[Critique] Solo – A Star Wars Story : Ron Howard sauve les meubles !

Longtemps redouté et déjà décrié, le second spin-off de la saga Star Wars consacré à la jeunesse d’Han Solo débarque enfin dans les salles après une production plus que tumultueuse. Après le renvoi de Phil Lord et Christopher Miller, dont le potentiel comique ne plaisait pas à Kathleen Kennedy, big boss de Lucasfilm, ce fut à Ron Howard de « terminer » le long métrage. Un grand mot, puisqu’il a en réalité re-tourné les trois quarts du film en à peine deux mois ! 

Un marathon pour le réalisateur, qui a dû apporter une vision plus terre-à-terre au script de Lawrence et Jonathan Kasdan (père et fils). Les rumeurs sur le tournage allaient bon train, y compris concernant les performances de l’acteur principal Alden Ehrenreich dans la peau du jeune Han Solo. S’il n’a jamais été question de dépasser Harrison Ford, force est de constater que le comédien s’en sort avec les honneurs, dans un film maîtrisé malgré une sorte de chaos ambiant.

Au cours de périlleuses aventures dans les bas-fonds d’un monde criminel, Han Solo va faire la connaissance de son imposant futur copilote Chewbacca et croiser la route du charmant escroc Lando Calrissian… Ce voyage initiatique révèlera la personnalité d’un des héros les plus marquants de la saga Star Wars.

Un nouvel esprit ?

Solo est bel et bien un origin movie qui donne (enfin) des réponses aux questions que bon nombre de fans pouvaient se poser depuis des décennies (ou non, s’ils souhaitaient s’imaginer cela eux-mêmes) : qui est Han Solo, garçon des rues, d’où vient donc son surnom ? Comment a-t-il rencontré Chewbacca et Lando Calrissian ? D’où lui vient son mythique blaster ? Solo a-t-il bel et bien remporté le Faucon Millénium lors d’une partie de sabbac, sorte de poker intergalactique ? Toutes ces interrogations trouvent leur réponse au cours d’un casse des plus éprouvants.

À l’instar de Rogue OneSolo se déroule dans un monde où les Jedi ont été réduits à néant et où le reste de la population intergalactique se voit asservie par l’Empire de Dark Sidious. La destinée d’Han est somme toute assez ordinaire : un garçon des rues prêt à tout pour quitter son taudis en compagnie de sa bien-aimée, Qi’ra (Emilia Clarke). Cette caractéristique est commune à bien des visages clés de la saga (d’Anakin à Rey), puisque ses personnages principaux viennent majoritairement de nulle part et embrassent par la suite leur destinée héroïque. En cela, la saga s’inspire – comme bien d’autres récits et films – de la théorie du « monomythe » de Joseph Campbell selon laquelle le personnage principal cède (ou non) à l’appel de l’aventure pour accomplir un but, qui lui permettra à la fois de mieux se connaître et d’améliorer le monde.

Or Han Solo a toujours brillé par son caractère désinvolte. Il ne fait pas exception ici, puisque le personnage rejette toute idée de devenir un héros ou un leader et semble juste vouloir assouvir ses envies personnelles, à l’image de ses compagnons de voyage. Lorsque la productrice Kathleen Kennedy évoquait le projet pendant sa production, celle-ci le présentait comme un film de braquage avec un esprit fortement inspiré des westerns. Malgré le départ des réalisateurs initiaux, la promesse a été remplie par Ron Howard Han Solo se retrouve mêlé malgré lui à un casse intergalactique aux côtés de brigands expérimentés, tel que le couple formé par Tobias Beckett (Woody Harrelson) et Val (Thandie Newton). Côté action, nous sommes servis. Pour le reste…

L’action l’emporte !

