[Critique] Resident Evil Chapitre Final : la course au nanar

Quinze ans. Cela fait quinze ans que Milla Jovovich s’évertue à combattre Umbrella Corporation et son armée de morts-vivants dans la peau d’Alice, un personnage qui ne connaît toujours pas ses origines depuis plus de cinq films. Rien de tel qu’un retour à Raccoon City, là où tout a commencé, pour se frotter de nouveau à Albert Wesker et la Reine Rouge… et mettre fin à l’Apocalypse. L’occasion également d’apporter enfin des réponses à tous les points laissés en suspens depuis le début de la saga.

Seul hic : Paul W.S. Anderson expédie bien vite ses explications au profit d’un film où cohérence et crédibilité sont mises au placard pour privilégier des scènes d’action non-stop, toujours aussi nerveuses et complètement invraisemblables. Comme d’habitude en somme, et c’est justement pour ça que Resident Evil reste un petit plaisir coupable !

Un scénar, quel scénar ?

C’est un fait : à chaque épisode de la saga Resident Evil, des questions sont laissées en suspens, aussi bien concernant l’intrigue ou le devenir de certains personnages. Que peut-il donc bien se passer dans la tête de Paul W.S. Anderson pour avoir tant à cœur de tout renverser ? S’il n’a pas réalisé tous les Resident Evil (Apocalypse et Extinction, deuxième et troisième volets, ont été mis en scène par Alexander Witt et Russell Mulcahy), Anderson les a du moins produits et – surtout – scénarisés.

Force est de constater qu’aucune cohérence ne se dessine à travers la saga, qui ne parvient pas à établir sa propre mythologie malgré sa volonté de se détacher des jeux vidéo. Dans ce Chapitre Final, le Virus T trouve un nouvel inventeur, alors que celui-ci était déjà tout trouvé dans le second volet : le docteur Charles Ashford, décidé à soigner sa fille Angela – survivante dont on ne connaîtra jamais le devenir, alors qu’elle était immunisée au virus. Rien que dans sa scène introductive, en flashback, Anderson s’amuse à démonter entièrement ce semblant de cohérence… avant de totalement nier la fin de l’épisode précédent. Une grande bataille à la Maison Blanche, où Alice et ses alliés (parmi lesquels figuraient Jill Valentine, Leon S. Kennedy et Ada Wong, figures emblématiques des jeux vidéo) étaient contraints de s’allier avec Albert Wesker, ennemi ultime. Anderson éclipse la scène en une réplique : c’était un piège. Comme c’est arrangeant.

Pour l’amour du kitsch

La structure du film en elle-même, semblable à tous les autres volets, n’engage pas non plus à de grands développements : Alice a quarante-huit heures pour se rendre de nouveau à Raccoon City et sauver le monde en trouvant un antivirus qui traînait miraculeusement par là. Sur sa route, elle retrouve Claire Redfield (Ali Larter), ressortie tout droit de… on ne sait trop où, après avoir disparu à la fin du quatrième volet (l’excuse est, elle aussi, affreusement simpliste). La rousse aventureuse a cependant complément oublié l’existence de son frère Chris, lui aussi rayé de la saga sans considération. Qui donc pour entourer nos deux héroïnes ? Une bande de personnages fades, dont on ne retiendra pas les noms (malgré la présence de Ruby Rose de Orange Is The New Black), puisqu’ils ne sont que prétexte au massacre. Face à eux, on s’attendait à un Wesker grandiloquent, mais c’est Ian Glenn qui endosse le rôle du grand méchant, dans la peau du Dr. Isaacs. Oui, il est mort dans le troisième volet. Mais Anderson a encore des clones sous le bras !

Ce Chapitre Final se veut donc aussi kitsch dans son scénario que dans sa mise en scène : Glenn n’incarne plus un scientifique avide de résultats mais un vieux  fou survivaliste (mention spéciale pour son gros couteau, sur lequel sont dessinées des têtes de mort… et le mot vengeance) et Shawn Roberts subit la démystification totale du personnage de Wesker, méchant pourtant le plus badass de la saga. Faible temps à l’écran, répliques navrantes, aucun moment de bravoure. Wesker n’a rien de son personnage.

Restent donc ces longues séquences d’action complètement invraisemblables, comme seule la saga Resident Evil sait le faire : combat sur un SUV entre Alice et le Dr. Isaacs poursuivis par une horde de zombies sortant de nulle part, le massacre de cette horde sous une pluie d’essence, de balles et de coups et des combats au corps à corps musclés – si l’on en croit le nombre d’os que l’on entend se briser. L’action est souvent illisible, la faute à un montage épileptique à la Taken et à une photographie aussi sombre qu’au fin fond d’un Lurker. Anderson semble même se plaire à quelques parenthèses 100% nanar, lorsqu’Alice évalue quel objet elle pourrait utiliser pour se défaire de ses ennemis. Trois options, trois scènes différentes. On n’a pas déjà vu ça ailleurs ? Bon. Sauf que ça va encore plus loin : Ian Glenn aussi joue ses trois possibilités de défense, tout en y ajoutant un petit sourire narquois. On rit, malgré cette belle tentative un peu méta pour représenter le bilan de ces quinze années de cinéma : la Reine Rouge est cette fois-ci incarnée par la fille de Milla Jovovich et Paul W.S Anderson… et ce n’est pas par hasard.

Conclusion : Resident Evil Chapitre Final est une conclusion décevante, qui se rajoute des wagons prêts à dérailler au lieu de chercher à lier ceux déjà présents. Un film d’action au penchant nanardesque assumé, qui impressionne toujours autant par son incroyable extravagance.

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