[Critique] The Jane Doe Identity : l’horreur fait-elle peau neuve ?

Remarqué au PIFFF (Paris International Fantastic Film Festival) puis à Gérardmer, The Autopsy of Jane Doe s’offre une sortie dans les salles françaises sous le doux nom de The Jane Doe Identity. Ce changement de titre était-il pourtant nécessaire, tant le film tient son intérêt (aussi bien esthétique que scénaristique) de l’autopsie elle-même ? Pour son premier long-métrage en dehors de ses contrées norvégiennes, le réalisateur André Ødreval flirte entre thriller et épouvante et n’a pas à rougir de sa performance.

Quand la police leur amène le corps immaculé d’une Jane Doe (expression désignant une femme dont on ignore l’identité), Tommy Tilden et son fils, médecins légistes, pensent que l’autopsie ne sera qu’une simple formalité. Au fur et à mesure de la nuit, ils ne cessent de découvrir des choses étranges et inquiétantes à l’intérieur du corps de la défunte. Alors qu’ils commencent à assembler les pièces d’un mystérieux puzzle, une force surnaturelle fait son apparition dans le crématorium…

Peau de chagrin

The Jane Doe Identity laisse la grande majorité de son cadre à ses trois personnages principaux : les Tilden père et fils (Brian Cox – également à l’affiche cette semaine dans Churchill et Emile Hirsch – dont on peut enfin arrêter l’alerte enlèvement) et le fameux cadavre de cette inconnue. Sur la table d’opération, la plupart du temps, vous avez bel et bien à faire à une véritable actrice : Olwen Kelly. À la différence de The Corpse of Anna Fritz (film espagnol aperçu à l’Étrange Festival il y a deux ans), l’inconnue ne se réveille pas comme si de rien n’était. Elle renferme pourtant des secrets (autant au sens propre qu’au sens figuré) que ces médecins légistes se doivent de découvrir au plus vite.

La rigueur avec laquelle André Ødreval filme cette autopsie, multipliant les gros plans (très) explicites, est quasiment proche du documentaire. Le recours aux images est d’autant plus travaillé dans le long-métrage, à travers les nombreuses photographies prises du cadavre (avec un travail minutieux de la lumière pour ne pas dévoiler les artifices des maquillages), ou encore le recours à l’enregistrement protocolaire de la procédure. Âmes sensibles s’abstenir : les scènes les plus dérangeantes du film sont bien celles de l’autopsie !

À voir le mal naître du corps de cette « Jane Doe » au fur et à mesure de l’autopsie, on constate que c’est elle qui prend le dessus sur ses « tortionnaires ». Bien qu’étant d’une rigidité cadavérique totale, la jeune femme fait basculer l’intrigue dans l’horreur…

Let the sunshine in…

Si les deux premiers tiers de The Jane Doe Identity séduisent par leur réalisme accru et leur beauté visuelle, la dernière partie du film bascule dans une forme beaucoup plus classique. Un film d’horreur des plus conventionnels, aux gimmicks attendus : des jumpscares qui s’éternisent un peu trop, suscités par des réactions surdimensionnées (il faut évidemment qu’un personnage regarde à travers un trou pour apercevoir… quelque chose qui fait peur !), quelques retournements de situations prévisibles…

Là où le film parvient à tirer son épingle du jeu, c’est en laissant le spectateur imaginer lui-même le mal dont il est victime, au lieu de basculer dans la surenchère gore – alors qu’on aurait pu s’y attendre, vu ce dont il est question. Notre Jane Doe fait basculer l’intrigue entre rêve et réalité, hallucinations et cauchemars, et l’on est prêt à lui pardonner les quelques petites incohérences qu’elle peut parfois créer au passage. Et comme tout film d’horreur qui veut remplir le cahier des charges contemporain, la porte est bien évidemment laissée ouverte pour une suite. À tort ou à raison ? L’avenir nous le dira : André Øvredal est actuellement occupé par la préparation de son prochain film, qu’il tournera dans les fjords norvégiens. Un homme y découvrira qu’il est le descendant d’une divinité nordique…

The Jane Doe Identity
Un film de André Øvredal
Sortie le 31 mai 2017

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