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[Critique] Scandale : les règles du jeu ont (presque) changé

En 2016, soit un an avant l’affaire Harvey Weinstein et l’avènement du mouvement #MeToo, les États-Unis étaient marqués par un autre scandale sexuel de grande ampleur… Roger Ailes, fondateur et PDG de la chaîne Fox News, a été débarqué de sa rédaction suite à des accusations de harcèlement sexuel. Scandale est le premier long métrage à s’emparer de cet événement, précurseur de la libération de la parole des femmes dans l’industrie du cinéma et du divertissement… mais pas la première œuvre ! Le film arrive en effet quelques semaines après la mini-série The Loudest Voice, biopic consacré à Roger Ailes, incarné à l’écran par Russell Crowe (récompensé d’un Golden Globe pour sa performance).

Du côté de Scandale, on prend plutôt le parti de la rédaction… et des victimes. Nous suivons ces femmes qui ont brisé la loi du silence et dénoncé l’inacceptable. Mais le casting all-stars du film, porté par Charlize TheronNicole Kidman et Margot Robbie, suffit-il à en faire un bon film sur ce sujet ? Et ne l’oublions pas, bien que ce soit des femmes qui aient pris la parole, Scandale reste un film réalisé et écrit par deux hommes : Jay Roach et Charles Randolph

Découvrez notre focus sur le personnage de Roger Ailes dans Scandale et The Loudest Voice

Le renard qui se mord la queue

Récapitulons un peu les faits d’armes de nos deux compagnons cités juste au dessus. De Jay Roach, on retient surtout Mon beau-père et moi et ses suites, ainsi que son précédent film consacré à Dalton Trumbo, célèbre scénariste hollywoodien « blacklisté » de l’industrie par la Commission des activités anti-américaines. Roach semble se conforter dans le biopic, en insufflant à Scandale une (grosse) dose de sensationnalisme très certainement inspirée par son scénariste, à qui l’on doit le frénétique The Big Short : Le Casse du Siècle.

Sensationnaliste, pourquoi ? Parce que la caméra du réalisateur, qui passera la majeure partie de son temps dans la rédaction de Fox News, est constamment en train de bouger, de zoomer, de souligner l’agitation : bref, on a l’impression d’être constamment dans un reportage de TMZ (l’un des sites people les plus alimentés aux États-Unis), accumulant les anecdotes les plus trash ou choquantes possibles. C’est la vitesse de l’information, vous nous direz, et c’est un peu vrai : Scandale nous assomme de noms, d’événements, de flash-back et mériterait parfois de mieux situer son contexte. À commencer par la figure même qu’il dépeint : Roger Ailes, dont on limite le portrait dans ses dernières années et de manière assez caricaturale. John Lithgow passe son temps à se goinfrer tandis que le parcours de son personnage est balayé en deux minutes via un monologue de Charlize Theron. Pas assez pour comprendre son poids, alors que Ailes est absolument terrifiant lorsque l’on se retrouve dans son bureau au côté de Margot Robbie.

Un trio infernal

Scandale préfère suivre deux animatrices phares de la chaîne mêlées à l’affaire Ailes : Gretchen Carlson (Nicole Kidman) et Megyn Kelly (Charlize Theron). Si celles-ci sont bien réelles, le personnage de Kayla, incarné par Margot Robbie, est entièrement fictif. Elle est toutes celles dont Roger Ailes a pu abuser et à travers elle passent toutes les étapes de ce harcèlement devenu entièrement banalisé. C’est dans ces scènes que Scandale est le plus brillant, sans pour autant être extrêmement explicite : on sent dans le regard de Margot Robbie toute la terreur d’être dans ce bureau, puis de mettre les mots sur ce qui a pu s’y passer.

Et ce que rappelle aussi très bien le film, c’est que la solidarité féminine n’était pas forcément de mise à Fox News. Autant à travers celles qui continuaient à défendre Roger Ailes envers et contre tous qu’entre les victimes (la relation entre Megyn et Gretchen était particulièrement compliquée). La scène de l’ascenseur, dans laquelle les trois personnages féminins se réunissent, n’est finalement qu’une union de façade, quand bien même ces femmes ont été victimes du même bourreau. Toutes trois sont pourtant superbes dans leurs rôles respectifs : les maquillages de Kazu Hiro (à qui l’on doit celui de Gary Oldman dans Les Heures Sombres) sont fantastiques et rendent Kidman et Theron méconnaissables. Cette dernière adopte avec brio le ton de Megyn Kelly, même si la véritable animatrice indique tout le contraire dans une vidéo postée sur son compte Youtube. Et peut-être est-ce là bien tout le problème de Scandale : le projet s’est concrétisé sans que les personnes concernées ne sont consultées, leur laissant la découverte au moment de la sortie…

Conclusion : s’il ne s’attarde pas suffisamment sur certains de ses sujets, Scandale est mené d’une main de maître par son trio d’actrices principales, qui donnent voix à tout un combat encore dur à mener.

Gabin Fontaine

Scandale
Un film de Jay Roach
Durée : 1h49
Sortie le 22 janvier 2020

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