[Critique] Sale temps à l’Hôtel El Royale : Motel California

Drew Goddard, on le connaît plutôt en tant que scénariste : après avoir fait ses armes aux côtés de J.J. Abrams dans Alias ou Lost, Goddard a signé le script de CloverfieldWorld War Z et a reçu l’Oscar de la meilleure adaptation pour Seul sur Mars. Sa première réalisation, La Cabane dans les bois, était pourtant une agréable surprise : un film d’horreur aux rebondissements multiples, notamment mené par Chris Hemsworth… qui fait aujourd’hui son retour dans Sale temps à l’hôtel El Royale, second long métrage du cinéaste. Un thriller en huis clos dans un motel à mi-chemin entre la Californie et le Nevada, dans une ambiance seventies qui n’est pas sans rappeler les films d’un certain Quentin Tarantino. 

A l’hôtel El Royale, sept inconnus deviennent « colocataires d’un soir » : un prêtre (Jeff Bridges), une chanteuse de soul (Cynthia Erivo), un voyageur de commerce (Jon Hamm), une hippie et sa sœur (Dakota Johnson et Cailee Spaeny), un homme énigmatique (Chris Hemsworth), et le gérant de l’hôtel (Lewis Pullman) vont se retrouver par hasard… ou pas. Une nuit vers l’enfer au cours de laquelle les secrets des uns et des autres se dévoileront pour basculer dans le doute, la rivalité et la violence. Malgré sa longueur certaine, Sale temps à l’Hôtel El Royale permet à Drew Goddard de déployer sa force à travers ces personnages hauts en couleurs et son ambiance ô combien pesante.

Cauchemar à l’hôtel

Rassurez-vous, Philippe Etchebest n’a rien à voir avec El Royale. Quoique, nous serions en droit d’en douter, lorsque l’une des premières scènes du film nous montre un Jon Hamm décidé à malmener sa chambre de fond en comble pour y trouver… des micros cachés. Car oui, Sale temps à l’Hôtel El Royale se déroule en pleine Guerre Froide, il ne faut pas l’oublier. Allocutions présidentielles, traumatisme de la Guerre du Vietnam, Drew Goddard ancre son long métrage dans une époque qui n’est pas anodine – bien qu’exploitée en long, en large et en travers par ses pairs.

Comment passer outre le déjà-vu, alors ? En nous menant par le bout du nez, passant d’un genre à un autre, d’un personnage à l’autre : chapitrée tel un film de Tarantino, chaque partie d’El Royale s’attarde sur l’un de ses protagonistes et nous dévoile les raisons pour lesquelles il a échoué dans cet hôtel. Enlèvement, espionnage, fuite vers une vie meilleure… ces protagonistes cachent tous un pêché dont ils souhaitent – ou non – se repentir. Ce séquençage a cependant l’inconvénient d’alourdir considérablement le film, dont les longueurs se font tout de même sentir à quelques moments, notamment lors de dialogues qui s’éternisent.

Apocalypse Now

Il manque aussi à El Royale cette dose de folie qu’avait indéniablement La Cabane dans les bois et son dernier acte ultra-poussif et apocalyptique. On retrouve pourtant ici la même idée : mener peu à peu ceux qui survivront vers l’Enfer, alors que la pluie, l’orage et le feu se déchaînent. Il sera aussi question de faire parler la poudre, tandis que Chris Hemsworth s’impose facilement en tant que gourou sectaire ou nouveau Christ auto-proclamé (un plan le montre lui-même former sa nouvelle trinité en levant les bras en l’air).

Heureusement que le reste du casting sait lui faire face : El Royale doit aussi son salut au grand talent de ses interprètes, de Jeff Bridges à Dakota Johnson (que l’on retrouvera aussi très vite à l’affiche de l’impressionnant remake de Suspiria), jusqu’à Cynthia Erivo. Chanteuse de soul méprisée par les producteurs (Xavier Dolan apparaît furtivement et très habilement dans la peau de l’un d’entre eux, des plus exécrables), son personnage lui-même méprisé par les autres occupants de l’hôtel s’avère pourtant être le plus fort d’entre eux.

Conclusion : malgré ses longueurs, Sale temps à l’Hôtel El Royale parvient à imposer son sens de la tension en menant son spectateur du bout du nez, renversant constamment les rapports de force d’un personnage à un autre. 


Sale temps à l’Hôtel El Royale

Un film de Drew Goddard
En salles le 7 novembre 2018

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