The Girlfriend Experience : Je t’aime moi non plus

Dans la catégorie adaptation de films sur petit écran, on demande cette fois The Girlfriend Experience. Steven Soderbergh reste (en partie) aux manettes alors que la sublime Riley Keough prend la suite de la tout aussi sublime Sasha Grey. Silence Moteur Action a pu voir les 4 premiers épisodes de la série diffusée sur OCS qui suit le quotidien, pas toujours simple, d’une call-girl. Verdict.

Christine Reade (Riley Keough) est le parfait reflet d’un visage de sa génération. Elle est belle, intelligente, indépendante. Égoïste aussi. Sa vie jongle entre ses études de droit qui lui coûte un bras à défaut d’une jambe et un poste de stagiaire dans un grand cabinet d’avocats. Entre deux classeurs à ranger, elle observe son patron (Paul Sparks de House of Cards) d’un court regard qui en dit long. Elle étudie. Elle sort. Elle étudie. Elle sort. Elle drague aussi. Un mec qui lui plaît dans un bar. Mâle qu’elle voit comme un beau pénis sur jambes. De quoi offrir à sa libido un exutoire temporaire. Aussitôt baisé. Aussitôt oublié. Pour Christine la vie s’étend et le vide s’étire. Il manque quelque chose.

Ce quelque chose, elle va le trouver chez sa copine Avery (Kate Lyn Sheil). Cette dernière joue la call-girl de luxe pour des quinquas plein aux as. Entre deux avions, elle offre à ses clients le plaisir charnel qu’ils ne trouvent plus auprès de leur chère et tendre. Christine se laisse tenter. Elle regarde. Elle hésite. Mais elle plaît. Elle se sent désirer. Et puis presque innocemment, elle saute tout doucement le pas. Elle va dès lors mener une vie à triple casquette. Et c’est pas facile tous les jours.

Girl power

The Girlfriend Experience est une série à la beauté froide. Elle reprend l’esthétique laissée par Steven Soderbergh. C’est cadré large, comme pour prendre de la distance avec certaines situations. Puis elle vient se mettre au plus près, lorsque les corps s’embrasent. Le show se veut sexuel. Davantage que le film. Mais là aussi ça se fait avec classe. La nudité n’a rien de gratuite. Elle est au service de l’histoire. L’histoire d’une jeune femme, parfait produit de son époque. Elle vit à fond. Ressent l’instant. Le sexe pour elle n’a pas vraiment d’étiquette. Seul reste le plaisir. Qu’elle éprouve avec un homme qui pourrait être son père ou en s’étreignant avec une jeune femme. Peu importe.

Le personnage complexe de Christine, qui n’est pas s’en rappeler celui de Marine Vacth dans le Jeune & jolie de François Ozon, est sublimé par l’interprétation de Riley Keough. Cette descendante d’Elvis crève le petit écran alors qu’elle est presque passée inaperçue sur le grand. La faute à des films indés qui ont du mal à trouver un public aussi bien aux États-Unis que dans l’hexagone. L’actrice trouve enfin un rôle à sa mesure et n’hésite pas à donner de sa plastique.

La série permet aussi de découvrir un autre visage de la prostitution. Un visage qui brouille les certitudes. Car outre le fait pour ces jeunes femmes de devenir quelqu’un d’autre, la vérité se veut plus complexe. Passée la rémunération, le plaisir est bien là. Tout comme la volonté d’offrir son corps à un inconnu lors d’un échange pleinement consenti. Un thème que la série commence à creuser, tout comme le côté double vie de son personnage principal.

Car ce type de prostitution est un problème de société bien réel. Combien de jeunes et plantureuses étudiantes se décident à vendre leurs corps pour arriver à joindre les deux bouts ? Et derrière s’installe inévitablement un dilemme. Cette activité temporaire ne deviendrait-elle pas une habitude ? Les confidences sur l’oreiller d’un homme mal dans sa peau et l’argent facile n’offrent-ils pas un parfait échappatoire à des demoiselles qui se sentent comme un mouton dans le troupeau que renferme un amphithéâtre, à écouter des discours qui sonnent creux ? Autant de thèmes et de questions que The Girlfriend Experience se chargera d’explorer au cours de ses 13 épisodes. On espère après ce début, assez prometteur, que le show tiendra sur la durée.

Note : 3/5

The Girlfriend Experience, à partir du 11 avril sur OCS Max, avec Riley Keough, Mary Lynn Rajskub, Paul Sparks. 30 min.

 

 

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