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[Critique] Terminator – Dark Fate : « Sarah Connor? C’est la saga d’à côté ! »

On n’aura eu de cesse de nous le répéter : « oubliez tout ce que vous avez vu de la saga Terminator. » Pourquoi ? Car Dark Fate est une suite directe au second volet réalisé par James Cameron, Le Jugement dernier, sorti en 1991. À l’instar du Halloween de David Gordon Green sorti l’an dernier (qui prend place 40 ans après le premier film), cette nouvelle itération de la saga Terminator efface les trois films qui ne sont jamais parvenus à dépasser le monument de la pop culture que représente le second opus. Terminator 3 : le Soulèvement des Machines ? Un copié-collé sans grande inspiration. Terminator : Renaissance ? Un parti-pris audacieux, se focalisant sur le futur apocalyptique de l’humanité, desservi par un scénario faible. Terminator : Genisys ? Un film déjà annoncé comme étant un reboot, avec Emilia Clarke dans le rôle de Sarah Connor, dont on n’a strictement aucun souvenir quatre ans après sa sortie. Cameron nous disait pourtant qu’on allait l’adorer… alors qu’il n’a eu aucun rôle dans sa production !

Pour éviter un nouveau désastre, devinez qui on a rappelé à la rescousse ? James Cameron, évidemment. S’il est toujours autant occupé par ses innombrables suites à Avatar, le réalisateur a enfilé sa double casquette de producteur et de scénariste pour Dark Fate, à tel point qu’il réécrivait même le script pendant le tournage du film. Pour le réaliser, en revanche, il a fait appel à Tim Miller, réalisateur du premier Deadpool. Et sinon, qu’est-ce qu’il se passe, dans Dark Fate Linda Hamilton, la Sarah Connor originelle, vole à la rescousse de Dani Ramos (Natalia Reyes), pourchassée par un Terminator (Gabriel Luna) et aidée de Grace (Mackenzie Davis), un soldat venu du futur, mi-humain, mi-machine…

Envolé, le passé !

Il faut faire table rase du passé. Et Terminator : Dark Fate le fait d’emblée, dès ses premières minutes. Quand on pense à la saga, on associe forcément la montée des machines à Skynet. Ici, tout change… Enfin presque, puisqu’il se passe finalement la même chose, juste en changeant les noms des personnages : les méchants envoient encore un Terminator dans le passé pour traquer la personne dont dépend la survie de l’humanité, et les gentils envoient quelqu’un d’autre pour l’en empêcher. Et cette fois, l’avenir sera femme. James Cameron a fait de Sarah Connor l’une des héroïnes les plus marquantes de la science-fiction dès 1984 (deux ans avant qu’il ne fasse d’Ellen Ripley une féroce combattante dans Aliens, le retour), raison pour laquelle l’actrice Linda Hamilton, tenue à l’écart de la saga depuis 1991, fait son grand retour. Table rase du passé donc, mais pas de ses héros.

Et ce n’est pas que du fan service : Hamilton apparaît ici bien davantage que l’autre grande star de la saga, Arnold Schwarzeneger, que l’on n’a jamais jugé inapte à reprendre le service par le passé. Les retrouvailles des deux acteurs, bien que d’abord peu réjouissantes dans le film, sont pourtant jubilatoires. Mais des deux, c’est davantage l’approfondissement de Sarah Connor que l’on retiendra, Schwarzenegger étant – comme dans Genisys – relégué à un second rôle de papy un peu gênant qui fait trop de vannes. Le rôle de Sarah va à l’encontre des stéréotypes hollywoodiens, qui voudraient que le « jeunisme » prône. À soixante ans, Sarah Connor chasse les Terminators avec toujours autant de vergogne, devient une machine à tuer, comme ses ennemis, sans pour autant parvenir à oublier ses sentiments, son passé trouble et ses traumatismes.

Le même film version 2019

Pour le reste, Terminator : Dark Fate s’enlise dans un film à grand spectacle générique, avec quelques longueurs, mais qui fait tout de même le job. Le Terminator envoyé (sous les traits de Gabriel Luna) est un modèle Rev-9, c’est-à-dire qu’il se compose d’un squelette robotique et de carbone liquide (à l’instar du Terminator du second opus, composé de métal liquide). Il peut donc se dédoubler à l’envie… et s’avère si redoutable que nos héros peineront énormément à l’affronter. Un concept intriguant au premier abord qui aurait pu être davantage exploité par le scénario, ces dédoublements restant finalement assez peu mémorables : le film s’attachera bien souvent à suivre le double de carbone liquide, tandis que le squelette robotique ne sert pas à grand chose. Les effets spéciaux sont, eux aussi, parfois douteux.

Quoi qu’on en dise, Terminator : Dark Fate sera toujours mieux que Terminator : Genisys, qui nous perdait avec de nombreux voyages dans le temps et de grosses incohérences. Bien que divertissant, il demeure une énième suite loin d’être indispensable (que ses producteurs et scénaristes imaginaient déjà comme le début d’une nouvelle trilogie) et qui, dans le fond, se veut être une redite intégrale des deux premiers opus cultissimes, actualisés à la sauce 2019. On aime énormément le personnage de Mackenzie Davis, humaine augmentée par la technologie pour devenir quasiment aussi redoutable qu’un Terminator. On apprécie le fait de voir des personnages féminins prêts à se battre pour se sauver, et non être sauvés par les autres. Ce que l’on aime moins, c’est la subtilité pachydermique avec laquelle le scénario souhaite détruire ces rôles stéréotypés (la « mère du héros », « compagne du héros » que l’on relègue au second plan), martelant répliques, flashback ou flashforward rébarbatifs, au cas où nous n’avions déjà pas tout compris tout seuls.

Conclusion : si l’on se demande encore pourquoi il est bien nécessaire de faire redémarrer la saga Terminator pour la troisième fois, Terminator : Dark Fate sera toujours une tentative un peu moins vaine que Genisys il y a quatre ans. Malgré son grand classicisme, il sublime le personnage de Sarah Connor et son interprète originelle, Linda Hamilton.

Terminator : Dark Fate
Un film de Tim Miller
Durée : 2h09
Sortie le 23 octobre 2019


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