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[Critique] The Art of Self Defense : du bêta à l’alpha

Présenté en compétition officielle de L’Étrange Festival à Paris, The Art of Self Defense, deuxième film du réalisateur Riley Stearns, réunit Jesse Eisenberg (The Social Network) et Imogen Poots (28 semaines plus tard) dans un film percutant aux airs de Fight club. Mais alors, simple ersatz ou oeuvre incarnée ? 

Casey est un comptable loser, introverti et extrêmement anxieux. A la suite d’une agression, il décide de reprendre le contrôle de sa vie en rejoignant une école de karaté afin de devenir un « vrai mâle alpha ». Mais sous l’impulsion de son maître Sensei, une obsession quant à sa puissance naissante va surgir. 

Une oeuvre décalée mais lucide

The art of self defense est une comédie décalée, presque absurde et surtout noire. Mais c’est un pari risqué que de parler virilisme, place de la femme, émancipation et masculinité toxique avec ce ton, tant le politiquement correct s’empare et ceinture toute digression sur des revendications sociales ou politiques contemporaines. Et quelle jubilation de voir cette fable sociale prendre vie sous nos yeux de manière si décomplexée. C’est une oeuvre dense et très intelligente qui jouit d’une écriture minutieuse tournant en dérision les sujets qu’elle traite, invitant le spectateur à en rire avec elle.  Et quoi de mieux que le rire pour amorcer une réflexion ?

Il ne s’agit pas ici d’un énième drame, avec une forte identification aux personnages, de l’empathie à tout va, un manichéisme déplacé aseptisant le propos et des violons en fond. Non, ici le film prône l’antipathie pour ses personnages, les rendant ainsi ridicules ; il ne recherche pas le réalisme, n’hésitant pas à accentuer – mais cette fois-ci avec raison – le manichéisme, pour créer la gêne, le malaise et rapprocher ainsi ses protagonistes des stéréotypes, les rendant toujours plus ridicules et arriérés, troquant au passage les violons pour du métal. Il y a une démarche presque cathartique : le film démystifie ses sujets en les abordant de manière frontale et littérale (l’école de karaté agissant comme un microcosme de notre société et les ceintures comme statut de pouvoir) et usant de l’absurde pour mettre en valeur la stupidité  de cette recherche absolue de virilisme à tout prix. C’est une réalisation profondément féministe avec un regard acerbe sur la masculinité toxique. The art of self defense fait du bien à tout le monde : aux femmes comme aux hommes. 

Un film coup de poing

Le long-métrage est brillant par sa construction narrative, déjouant tous les clichés que peuvent amener ce genre d’histoire (le héros qui, pour vaincre ses peurs, s’inscrit dans un endroit et subit un entraînement qui le rend plus fort). Là où, par exemple, on aurait pu s’attendre à voir Casey progresser jusqu’à la ceinture marron pour venir ensuite questionner son pouvoir et la ceinture noire (syndrome Batman begins où Bruce Wayne refuse la philosophie de Ras al Ghul après avoir reçu son entraînement), le film montre finalement un héros qui ne dépassera jamais la ceinture jaune, soit un grade assez faible, car tout simplement, l’intérêt du film n’est pas là. Son but ici est justement de déconstruire cette figure du héros qu’il rattache finalement à une quête de virilisme et de puissance. The art of self defense est donc assez malin pour utiliser sa dramaturgie en faveur de son propos. 

Mais malgré ses fulgurances comiques, le film use de nombreuses ruptures de tons passant de la comédie légère à des moments de violences intenses permettant à la fois de mettre en exergue, par le rire, l’absurdité de ces personnages et de leurs motivations mais également la résultante, beaucoup plus réaliste, exubérant toute la violence engendrée par cette recherche de masculinité (aussi bien sur les hommes que sur les femmes) ; le film sort d’un coup de la farce pour frapper de pleins fouets le spectateur sur l’urgence d’une situation actuelle et bien réelle. Cette construction décousue permet ainsi au film de s’élever de sa simple condition de satire sociale à une oeuvre plus complexe, réflexive et dénonciatrice. 

Conclusion : The art of self defense est un film à la fois léger et grave, dressant un constat amer sur notre société en analysant de nombreuses problématiques contemporaines mais non dénué d’espoir quant aux solutions existantes. C’est un long-métrage qui fait du bien et qui mérite de l’attention.

The art of self defense
Un film de Riley Stearns
Durée 1h44
Sortie prochainement

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