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[CRITIQUE] Te Ata : rendez-vous en terre inconnue

Connaissez-vous les Chickasaw ? La réponse « non » est la raison d’être de Te Ata, long métrage du réalisateur Nathan Frankowski. Les Chickasaw sont un peuple amérindien, citoyens de la Chickasaw Nation, un état fédéral situé en Oklahoma, aux Etats-Unis. À travers son film, le cinéaste invite à découvrir cette communauté indienne en offrant un biopic à Mary Thompson Fisher, surnommée Te Ata.

Dans cette réalisation, Mary Thompson Fisher, encore enfant, écoute les histoires que son père lui raconte sur leur communauté. La petite grandit ainsi avec les valeurs de cette culture, dont un amour très fort pour la nature. Très vite, elle se rend compte que ses origines dérangent et que le racisme touche tout son entourage. Bien que terrorisée, à l’aube de l’âge adulte, Mary Thompson Fisher devient la première femme à prendre ses clics et ses clacs et à partir du foyer familiale pour partir dans une grande métropole : New York. Elle veut étudier, et particulièrement, elle veut percer dans le secteur du théâtre. C’est pour elle l’unique moyen de raconter son histoire, l’histoire de sa famille, celle de son peuple.

Comédienne plutôt deux fois qu’une

Le long métrage se structure autour d’un concept : la narration. Mary Thompson Fisher, élevée au milieu des fables et récits, se juge, en grandissant, « conteuse d’histoires ». Elle veut en faire son métier et ainsi devenir la voix de son peuple. Par ce biais, elle tient à défendre les droits des indiens d’Amérique. Le réalisateur choisit de traiter principalement le début de carrière de la jeune femme, à partir de ses premiers cours pour devenir comédienne à la faculté et de ses premières expériences professionnelles. Te Ata compte beaucoup de séquences où la Chickasaw s’entraîne pour monter sur les planches, ou donne des représentations. Résultat inévitable et justifié : beaucoup de scènes sont littéralement théâtrales.

Comme tout scénario qui se déroule dans cet environnement artistique, on l’accepte, puisque ce filon est l’essence du film. Malheureusement, la direction artistique pose question. L’actrice Q’Orianka Kilcher, qui joue Mary Thompson Fisher, est une bonne actrice. Elle l’a prouvé par diverses prestations, notamment chez Terrence Malick dans Le Nouveau Monde ou plus récemment dans le fabuleux Hostiles de Scott Cooper. Mais ici, le réalisateur de Te Ata ne semble pas marquer la différence dans la manière de parler entre les prestations théâtrales de l’Amérindienne et dans « sa vie de tous les jours ». Du coup, certaines scènes sont… gênantes. Le spectateur se confronte alors à des scènes (lorsqu’elle discute avec son compagnon ou avec sa famille par exemple) où la diction de Mary Thompson Fisher sonne un peu trop forcée, passionnée… théâtrale en somme. Peut-être est-ce pour souligner que la « conteuse d’histoire » est tellement amoureuse de son art qu’elle ne fait plus de séparation entre son métier et son quotidien… mais cela ne fonctionne pas.

Le fond trahi par la forme

Bien dommage de voir la balance pencher de la sorte alors que le film a un fort potentiel. D’abord dans sa mise en scène, notamment dans le premier quart du long métrage, alors que Mary Thompson Fisher est encore enfant. Cité plus haut, Terrence Malick semble avoir inspiré Nathan Frankowski qui, lui, a décidé d’ajouter du fond à une photographie très esthétique (désolé pour les fans de The Tree of Life). La nature, dont l’héroïne du film est très proche, est particulièrement magnifiée. Un moyen de porter aux yeux du spectateur les valeurs auxquelles sont attachés les Chickasaw. Il est d’ailleurs également intéressant d’assister grâce à Te Ata à cette période historique pendant laquelle les amérindiens étaient en train de se faire une place dans la société américaine. La jeune femme détonne dans les couloirs de l’université de New-York, où seuls étudient « les blancs ».

Mais le film est parfois plus explicite, plus dur, et propose des scènes frappantes pour exposer le racisme. Ce qui est étonnant en revanche, et qui peut desservir le message voulu, est la manière dont Mary Thompson Fisher elle-même met en scène ses pièces de théâtre. Mais la comédienne, pour raconter l’histoire des Chickasaw, se met en costume indien typique, tel que le stéréotype le dessine, avec les tresses, les costumes à franges… alors que le spectateur a auparavant vu que la famille de l’amérindienne ne se vêt pas comme cela. Étrange choix, qui, au fond, peut éventuellement se justifier par l’envie de la jeune femme de plonger son public dans les coutumes indiennes pour mieux l’impregnier de l’héritage laissé à la communauté actuelle Chickasaw.

Conclusion : Q’Orianka Kilche est radieuse mais trop maladroitement dirigée, ce qui appauvri fortement Te Ata. Le sujet mérite qu’on s’arrête dessus, mais le long métrage, malheureusement, ne restera pas dans les mémoires. Nathan Frankowski reste un réalisateur à suivre ; il prouve à travers plusieurs séquences qu’il possède un vrai talent.

Te Ata 
Un film de Nathan Frankowski
Sortie le 17 juillet 2019
Durée : 1h41

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