[Critique] Star Wars – Les derniers Jedi : vive la Résistance !

Revitalisée par Disney, la saga Star Wars n’est pas prête à faire ses adieux : depuis Le Réveil de la Force de J.J. Abrams, sorti il y a deux ans, les projets s’accumulent tout en suscitant l’inquiétude des fans. Le second spin-off « A Star Wars Story », consacré à la jeunesse de Han Solo, sortira (déjà !) en mai prochain suite à une production plus que mouvementée alors que le neuvième opus de la saga, qui devait être réalisé par Colin Trevorrow, revient finalement aux mains d’Abrams ! Ces problèmes de « différends artistiques », couplés à l’annonce d’une nouvelle trilogie, laissent planer la crainte d’une « marvelisation » de l’univers créé par George Lucas…

La pression qui repose sur les épaules de Rian Johnson est plutôt large : « Évidemment, j’espérais que vous aimeriez Les derniers Jedi. Mais maintenant, j’espère VRAIMENT que vous aimerez Les derniers Jedi ! », avouait-il sur son compte Twitter. Car en plus de réaliser ce huitième opus, le cinéaste (que l’on a retrouvé il y a quelques années aux manettes de Looper) a été chargé par Disney de superviser cette fameuse nouvelle trilogie ! Et l’homme semble bel et bien prêt à endosser cette responsabilité. Ce qu’il y a de plus surprenant dans Les derniers Jedi, c’est la manière dont son réalisateur questionne en permanence l’héritage et les principes mêmes portés par la saga. La Force, le côté lumineux, le côté obscur, les Jedi… Ce qu’est Star Wars tel qu’on le connaît est plus que jamais en péril : l’intrigue place nos héros sous la menace permanente du Premier Ordre, bien décidé à réduire la Résistance à néant. Le seul espoir demeure en Rey (Daisy Ridley), qui implore le secours de Luke Skywalker (Mark Hamill).

Cet article comporte d’éventuels spoilers sur l’intrigue.

« Leave the past behind… »

Si l’on accusait J.J. Abrams d’avoir fait preuve de simplicité pour Le Retour de la Force, considéré en grande partie comme une copie d’Un nouvel espoir, le script de Rian Johnson s’émancipe de ce sentiment de nostalgie qui anime pourtant Hollywood depuis quelques années. Au risque de brusquer certains des fans des plus hardcores, Les derniers Jedi met déjà en avant l’inévitable extinction de la lignée Skywalker, qui se doit de transmettre ses valeurs et son héritage à une nouvelle génération. En somme, peut-être n’avons-nous jamais fait face à un film Star Wars aussi « méta » : nos héros d’antan (Luke et Leia) passent le flambeau à de nouveaux personnages (Rey, Finn, Poe…) toujours animés par la volonté de résister, tout comme la saga continue de se transmettre de génération en génération.

Le manichéisme des plus classiques de la saga Star Wars tend à se brouiller avec l’apparition de personnages secondaires tels que le malfrat campé par le malicieux Benicio del Toro, irrésistible une fois de plus, aussi – et surtout – par l’écriture de Rian Johnson. Ce huitième opus met ses héros à l’épreuve quels qu’ils soient, face au conflit général qui les menace et à leurs responsabilités, ils se confrontent d’autant plus à eux-mêmes.

Le réalisateur et scénariste tend à mettre respectivement en lumière chacun de ses héros, dans un scénario peut-être un peu trop généreux, puisqu’il signe l’opus le plus long de la saga (deux heures et trente minutes). À l’intrigue principale (la tentative de fuite des rebelles) s’adjoignent de nombreuses trames parallèles : la formation de Rey, le sauvetage désespéré de Finn et Rose (Kelly Marie Tran), la rivalité entre Poe Dameron et Holdo (Laura Dern)… Si chacun a bel et bien son rôle à jouer dans cette Rébellion, l’ensemble cohabite avec plus ou moins d’efficacité face au sentiment d’urgence absolue ressenti par Leia et ses soldats, dont la flotte avance sous le feu d’un Premier Ordre à travers les étoiles.

La Force est en toute chose

Ce sentiment de communion est malgré tout ce qu’il y a de plus beau à voir : cette « étincelle » qui allume la Résistance demeure en l’attachement que tous ces personnages se portent les uns aux autres malgré le désespoir de leur situation. « Il faut se battre pour ce que l’on aime », affirme Rose, qui fait partie de ces nombreux (et nouveaux) personnages féminins prêts à prendre les armes. Après Jyn Erso dans Rogue One, Padmé et Leia, il ne nous a jamais été donné de voir autant de femmes se battre dans un Star Wars. Le premier plan du Réveil de la Force, qui montrait une femme mettre en joue les Stormtroopers, annonçait déjà un sacré revirement de situation dans la saga, qui n’a pas manqué de diviser les fans sur le personnage de Rey. Rian Johnson n’oublie pas de tacler ceux qui ne se remettent pas de sa maîtrise subite du sabre laser…

Les derniers Jedi tend à démystifier une certaine vision élitiste de la Force, qui ne saurait être perçue que par une infime partie d’élus. Cette visée passe notamment par l’humour, beaucoup plus fréquent que dans le dernier volet, qui désacralise les personnages : Luke, devenu un ermite grognon, Hux et ses colères intempestives malmenées par Snoke, les blagues de Poe… Une certaine légèreté qui a toujours fait partie de la saga, quoi qu’on en dise, et non une inspiration « pseudo-disneymarvellienne ». Rian Johnson joue avec ses personnages comme avec les attentes de son public, qui espérait des réponses aux questions laissées en suspens par Abrams : qui sont les parents de Rey ? Qui est vraiment Snoke ? Johnson s’approprie pleinement ce matériau tout en déployant son identité visuelle dans le film, qui contient certains des plus beaux plans de la saga et dépasse son prédécesseur à tous les niveaux.

Mais si Johnson moquait réellement ses personnages, pourquoi aurait-il offert de si beaux adieux à Carrie Fisher ? Malgré la grandiloquence d’une scène en particulier, le réalisateur transcende le corps de l’actrice, décédée en décembre 2016, et la rend immortelle à l’écran, aussi bien littéralement qu’au sens figuré. De quoi rattraper le visage rajeuni en CGI de l’actrice à la fin de Rogue One

Conclusion : Beaucoup plus audacieux que son prédécesseur, tant sur la forme que sur le fond, Star Wars – Les derniers Jedi surprend. Rian Johnson s’approprie l’univers de George Lucas et les bases de la trilogie posées par J.J. Abrams, non sans surprises et sans dégâts. Quoi qu’il en soit, la saga continue de porter des personnages attachants, hauts en couleur, et portés par une seule et même valeur : l’espoir. Mention spéciale à Adam Driver, plus torturé que jamais dans le rôle de Kylo Ren.


Star Wars – Les derniers Jedi

Un film de Rian Johnson
En salles le 13 décembre

 

 

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