de bienveillance. En son sein, nous avons tous les mêmes droits et les mêmes devoirs« . Ces mots-là sont gravés au pied d’une oeuvre d’art contemporaine d’un musée dans lequel Christian (incarné par Claes Bang) y est conservateur, en Suède. Mais cet homme aisé et altruiste voit sa vie bouleversée quand, dans la rue, on abuse de sa confiance et on vole son portefeuille. Ainsi commence une sorte de fresque absurde mais intelligente, critique acerbe de notre société où tout y passe, des journalistes aux artistes, des pauvres aux riches.

Absurde

Dès le début, compte-tenu de la difficulté à comprendre le synopsis, on se doutait que The Square était un film à part. En presque 2h30, la Palme d’Or du cinéaste danois Ruben Östlund (Snow Therapy) brosse un portrait complet de la société, s’en amuse, détruit les codes et dérange le spectateur sans pour autant posséder une intrigue ou un récit à part entière.

En réalité, on n’a pas l’impression de voir un film mais plutôt une multitude, une sorte de somme de courts métrages. Les séquences interdépendantes sont reliées par le personnage central de Christian, sorte de martyr de la société. C’est par lui et à travers lui que passent toutes les actions et toutes les critiques acerbes… Et tout le monde y passe, des journalistes en conférence de presse, épouvantables, aux artistes, affreusement bobo, jusqu’aux spectateurs mêmes, qui s’amusent de la souffrance, ou aux pauvres. On rit jaune, on se surprend à voir à l’écran nos travers et nos défauts tel un miroir. Ce cynisme ne quitte jamais le film mais pourtant – si l’on arrive à percevoir le second degré – on ne manque pas de rire face à tant d’absurdité et de justesse.

Mais parfois The Square laisse de côté son côté déroutant et barré pour s’attaquer encore plus frontalement à certains sujets, notamment la société de consommation : tout le monde a son téléphone, tout le monde est à la recherche du buzz, tout est utilisable et jetable, même l’art. C’est là que le film frappe fort et dépeint avec une triste justesse l’état de notre monde ou finalement, tout est vide.

Inattendu

Cependant, tous les messages du film gravitent autour d’une mise en scène particulièrement soignée. Il y a chez Östlund une passion des cadres, qui sont tous très esthétiques et géométriques. Comme pour nous montrer à quel point il y fait attention, chaque plan dure une éternité. On a le temps d’en voir chaque détail, chaque point de lumière, chaque précision.

Mais là où le film surprend, c’est dans son montage. Il existe une série de codes auxquels, inconsciemment, le spectateur est habitué (on parle de règles des 180° notamment dans les champs/contre-champs). Ici, le montage est volontairement déroutant, il nous fait sortir du film, il est inattendu : lors des dialogues, le cinéaste joue énormément avec le hors-champ et fait monter l’excitation. Il n’y a jamais de « reaction shot« , on est toujours en plan fixe sur un personnage sans voir la réaction de l’autre. Déconcertant.

Enfin, le film n’est composé que d’un seul morceau de musique, une sorte de chant russe (nordique ?) qui revient en boucle. Il en ressort une sorte de poésie et de douceur qui contraste avec les images et le propos. De ce mélange vient alors la sensation de fable, comme si le film réussissait à dresser un portrait honnête de notre société.

Conclusion : The Square est un film déroutant. Cynique avec le spectateur, il pointe du doigt les travers de notre société. Politiquement incorrect et assez unique en son genre, la Palme d’Or du 70ème Festival de Cannes est une réussite !

The Square
Un film de Ruben Östlund
Sortie en novembre 2017


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