[Critique] Sollers Point – Baltimore : en quête de rédemption

Si le cinéma américain qui passe nos frontières se compose majoritairement de films à gros budgets, le cinéma indépendant US réussit de temps à autre une percée en France. Soutenu par le Champs-Elysées Film Festival, Sollers Point – Baltimore en est l’exemple même. L’occasion de découvrir un autre monde.

Baltimore, de nos jours. Keith est un jeune homme de 24 ans qui, après la prison et une assignation à résidence, peut enfin redécouvrir la lumière du jour. Commence alors la déambulation dans sa ville (et plus précisément Sollers Point, un quartier pauvre de Baltimore), à la recherche d’une nouvelle vie. De rencontres en rencontres, le jeune homme arpente une ville qu’il ne reconnait plus et où il ne trouve plus sa place.

Une vraie réussite cinématographique

Lors de la présentation du film, à la question « Qu’est-ce qu’un film indépendant », le cinéaste Matthew Porterfield répond « Un film fauché, sans argent ». Tout est là, tout est résumé. Et pourtant, derrière ce film fait à la maison, avec peu d’argent, se cache une véritable leçon de mise en scène. Comment montrer l’intériorité d’un personnage en proie à toute tentation, qui tente de se racheter une conduite ? Le film use de nombreux artifices pour nous identifier à Keith, à sa vie. La caméra est proche des personnages, toujours en mouvement et souvent à l’épaule, afin de donner une énergie, une sensation d’urgence, d’urgence de filmer, d’urgence de raconter cette histoire.

Et pourtant, Matthew Porterfield n’en oublie pas de soigner ses cadres autant que de jouer avec le rythme, avec le temps. Le film, dans sa délicatesse et sa violence, rappelle les grands films du cinéma d’auteur américain récent, de American Honey à Moonlight, ou cette année La route sauvage. Tout est là pour raconter une histoire, mais pour la raconter avec brio, avec une attention au détail et avec un talent de mise en scène impeccable.

Microcosme d’une Amérique à la dérive 

Car derrière la forme se cache une intrigue qui dépasse son simple cadre. Si le film suit un marginal, un homme mis au banc de la société, il en dit beaucoup sur l’Amérique de 2018, une Amérique en perte de repères. Tout y passe – avec subtilité – de la violence omniprésente à la société américaine injuste et faussement impartiale, de l’amour fusionnel aux familles recomposées et détruites, de la quête d’identité à l’impossibilité de changer. 

Matthew Porterfield réussit avec talent à décrire une certaine Amérique, vue par les yeux d’un homme rejeté par tous. Le film brille notamment par l’interprétation exceptionnelle de ses acteurs : de son (anti)héros Keith interprété par McCaul Lombardi (qu’on avait vu dans American Honey ou Patti Cake$) à Zaziz Beetz ou Marine Ireland sans oublier la présence magnétique de l’immense Jim Belushi dont les (quelques) scènes sont les plus poignantes du film.

Conclusion : le cinéma d’auteur américain a de beaux jours devant lui comme le prouve Sollers Point – Baltimore. Un très grand film qui pointe le doigt sur une société américaine qui déraille tout en faisant le poignant récit d’un homme marginalisé. Puissant !


Sollers Point – Baltimore
Un film de Matthew Porterfield
Sortie le 29 août 2018

Si vous aimez le cinéma d’auteur américain :


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