[Critique] T2 Trainspotting : retour vers le futur

Vingt ans séparent Trainspotting de T2 Trainspotting, et pourtant rien ne semble avoir changé. L’Ecosse : aujourd’hui Mark Renton revient au seul endroit qu’il ait jamais considéré comme son foyer. Spud, Sick Boy et Begbie sont toujours là, prêts à l’accueillir bras ouverts. Mais à quel prix ? Car si Trainspotting était le temps de l’amitié et de la solidarité, ses dernières minutes ont laissé le spectateur sur le goût amer de la trahison. Et deux décennies ont été amplement suffisantes pour que nos personnages cultivent leur projet de vengeance.

Retour en arrière ou bond en avant ? 

Le film semble tenir en laisse d’une main ferme à gauche le passé, et à droite le futur.  Et tout l’enjeu dramatique repose sur ce va et vient entre les deux temporalités. D’un coté, chaque personnage tente de se raccrocher au passé : pour s’en venger, pour recommencer à zéro, ou pour se rassurer. « Les acteurs ont repris leur fringues, leurs chaussures, et ont apporté eux-même leur propre expérience de ces vingts dernières années. Ils ont nourri ainsi leurs personnages, comme s’ils ne les avaient jamais quittés« , explique Danny Boyle lors de sa  venue à Paris pour la promotion du film.

Mais malgré tous les espoirs des héros, l’homme n’est pas une « Tabula Rasa ». « Les deux films résonnent ensemble, il y a des moments d’intrusion du premier film dans T2. » Ce choix de montage furtif permet d’éviter les écueils habituels du montage alterné en donnant plus de rythme à la narration, et fait poindre l’ombre des années pendant lesquelles Danny Boyle a essayé de construire le film. Il a laissé passer vingt ans entre les deux réalisations, vingt années qui ont imprégné et marqué les acteurs, autant sur un point physique que moral. Et si on pouvait croire au début que le but de ce T2 était de faire table rase du passé, et se prouver que les vieux démons sont derrière soi, il s’agit en fait de tout l’inverse. Chacun d’une manière différente doit faire face à ses fantômes.

Fin de la rébellion adolescente 

Finalement, qu’est ce qui sépare vraiment Trainspotting de T2 Trainspotting ? On ne saurait dire si les deux films sont plus liés que déliés. Dès les premières images, la volonté de Boyle de retrouver son petit univers cinématographique qui ne marchait que pour le premier film se fait sentir. Et pourtant, T2 arrive à fonctionner de façon autonome face au monument qu’était le premier Trainspotting, signe qu’une célébration de la pop culturelle des années 90 est encore à la mode. Ces instants où les deux films raisonnent et se font écho arrivent comme des points de rupture de la narration, des espaces de subconscient, comme si les personnages étaient eux-même conscients qu’on réalisait un film sur ce qu’ils sont devenus vingt années après. Et ce sont ces petits moments de suspension qui retiennent tout le passage du temps, et toute la tension du film.

Nombreuses sont les raisons de la réalisation de cette suite, (l’adaptation de Porno, notamment) mais la plus intéressante semble être un argument purement narcissique. En observant la filmographie de Boyle dans son ensemble, on peut aisément retracer les différents états émotionnels et psychologiques que le réalisateur a traversés. Et T2 vient se placer comme le film de la crise de la quarantaine, celui où finalement il ne s’agit pas plus de la remise en question de ses personnages que de lui-même. En effet, en réalisant T2 Trainspotting, le cinéaste règle ses propres trahisons, et peut-être aussi ses propres démons.

Conclusion : Avec T2 Trainspotting, Danny Boyle maitrise avec justesse deux objets cinématographiquement fragiles : le passage du temps et la mélancolie. C’est peut-être ici que  l’oxymore « loser magnifique » fonctionne le mieux.

T2 Trainspotting
Un film de Danny Boyle
Sortie le 1er mars 2017

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