[Critique] The Last Girl : éduquer pour mieux vacciner

Essentiellement connu du monde des séries après avoir mis en scène la saison 2 de Peaky Blinders, quelques épisodes de Doctor Who ou encore des Tudors, Colm McCarthy s’attaque ici à l’adaptation d’une nouvelle de Mike Carey, The Girl With All The Gifts. Très justement récompensé du Prix du Public et de celui de la Meilleure Musique lors de l’édition 2017 du festival de Gérardmer en janvier dernier, The Last Girl élargit les possibilités du film de zombie dans un univers post apocalyptique d’une grande efficacité.

Alors que la planète a été infectée par un virus zombie, un groupe d’enfants peu commun est retenu dans un campement militaire. Porteurs du virus, ils possèdent encore leurs capacités mentales. Parmi eux, Mélanie, la plus surdouée, partage un lien étroit avec son professeur. Alors que la base est envahie, toutes les deux parviennent à s’échapper avec plusieurs soldats ainsi qu’une biologiste qui voit en Mélanie la possibilité d’un vaccin. Confrontée à une Angleterre dévastée, la jeune fille détient le sort des quelques survivants entre ses mains.

Les femmes et les enfants d’abord

Ce qui marque en premier lieu chez la jeune Mélanie (Sennia Nenua), c’est sa capacité à garder son calme et faire preuve de politesse dans les circonstances extrêmes de son enfermement, mêlant maltraitance et absence quasi-totale de considération. La sympathie et l’affection que lui porte le professeur Justineau (Gemma Arterton) donnent au film sa seule respiration, dans un contexte où l’émotion n’est plus. Alors qu’elle découvre un univers entièrement mort-vivant, on la verra faire preuve d’une grande curiosité, pour comprendre ce qui l’entoure et assouvir sa soif de connaissance.

L’originalité de The Last Girl réside dans son utilisation des codes post-apocalyptiques, ici au service d’une métaphore dystopique de l’état actuel de la société. Le mal est là mais il n’est pas encore tout à fait fixé chez les enfants et donc potentiellement maîtrisable. Le seul espoir pour l’humanité transite par l’importance que sauront leur accorder les quelques rares adultes encore conscients de leurs capacités et sensibles aux rapports humains.

Particularités du mort vivant britannique

Dans le film de McCarthy, conçu en étroite collaboration avec son scénariste (et auteur de la nouvelle originelle) Mike Carey, l’idée du savoir comme la nouvelle puissance se révèle dans un univers militaire, essentiellement masculin, froid et aseptisé. C’est dans une violence généralisée que contrastent de rares marques de sensibilité et ces présences infantiles retenues prisonnières, aussi fascinantes qu’inquiétantes.

À mesure que l’on suit les principaux protagonistes hors de la base militaire, c’est une Angleterre en perdition qui s’étend, et dont l’aspect désertique et déshumanisé saura ravir les adeptes du genre. Si l’image de synthèse rappelle parfois un graphisme de jeu vidéo ou les premières saisons, plus urbaines, de The Walking Dead (mieux vaut cela que les dernières !), l’univers sait prouver son efficacité. Les zombies, à l’arrêt, comme endormis lorsqu’ils ne sont pas sollicités, peuplent la ville comme le feraient les arbres d’une forêt, dans des compositions de plan accentuant petit à petit la désolation. Le 28 jours plus tard de Danny Boyle n’est pas bien loin…

Au-delà d’une mise en scène typée série, à laquelle semblent l’avoir habitué ses précédents projets (les partis pris de réalisation de Peaky Blinders ne manquaient pourtant pas d’innover !) ; caméra toujours légèrement instable, rapidité guère justifiée du montage, McCarthy parvient toujours à faire honneur à son histoire. La musique, en soulignant les subtilités liées au monde de l’enfance, contribue à maintenir une énergie tout à fait réjouissante. On guette avec beaucoup d’intérêt les futures collaborations du réalisateur britannique et de son scénariste qui, ensemble, ont su mettre un point d’honneur à raconter un sombre état du monde tout en valorisant de lumineuses réflexions.

Conclusion : malgré une ambition inégale dans ses partis pris visuels, The Last Girl s’avère une réussite tant dans son interprétation que dans l’impact de l’univers qu’il développe, au service d’un scénario qui ne saurait laisser quiconque indifférent. Une intelligente et remarquable ouverture dans le vaste panel du film de zombie.

The Last Girl (Celle qui a tous les dons)
Un film de Colm McCarthy
Sortie le 28 juin 2017

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