[Critique] Sicario – La Guerre des Cartels : le retour frappant de Benicio Del Toro

Il y a maintenant quelques mois, l’annonce d’une suite à Sicario était loin d’avoir suscité l’unanimité : le film original de Denis Villeneuve semblait ne pas appeler de second volet mais son succès surprise et ses diverses nominations aux Oscars (pour la meilleure photographie, la meilleure musique et le meilleur montage son) ont encouragé le studio Lionsgate à commander une suite. Indisponible, le réalisateur Denis Villeneuve a laissé sa place à Stefano Sollima, que l’on a pu voir à l’œuvre sur la série Gomorra. Ce nouvel arrivant n’a rien perdu de ce qui faisait le succès de Sicario : cette suite est aussi percutante et troublante que réussie.

Sicario – La Guerre des Cartels voit revenir les personnages de Josh Brolin et Benicio Del Toro : les deux soldats, employés par le gouvernement, se retrouvent une nouvelle fois pour déclencher une guerre fratricide entre les gangs mexicains. Ce nouvel opus est également l’occasion d’approfondir le personnage d’Alejandro – joué par Benicio Del Toro, qui vole d’ailleurs la vedette à son comparse – et son passé trouble, marqué par l’assassinat de sa famille perpétré par un cartel…

Une suite pertinente et actuelle

À la vue des premières images du film dans sa bande-annonce, la crainte était de voir Sicario – La Guerre des Cartels devenir un banal thriller dans lequel l’action primerait sur le fond. Le scénariste Taylor Sheridan, à qui l’on doit l’écriture du premier volet, est lui aussi de retour et sa plume ne trompe pas. L’esprit de Sicario demeure inchangé : La Guerre des Cartels parvient toujours autant à ménager son suspense à travers une histoire plus sombre et tortueuse qu’elle n’y parait. Le tout en conservant un savant équilibre entre ses scènes d’action et le développement de ses personnages et leurs zones d’ombre, Alejandro en tête.

Après avoir exploré le trafic de drogue, Sicario s’attaque au « trafic humain » : en plus de faire passer de la cocaïne vers les États-Unis, les cartels mexicains font aussi de l’immigration illégale leur fond de commerce. Une fois encore, Taylor Sheridan s’immisce totalement dans l’actualité, compte tenu de la forte dégradation des rapports entre les États-Unis et le Mexique après l’annonce de la création d’un mur en guise de frontière par Donald Trump. L’auteur et son réalisateur Stefano Sollima glissent également dans leur œuvre la peur du terrorisme à travers une série d’attaques qui ouvrent le film. Mais au lieu de chercher à débusquer les terroristes, ces attentats deviennent une opportunité de mettre à mal les cartels, jugés responsables de leur arrivée.

Benicio Del Toro au dessus de tout

Sicario – La Guerre des Cartels s’attaque de plus près au fonctionnement des cartels et à leur hiérarchie : le sujet du recrutement est ainsi placé au cœur de l’intrigue, sous le prisme de la jeunesse. Deux adolescents sont les autres « stars » de cet opus : Isabela Moner, découverte dans le dernier volet de la saga Transformers, joue le rôle de la fille d’un dirigeant d’un cartel influent, enlevée pour créer la guerre entre les gangs, tandis qu’Elijah Rodriguez incarne un jeune garçon enrôlé afin de devenir passeur et, plus tard, sicaire (un tueur à gages).

C’est là que le choix de Stefano Sollima à la réalisation prend tout son sens : de ACAB (All Cops Are Bastards) à Gomorra, le cinéaste italien est tout à fait familier avec les thèmes de la corruption policière, des gangs et de la corruption. Sa mise en scène est tout aussi soignée que celle de Denis Villeneuve et recèle de grands coups d’éclat comme les premières minutes du film ou les incroyables courses poursuites à travers le désert mexicain. La photographie de Dariusz Wolski (Pirates des Caraïbes 1 à 4, Prometheus), qui succède à Roger Deakins, rend elle aussi honneur à celle du premier volet. Hildur Guðnadóttir, collaboratrice du regretté Jóhann Jóhannsson, fait revivre son œuvre et le thème iconique de Sicario, dont les lourdes percussions s’avèrent aussi frappantes que la violence du film.

Mais Sicario ne serait rien non plus sans le talent de ses deux principaux interprètes Josh Brolin et Benicio Del Toro : la relation entre ces deux soldats se voit mise à l’épreuve par la tournure des événements. L’amitié doit-elle prendre le dessus sur le devoir ? Toujours animé par son désir de vengeance envers sa famille, le personnage de Benicio Del Toro apparaît pourtant plus humain que dans le premier volet à travers sa relation avec la petite fille campée par Isabela Moner.

Conclusion : c’est un carton plein pour Sicario – La Guerre des Cartels, une suite réussie, tout autant dans sa mise en scène toujours aussi frappante que dans son scénario percutant et en phase avec l’actualité. Le personnage d’Alejandro, incarné par Benicio Del Toro, vole une nouvelle fois la vedette en apparaissant plus torturé que jamais.


Sicario : La Guerre des Cartels
Un film de Stefano Sollima
Sortie le 27 juin 2018


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