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[Critique] Skin : Jamie Bell à fleur de peau

Après une ouverture en deçà de nos espérances avec Un jour de pluie à New York, la compétition du 45e Festival du cinéma américain de Deauville a frappé fort avec Skin, premier long métrage en langue anglaise du réalisateur israélien Guy Nattiv. Son scénario narre l’histoire vraie de Bryon Widner, membre d’un groupuscule néo-nazi ayant décidé de tout quitter pour tenter de retrouver une vie normale.

Skin est un projet que Guy Nattiv a eu beaucoup de difficultés à faire produire, personne n’ayant cru pertinent d’évoquer la présence de l’idéologie nazie aux États-Unis. Mais ça, c’était avant l’élection de Donald Trump, mais surtout avant l’Oscar du court métrage qu’a reçu le réalisateur pour un film du même nom… et sur le même sujet. En tête d’affiche : Jamie Bell qui, à 33 ans, a toujours l’image de Billy Eliott qui lui colle à la peau. Avec Skin, il est enfin temps pour lui de changer d’image, à l’instar de son personnage…

Retrouvez notre rencontre avec le réalisateur Guy Nattiv

Nazi, c’est fini !

Lorsque l’on connaît l’histoire personnelle de Guy Nattiv, la genèse de Skin prend encore plus de sens : le réalisateur dédie son film à la mémoire de son grand-père, survivant des camps de concentration au cours de la Seconde Guerre mondiale. Non seulement Skin représente une réalité, la persistance des groupuscules nazis aux États-Unis, mais son intrigue ne manque pas non plus d’actualité. Si l’histoire de Bryon Widner est bien réelle (on le suit des années 2009 à 2011), l’élection de Donald Trump et la recrudescence des actes haineux ont été un élément déclencheur pour la production du film qui se heurtait à un mur quelques années plus tôt.

Il est question dans Skin de pardon, et Guy Nattiv ne prend pas de pincettes et nous montre dès les premières minutes de son long métrage que celui-ci se fera dans la douleur, autant physique que psychologique. Il se partage en deux plans : ce qu’a vécu Bryon afin d’échapper à son propre groupe et sa renaissance physique, à travers de difficiles séquences chirurgicales destinées à effacer le moindre tatouage qui recouvre son corps (mais surtout son visage). Et même si l’on sait à l’avance que Bryon réussira à se détacher de cette idéologie nazie, le film parvient toujours à nous faire ressentir ce que son personnage principal traverse.

Profiter des plus faibles

Skin plonge son spectateur au plus près du groupe auquel appartient le personnage de Jamie Bell et nous montre petit à petit son fonctionnement insidieux, parsemé de rituels initiatiques, de moments inévitables. Un groupe mené d’une main de maître par un couple, qu’on ne connaîtra qu’à travers les noms de « Ma » et « Pa », respectivement campé par Vera Farmiga et Bill Camp. Ils sont tout aussi impressionnants que Bell, leurs personnages partagés entre amour véritable pour ceux qu’ils considèrent comme leurs propres enfants et leurs idéaux abscons. À travers le regard de Gavin (Russell Posner), ado errant dans la misère environnante, nous revivons les mêmes étapes qu’a dû traverser Bryon pour se faire accepter par ses pairs, ponctuées de moments d’humiliation, de violence, de haine… et même d’une certaine tension incestueuse.

Et pourtant, au cœur de toute cette violence, il réside dans Skin de rares moments de tendresses. Pour Bryon, échapper à l’extrémisme, c’est aussi vouloir trouver sa propre famille. Un réconfort qu’il trouve auprès de Julie, qu’incarne la révélation de Patti Cake$, Danielle MacDonald, et ses enfants. Le seul reproche que l’on aurait à faire au film serait peut-être les trop nombreux revirements de cette relation. Elle reste cependant la seule respiration optimiste du long métrage, avec les rares apparitions d’un autre personnage réel, Daryle Lamont Jenkins (Mike Colter), activiste fondateur de l’association One People’s Project, qui dénonce les groupuscules extrémistes et contribue à la réintégration de certains de leurs membres. Mais Guy Nattiv nous a rassuré : l’un de ses prochains projets, sorte de suite spirituelle à Skin, serait justement consacré à Daryle…

Conclusion : véritable choc émotionnel, Skin dénonce avec vigueur la présence des groupuscules extrémistes et néo-nazis aux États-Unis, mais sans pour autant nier la possibilité d’un pardon. Jamie Bell y est extraordinaire dans le rôle de Bryon Widner !

Skin
Un film de Guy Nattiv
Durée : 1h58
Prochainement en salles

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