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[Critique] Terre maudite : maison à vendre ?

La 45e édition du Festival du cinéma américain de Deauville, comme chaque année, réserve son lot de films présentés en avant-première, et Terre maudite semble destinée à une sortie en catimini, vraisemblablement directement en vidéo (le film étant déjà disponible sur la plateforme MyCANAL VoD). Un bien triste sort pour le premier long métrage de la réalisatrice Emma Tammi, vraie belle surprise de cette sélection, entre film d’épouvante et tension psychologique.

À la fin du 18e siècle, Lizzy s’installe avec son mari à la frontière occidentale américaine avec la volonté de cultiver une parcelle de terre désolée. Son époux étant souvent absent à cause de son travail, Lizzy se retrouve seule dans leur maison perdue au milieu de nulle part. Elle semble sentir une présence maligne qui rôde dans la prairie alentour, mais son mari met ce ressentiment sur le compte de superstitions religieuses. Lorsqu’un jeune couple s’installe à proximité pour réhabiliter une cabane délabrée, la paranoïa infectieuse de Lizzy devient plus prégnante et les forces du mal semblent se rapprocher…

Nos pires voisins

Les histoires d’amour finissent toujours mal, en général. Pourtant, dans Terre maudite, c’est dès le début que l’on connaît l’issue fatidique de certains personnages. Comment ? Pourquoi ? C’est ce que le film tentera d’expliquer en mêlant ses différentes strates temporelles, avant et après cet événement macabre. Le tout dans un cadre profondément anxiogène : une grande plaine désertique américaine, deux maisons perdues au milieu de cette immensité… et une femme se retrouve seule chez elle à devoir attendre le retour de son mari. Mais après le drame, un climat dangereux s’installe. Cette femme, c’est Lizzy, incarnée par Caitlin Gerard. L’actrice porte le film par sa seule performance, livrée à elle-même face à un mal que l’on peine à identifier.

La réalisatrice alterne donc entre moments d’épouvante purs et flashbacks destinés à nous faire davantage comprendre la relation entre Lizzy, son mari (Ashley Zukerman) et leurs voisins Emma (Julia Goldani Telles) et Gideon (Dylan McTee), tout aussi perturbante et ambiguë que le reste. Emma Tammi confronte ces différents moments, dans une logique de cause et de conséquence, sans pour autant inciter son spectateur à la croire aveuglément. Ce sera à lui de recomposer les pièces du puzzle et de déterminer ce qu’est véritablement ce mal… Plutôt que de chercher à montrer à tout prix cette menace, la réalisatrice privilégie le point de vue de son héroïne, jouant davantage sur le hors champ et la suggestion. Elle parvient même à dépasser les contraintes de son petit budget et à créer de vrais moments de tension qui fonctionnent malgré quelques jumpscares (techniques pour faire sursauter le spectateur) un peu trop faciles.

Conclusion : Terre maudite dépasse les contraintes de son petit budget et sait imposer son ambiance anxiogène, faisant naître la peur de l’intime et de la superstition.

Terre maudite
Un film d’Emma Tammi
Durée : 1h26
Disponible en VoD

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