[Critique] Sauvage : une chorégraphie peu gracieuse

Il n’a pas encore fait chauffer le « scandalomètre » de la croisette et pourtant, Sauvage a toutes les caractéristiques du film esclandre cannois. Mais s’il n’a pas tant fait parler de lui, c’est parce que le génie du film n’est pas à la hauteur de son potentiel polémique. On le laissera poliment s’effacer de nos souvenirs de festivaliers pour ne garder en tête que la révélation du film : Félix Maritaud.

Léo a 22 ans, et se vend dans les rues pour peu d’argent. Les hommes défilent, lui reste là, en quête d’amour. Retour sur la trajectoire d’un jeune adulte en perdition. Le premier film de Camille Vidal-Naquet s’exhibe dès les premiers instants dans une crudité totale, par une scène d’ouverture déstabilisante et brutale. Léo, allongé sur une table d’auscultation, se fait palper les parties intimes. Ce qui semble à première vue être un contrôle médical, s’avère en fait être une mise en scène d’un jeu sexuel. Oui, Léo est un prostitué. Le spectateur plonge directement le dans le vif du sujet, et sait que rien ne lui sera épargné.

Le ballet de la souffrance 

Sauvage se construit malhabilement sur un unique enjeu narratif : Léo se bat pour garder sa liberté, il court, s’embrase, s’écrase. Il est sauvage. C’est toute la trajectoire de sa souffrance, le ballet de son corps qui s’exalte des bois à la ville, avec la légèreté d’une goutte d’eau, lui permettant ainsi de faire face à la violence de son quotidien. Léo est sauvage parce que dépourvu de tous les repères humains. Il n’a ni nom, ni parents, ni adresse. Il rythme ses journées d’une toute autre manière : les shots ont remplacé les repas, les maraudes le sommeil. Félix Maritaud restera peut-être l’une des révélations de Cannes 2018, mais sa performance ne suffit pas à parer les faiblesses de ce premier film. On ne sait oublier l’acteur derrière le personnage, tellement la performance est poussée à l’extrême de ce qu’un corps peut supporter.

Camille Vidal-Naquet se voulait l’extracteur de beauté de ces hommes qui vendent leur corps. Or, difficile pour le spectateur de saisir toute la grâce de ces corps vendus, salis et maltraités. Le manque de proposition formelle aspire l’énergie des personnages au lieu de les mettre en valeur, et le réalisateur regarde encore de loin l’imaginaire cinématographique qui existe déjà (on pense notamment à André Téchiné ou Patrice Chéreau). Cette mise en lumière d’un milieu inconnu ou dont on ne veut précisément pas parler est, elle, louable malgré tout. Heureusement, le film se referme sur une envolée lyrique, peut-être le plus beau plan de cette chorégraphie peu gracieuse.

Conclusion : De Sauvage, il ne restera que la révélation Félix Maritaud, qui récoltera, on l’espère,  les lauriers à la hauteur de sa performance.


Sauvage
Un film de Camille Vidal-Naquet
Sortie le 22 août 2018

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