[Critique] Roads : chemins croisés de deux jeunesses

Après Victoria, sorti en 2015, le réalisateur allemand Sebastian Schipper change de registre avec Roads. Il s’accompagne pour ce nouveau long métrage de l’acteur anglais Fionn Whitehead, protagoniste de Dunkerque de Christopher Nolan et du récent épisode « Bandersnatch » de la série Netflix Black Mirror, et de l’acteur français Stéphane Bak (Seuls, L’adieu à la nuit). Les deux jeunes hommes nous emmènent avec eux dans un voyage moins physique qu’émotionnel.

Gyllen (Fionn Whitehead), un jeune Anglais en vacances avec sa famille au Maroc, a volé le camping-car de son beau-père et file désormais vers la France. William (Stéphane Bak), un jeune réfugié, a fui le Congo pour tenter de retrouver son frère installé dans la jungle de Calais. Les routes de ces deux adolescents se croisent, marquant le début d’une amitié forte et touchante.

Un road-trip austère

Roads, c’est l’histoire d’un voyage : deux jeunes hommes qui partent du Maroc, passent par l’Espagne, remontent toute la France et arrivent à Calais. Et pourtant, ce road-trip ne fait pas vraiment rêver : mis à part une plage et quelques rues, le spectateur ne voit quasiment aucun paysage. La caméra reste enfermée dans le camping-car pendant une grande partie du film, et ce n’est pas un hasard : les lieux traversés par Gyllen et William leur importent peu. Chacun a en tête sa destination finale, et dans le cas de William, le voyage en lui-même constitue davantage un risque qu’un loisir. Il n’empêche que cette absence de paysages ou de lieux marquants peut sembler austère pour le spectateur : le film n’a finalement pas un très grand intérêt visuel, et l’histoire des deux protagonistes est quasiment tout ce dont le spectateur se souviendra.

Mais cela tombe bien, car ces deux protagonistes sont assez riches et complexes pour accaparer quelque 100 minutes de grand écran ! Le spectateur découvre petit à petit un duo touchant et efficace qui permet d’amener subtilement à l’écran les différents thèmes du film, et porté par les jeux d’acteurs sobres et réalistes de Fionn Whitehead et Stéphane Bak.

Duo complémentaire

D’un côté, le personnage de William permet d’explorer le thème de l’immigration clandestine, et de plonger tête à la première dans la jungle de Calais, dans ce qu’elle a de plus brute. Les camps de réfugiés sont montrés à l’écran avec simplicité. Là encore, la caméra privilégie le gros plan et ne quitte pas les protagonistes des yeux : on regrette donc encore une fois une vue plus générale, qui permettrait de mieux comprendre la réalité et l’organisation des camps de réfugiés, mais on apprécie la façon dont le réalisateur nous embarque dans cet univers au plus proche de ceux qui vivent cette réalité.

De l’autre côté, le personnage de Gyllen est sans doute l’élément le plus marquant du film. Il n’a aucun signe de souffrance extérieur : visiblement issu d’un milieu assez aisé, il a avec lui un camping-car, un smartphone, de l’argent, et la liberté de se déplacer à sa guise. Sa souffrance, elle est intérieure. D’abord invisible, puis indicible (quel égoïste parlerait de ses problèmes insignifiants face à un réfugié qui risque sa vie ?). Mais elle est bel et bien présente, et elle se retranscrit dans la façon dont Gyllen s’accroche à l’amitié et à la présence de William comme à une bouée de secours. A l’instar du très beau Green Book, le personnage du duo qui semble supérieur au début du film s’avère être celui qui est, finalement, le plus dépendant de l’autre. A mesure que le camping-car remonte vers le Nord, le ton du film s’assombrit, si bien que la fin du voyage ne semble plus vraiment être synonyme d’espoir et de bonheur. Car deux chemins qui se croisent finissent bien, tôt ou tard, par s’éloigner à nouveau…

Conclusion : Roads repose quasiment entièrement sur son duo principal : sans la très belle performance de Fionn Whitehead, le spectateur n’aurait pas grand chose à se mettre sous la dent. Pourtant, l’histoire de ces deux personnages suffit étonnamment à nous embarquer, tant la charge émotionnelle que chacun porte est forte.

Roads
Un film de Sebastian Schipper
Sortie le 17 juillet 2019
Durée : 1h40

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