[Critique] Rocketman : plongée dans le monde psychédélique d’Elton John

Après avoir pris en charge la fin de la réalisation du film Bohemian Rhapsody (sorti fin 2018) suite au départ de Bryan Singer, le cinéaste Dexter Fletcher est à nouveau sur le devant de la scène avec la sortie d’un deuxième biopic consacré à une star du monde de la musique. Au revoir Freddie Mercury, c’est désormais Elton John que l’on découvre dans le film Rocketman. Si son prédécesseur avait divisé la presse mais conquis le public et le jury des Oscars, qu’en est-il de ce nouveau long métrage ?

Rocketman… le nom est tiré d’une de ses musiques sortie en 1972 : âgé aujourd’hui de 72 ans, Elton John est un chanteur et pianiste connu du grand public, dans le monde entier. Qui n’a jamais tapé du pied le rythme de « I’m Still Standing » ou sifflé l’air de « Your Song » ? Mais l’histoire et le parcours d’Elton John, né Reginald Dwight, est bien moins connu. De son enfance difficile jusqu’à la célébrité, en passant par des addictions destructrices, les différentes facettes du musicien se révèlent à l’écran grâce à l’interprétation de l’acteur Taron Egerton.

Entre biopic et comédie musicale

La première particularité du film de Dexter Fletcher réside dans l’utilisation des chansons d’Elton John. A la manière de Mamma Mia, une comédie musicale qui utilisait les musiques de ABBA au cœur d’une fiction sans rapport avec la vie du groupe, les acteurs de Rocketman chantent à plusieurs reprises les chansons d’Elton John pour raconter un passage de leur histoire. « Saturday Night’s Allright » est chantée par le jeune Reginald qui découvre la musique rock d’Elvis Presley tandis que « I Want Love » permet à chaque membre de la famille de s’exprimer. Les paroles des chansons sont tellement en adéquation avec l’histoire que l’on se surprend même à vérifier qu’il s’agit bien des textes originaux !

Mais les chansons d’Elton John sont aussi présentes de manière extradiégétique (des musiques d’accompagnement, hors de l’histoire, que les personnages n’entendent pas) ou de manière diégétique, pendant des scènes de répétitions ou de concerts. La musique a alors de multiples utilisations : un choix qui peut déranger au départ (l’arrivée soudaine de quelques musiques déconcerte !), mais le spectateur finit par adhérer à ce concept qui permet de mettre en valeur différents aspects d’une même musique. Qui plus est, les chansons sont interprétées par Taron Egerton lui-même ainsi que le reste du casting, et ont été réadaptées pour mieux s’adapter aux messages transmis dans le film. Des chansons comme « I’m still Standing » ou la fameuse « Rocketman » se chargent alors de beaucoup plus d’émotion que leurs versions originales, prenant une toute nouvelle dimension.

Mise en scène surréaliste

Le biopic est un genre très populaire au cinéma depuis quelques années. Musiciens, acteurs, écrivains, chefs d’entreprise, hommes politiques… toutes les personnes célèbres qui ont marqué leur temps ont le droit tôt ou tard à leur film biographique. Malheureusement, le genre souffre également d’un manque de renouveau : les biopics sont souvent des films très classiques, à la trame narrative convenue et à la mise en scène assez plate. Le film se veut généralement réaliste, pour faire face à la pression des spectateurs qui s’attendent à un film au plus près de la réalité, qui ne trahira pas leur idole.

Avec Rocketman, Dexter Fletcher a choisi de miser sur une réalisation stylisée, qui s’éloigne parfois de la réalité pour proposer des scènes complètement surréalistes, qui défient la logique. Ainsi, lors d’un concert, le public et Elton John lui-même quittent le sol quelques instants, littéralement emportés par la musique, tandis que, après un plongeon dans sa piscine, le chanteur s’enfonce dans les abysses. Le réalisateur démontre là sa volonté de ne pas simplement raconter la vie d’Elton John, mais d’essayer de faire vivre au spectateur un état d’esprit, un voyage au cœur de la musique et de l’imagination du chanteur. Dans le paysage cinématographique actuel, dans lesquels les biopics se suivent et se ressemblent, Rocketman apparaît comme un bol d’air frais !

Taron Egerton au plus haut

D’un point de vue narratif, Rocketman est bien plus classique : c’est sans doute le défaut principal du film. Le spectateur n’échappe pas à une trame narrative convenue, déjà vue dans les récents Bohemian Rhapsody ou A Star is Born : la découverte d’une jeune étoile montante, le succès et la célébrité, puis la descente aux enfers qui semble s’en suivre inévitablement. Bien que ce soit malheureusement ce qu’ont vécu de nombreuses célébrités, on regrette que Dexter Fletcher n’ait pas réussi à apporter quelques éléments de surprises de ce côté-là. Ne fait pas défaut non plus l’utilisation – courante dans le genre – des flash-back ou de personnages secondaires un peu trop manichéens, censés simplifier les relations entre les personnages dans les biopics qui s’étalent sur de longues années : les gentils et les méchants sont un peu trop rapidement reconnaissables.

Toutefois, l’histoire de Rocketman tire son épingle du jeu grâce à la superbe interprétation de Taron Egerton. Non seulement la transformation physique et les capacités vocales de l’acteur principal sont notables, mais il surprend surtout dans la manière dont il réussit à représenter la double facette d’Elton John, un personnage meurtri sous ses costumes hors normes et le masque de fanfaron qu’il tente de son mieux de conserver (une dualité présente dès la scène d’introduction, qui nous montre une silhouette mi ange-mi démon qui s’avance devant un halo de lumière, comme une étrange apparition dans une église). Au fil des minutes, les sourires de Taron Egerton deviennent de plus en plus forcés et les scènes de concerts pleines d’énergie se remplissent petit à petit d’une grande amertume. Résultat : le spectateur se retrouve ému devant des scènes au premier abord joyeuses, tant elles réussissent à transmettre la détresse intérieure du protagoniste. Amplifié par la mise en scène singulière de Fletcher, le tout crée une atmosphère douce amère qui ne laisse pas indifférent.

Conclusion : voilà un biopic au style particulier ! Le spectateur y adhérera ou non, mais il est indéniable que Rocketman est un film à la réalisation soignée. Au delà de la musique attrayante et des costumes démesurés du grand Elton John (qui suffiraient à convaincre une partie du public !), Dexter Fletcher propose un réel contenu artistique mis en valeur par un Taron Egerton impeccable dans son rôle, qui fait oublier quelques écueils narratifs.

Rocketman
Un film de Dexter Fletcher
Sortie le 29 mai 2019


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