[Critique] Sans un bruit : le film d’horreur de l’été ?

Véritable phénomène aux Etats-Unis, où il a explosé le box-office lors de sa sortie, Sans un bruit s’apprête à débarquer en fanfare en France. Derrière le marketing et le bouche à oreille se cache cependant un film de genre très abouti.

Sans un bruit fait partie de ces films au concept simple, qui tiendrait en un court métrage. Quelques mois auparavant, des créatures ont attaqué la Terre et décimé les humains, se repérant uniquement sur le son et le bruit que l’on fait. Ainsi, les survivants ont comme seule consigne d’éviter de faire le moindre bruit. « S’ils vous entendent, il est déjà trop tard » martèle la promo…

Une mise en scène aboutie

Derrière le concept, il y a le choix astucieux de son réalisateur et comédien principal, Joseph Krasinski, de centrer son intrigue autour d’une famille qui agit alors comme un véritable microcosme. On vit à travers les deux parents et les deux enfants – un jeune garçon et une adolescente – toute l’ampleur de cet apocalypse silencieux.

Pour ce faire, le cinéaste met en place une véritable ambiance sonore et visuelle qui contribue à créer un sentiment d’oppression, de stress et de mystère chez le spectateur. Le jeu sur le son est plutôt bienvenu, et bien amené : si de prime abord on pourrait penser que le film serait littéralement sans son, et nous renverrait aux origines muettes du cinéma, il n’en est rien. Le son est omniprésent dans Sans un bruit : le bruissement du vent dans les feuilles, les battements de cœur d’un homme… il y a toujours une couche sonore qui vient contraster avec, parfois, une véritable absence de son – un blanc magnétique. Plus encore, le film joue sur la surdité d’un des personnages, qui entend le son de manière étouffée, et à travers lequel Joseph Krasinski décide d’identifier le spectateur.

Enfin, de manière plus globale, le film brille par sa mise en scène efficace. Le spectateur est, dès les premières minutes, plongé au cœur même de l’univers et a conscience de sa violence et ses codes. On est très vite identifié aux personnages, ce qui renforce la tension qui ne s’arrête qu’au générique.

Honnête mais pas infaillible  

Cependant, si le film brille par ses intentions et – globalement – leur mise en pratique, force est de constater qu’on peut voir les limites de l’œuvre. Principalement, le film souffre d’un véritable manque de cohérence dans son univers si l’on décide d’intellectualiser un minimum ce qui nous est présenté. On regrettera ainsi l’utilisation de certains procédés scénaristiques fort dispensables, tel qu’un deus ex machina (retournement de situation irréaliste qui vient dénouer une situation qu’on croyait impossible) bien surprenant en fin de film.

De plus, Sans un bruit possède une musique orchestrale peu utile, qui vient alourdir le propos du film plus que de le sublimer. Enfin, on sent un peu trop l’amour que possède Joseph Krasinski pour sa femme – dans le film comme dans la réalité – Emily Blunt, qu’il sublime durant tout le film. Loin de dénaturer l’œuvre, cela alourdit toutefois son sens et rend le film moins subtil qu’il n’y paraissait au premier abord.

Conclusion : l’immense succès américain débarque enfin en France ! Un film au concept original, traité de manière honnête et aboutie. Sans un bruit a conscience de ce qu’il est – un film d’horreur efficace et intelligent – mais ne cherche pas à être plus. Probablement l’un des meilleurs divertissements de l’été !


Sans un bruit
Un film de Joseph Krasinski
Sortie le 20 juin 2018

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