[Critique] Searching – Portée disparue : la vérité sort de la bouche des écrans

En 2014, la société de production Bazelevs Production finançait le film d’épouvante Unfriended, dans lequel le spectateur pouvait suivre une conversation Skype qui tournait mal, comme s’il était un participant derrière son écran d’ordinateur. Le succès du film a poussé la société de production à remettre le couvert : cette année, c’est le jeune réalisateur Aneesh Chaganty qui se trouve derrière Searching : portée disparue, présenté notamment hors compétition au Festival de Deauville cette année. 

Depuis la mort de sa femme, David (John Cho) élève seul sa fille Margot, 16 ans. Lorsqu’elle disparaît subitement, le père décide de rassembler tous les indices possibles en inspectant ses réseaux sociaux et les fichiers sur son ordinateur. Il se rend alors compte qu’il ne connaissait pas Margot aussi bien qu’il le pensait.

Ce que votre ordinateur dit de vous

Les premières secondes de Searching ressemblent à un problème informatique : alors que le film commence à peine, un fond d’écran Windows apparaît. Puis la souris se déplace sur l’écran, et clique sur le menu démarrer… l’histoire débute. C’est de cette façon que le spectateur verra l’intégralité de l’action : via des écrans, d’ordinateur ou de télévision.

Ce traitement de l’histoire est particulièrement et étonnamment efficace. Bien qu’on ne puisse pas voir les acteurs de façon directe, le réalisateur regorge d’idées pour nous dévoiler les informations nécessaires. La scène d’ouverture du film est par exemple semblable à celle de Là-haut, des studios Pixar : en quelques secondes, le spectateur retrace la vie de Margot – ses premiers jours d’école, sa passion pour le piano, la mort de sa mère… – via les photos enregistrées sur son ordinateur, les événements notés dans son agenda électronique, le tout sans dialogue. Puis, durant tout le film, la webcam de David remplace le cameraman. Même lorsqu’il sort de chez lui, on peut suivre ses déplacements grâce au GPS ouvert sur son téléphone portable.

Aneesh Chaganty réussit également très bien à retranscrire des émotions : l’incrédulité ou l’hésitation est représentée par un curseur immobile, tandis que les points de suspension signifiant qu’une personne est en train de vous écrire sur Facebook n’aura jamais créé autant de suspense! En revanche, impossible de ne pas être légèrement dubitatif quant au réalisme d’une famille si connectée : le père et la fille ne semblent se parler que via des appels téléphoniques ou vidéo, tout comme quasiment tous les personnages du film.

Une intrigue déjà vue… en mieux

L’intrigue de Searching, elle, n’a a priori rien de très original : une jeune fille disparaît, et son père aide la police à enquêter pour la retrouver. Dans ce domaine, il ne surpasse pas certains films semblables, et l’originalité du point de vue des écrans est ce qui empêche le film d’Aneesh Chaganty d’être tout à fait oubliable.

Par ailleurs, si John Cho apporte une très bonne performance au vu de la tâche qui lui a été confiée, à savoir jouer majoritairement devant une webcam, celle-ci le limite. On le voit peu, et lorsqu’on le voit, on le voit « mal ». Le traitement de l’action au travers des écrans apporte, il est vrai, un suspense supplémentaire, mais cela se fait au détriment de l’aspect plus humain : on repense notamment à la performance de Hugh Jackman dans le Prisoners de Denis Villeneuve, qui montrait avec brio un père de famille déchiré par la disparition de sa fille, la colère et l’inquiétude sur son visage étant parfaitement valorisées par une caméra proche des acteurs.

Toutefois, le film d’Aneesh Chaganty sort son épingle du jeu en tenant le spectateur en haleine grâce à une grande quantité de rebondissements disséminés intelligemment tout au long du film, créant ainsi un assez bon rythme. Certaines révélations répondent à des questions tout en en posant de nouvelles, et ce jusqu’à la chute finale. Le spectateur est berné et se surprend à sourire en découvrant la vérité en même temps que les personnages.

Conclusion : si l’intrigue de Searching n’a rien de révolutionnaire, le film reste agréable à regarder et embarque son spectateur. Montrer l’action via des écrans est une décision judicieuse et tout à fait maîtrisée de la part d’Aneesh Chaganty et apporte une originalité nécessaire à ce type de réalisations vues et revues. 

Searching: Portée disparue
Un film de Aneesh Chaganty
Sortie le 12 septembre 2018

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