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[Critique] Swallow : femme au foyer en quête de liberté

Sélectionné à la fois au Festival de Deauville (duquel il repart avec le Prix Spécial de la 45e Édition) et à l’Étrange Festival à Paris, Swallow est avant tout le premier long métrage de fiction de son réalisateur, Carlo Mirabella-Davis. Un doublé tout à fait logique quand on se penche de plus près sur le script du film : pour oublier un mariage qui n’a de parfait que les apparences, Heather, femme au foyer désespérée, trouve une forme d’épanouissement pas comme les autres. Une forme de liberté fugace mais bien dangereuse qui a un nom : le pica, soit le fait d’avaler tout type de substance non nutritive.

Un mari parfait, une maison luxuriante, une belle-famille pleine aux as… Hunter a tout pour elle et semble mener la vie parfaite. En plus, elle est enceinte ! Or Swallow montre aussi la face cachée de ce bonheur : entre thriller et comédie noire, le réalisateur Carlo Mirabella-Davis en profite pour lyncher toute forme de patriarcat et glorifie la performance de son actrice principale et productrice, Haley Bennett.

Retrouvez bientôt notre rencontre avec le réalisateur Carlo Mirabella-Davis

Desperate Housewife

Dès ses premières minutes, Swallow déconcerte. On y découvre le morne quotidien d’Hunter, qui passe ses journées seule à la maison à attendre chaque soir le retour de son mari. Tantôt, elle ramassera les feuilles mortes près de la piscine, puis elle mettra de l’ordre dans son salon ou passera un temps méticuleux à constituer les petits plats et assiettes destinées à son mari. Une obsession apparente pour l’ordre, la rigidité, qui se traduit tout autant à l’image, toujours très droite, symétrique. Alors que la maison devrait être son refuge, elle est pourtant horriblement froide. Les teintes bleues et roses rappellent évidemment le Suspiria de Dario Argento, influence ouvertement revendiquée par Carlo Mirabella-Davis. Malgré son immensité, Hunter s’y sent piégée, enfermée dans une vie qui ne devrait pas être la sienne. Bref : on sent très clairement que ça ne va pas.

Quand on découvre le mari (incarné par Austin Stowell) et la belle-famille d’Hunter (David Rasche et Elizabeth Marvel), on comprend tout de suite mieux d’où pourrait venir ce mal-être. Et c’est aussi là que le film bascule vers une sorte de comédie noire, Hunter se confrontant au cynisme et à la toxicité d’une relation dans laquelle elle ne contrôle strictement rien. Lorsqu’elle sort au restaurant ou quand la maison devient lieu d’une soirée, les couleurs se réchauffent, nous laissant croire qu’Hunter pourrait être bien plus à l’aise. Mais là encore, non. Le personnage d’Haley Bennett devient passif et nous, spectateur, aussi. Ce qu’Hunter doit aussi avaler, autant littéralement qu’au sens figuré, ce sont des moments d’humiliation et de dépossession, retranscrits à l’image avec énormément de tension et de maîtrise, autant dans l’écriture des dialogues que dans l’interprétation du casting.

Le pica, c’est pas chou

La jeune femme penche donc dans une situation paradoxale : pour trouver un bref sentiment de liberté, elle plonge dans la violence. Réel trouble psychologique, les scènes qui illustrent le pica sont tout aussi perturbantes les unes que les autres. Quand Hunter avale une bille, on entend en fond le bruit des vagues, des rires d’enfants. Elle se rattache à un beau souvenir et, un instant, éprouve à nouveau ce qu’elle n’a pas ressenti depuis des années. À la fois actrice principale et productrice, Haley Bennett a énormément collaboré avec le réalisateur afin de développer diverses caractéristiques de son personnage : ses manies, comme arranger constamment ses cheveux, son regard stoïque et imperturbable… La comédienne est impressionnante de maîtrise.

Bien qu’il cherche à nous faire comprendre peu à peu les troubles de son héroïne, Swallow cache pourtant bien son jeu. A travers les doutes et les questionnements d’Hunter sur sa légitimité à être en vie, le film saura nous surprendre jusqu’aux derniers instants. Il soulève également des interrogations intéressantes et légitimes, à l’heure où certains droits des femmes se voient remis en cause. Malheureusement, le dénouement est un peu trop vite expédié, malgré des dernières scènes marquantes.

Conclusion : Malgré une fin un peu trop rapide, Swallow impressionne par l’interprétation de son actrice principale, Haley Bennett, et la mise en scène de Carlo Mirabella-Davis, dont la caméra retranscrit avec exactitude les troubles obsessionnels de son héroïne.

Swallow
Un film de Carlo Mirabella-Davis
Durée : 1h34
Sortie en salles au printemps 2020

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