Solo : A Star Wars Movie propose quelques morceaux de bravoure et se montre ainsi très généreux dans ses (longues) scènes d’action. Il est impossible de renier le talent de mise en scène de Ron Howard lorsqu’il s’agit de filmer ces scènes de bataille, notamment celle sur un train virevoltant à travers les montagnes (qui a dit Snowpiercer au fond ?). Celles-ci interviennent cependant comme un cache-misère, puisque le film ne raconte pas grand chose d’autre que l’histoire de ce casse à rallonge. On se laisse paradoxalement prendre au jeu, le film étant malgré tout plutôt bien rythmé.

La photographie de Bradford Young (chef opérateur de Premier contact) réserve le pire comme le meilleur et illustre par moments le paradoxe même du projet, film « bâtard » entre les intentions de ses réalisateurs initiaux et le projet final, tourné à la va-vite. Certains décors tels que le vaisseau de Dryden Vos (Paul Bettany), principal antagoniste de l’intrigue, ne sont pas spécialement mis en valeur par l’image et deviennent encore plus ternes et artificiels. D’autres scènes comme la rencontre de Solo et Chewbacca ou l’attaque d’un complexe minier sont cependant plus intéressantes et dynamiques.

Il est cependant regrettable de voir que certains personnages secondaires n’ont que pour but de « combler » le scénario, d’autant plus que nous n’avons même pas le temps de nous attacher à eux (comme le personnage de Thandie Newton ou l’extra-terrestre doublé par Jon Favreau). L3, le droïde de Lando Calrissian (campé par la superbe Phoebe Waller-Bridge) est davantage cantonné au rôle de comic relief à l’image de K2SO dans Rogue One, alors même que son personnage porte un combat particulièrement audacieux. Premier droïde féminin de la saga, sa conscience est plus développée que celle de C3PO… et ses envies de rébellion aussi ! En cela, le film laisse quelques petites références aux Derniers Jedi, dans lequel il est établi que tout être peut allumer une étincelle menant à la Rébellion.

Capitalism : A Star Wars Story

Quelques surprises sont disséminées çà et là par Lucasfilm, tel qu’un caméo auquel l’on ne s’attendait pas forcément et qui pourrait – peut-être ? – annoncer l’un des prochains spin-offs de la saga. Une entreprise audacieuse, d’autant plus que le personnage a vu son histoire développée dans la série animée Star Wars – Rebels. Serait-ce enfin le début d’une prise de risque de la part de Lucasfilm pour se montrer plus ouvert à l’univers étendu de la saga, auquel les fans accordent une extrême importance ? Star Wars gagnerait à tourner la page des Skywalker et des personnages que nous chérissons depuis des décennies, pour (enfin) proposer quelque chose d’entièrement inédit. À l’image de la nouvelle trilogie pensée par Rian Johnson, malgré les nombreuses réserves accordées à son huitième opus, justement parce qu’il commençait à désacraliser les piliers de la saga (?).

L’an prochain, J.J. Abrams aura la tâche de clore les aventures de Rey, Finn, Poe et – vraisemblablement – des Skywalker, tandis que Jon Favreau développera une série s’attachant aux événements qui se déroulent entre Le Retour du Jedi et Le Réveil de la Force. Outre les trois films supervisés par Rian Johnson, d’autres seront produits par David Benioff et D.B. Weiss, les créateurs de la série Game of Thrones. Puisque Johnson souhaite réellement repartir de zéro, ce duo pourrait-il être attaché à l’exploitation d’une partie de l’univers étendu sur le grand écran ? Wait & see.

Conclusion : s’il restera certainement un Star Wars mineur, Solo : A Star Wars Story parvient tout de même à remplir son cahier des charges en tant que film à grand spectacle. Contre toute attente, Alden Ehrenreich parvient à reprendre habilement le rôle mythique d’Han Solo, aux côtés d’un charismatique Donald Glover. Reste à savoir où et comment son personnage pourrait de nouveau apparaître, l’acteur ayant signé pour un total de trois films…


Solo – A Star Wars Story
Un film de Ron Howard
Sortie le 23 mai 2018

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