[Critique] Ready Player One : la guerre des mondes

Deux mois après son puissant éloge du journalisme dans Pentagon Papers, Steven Spielberg – 71 ans au compteur – revient à la science fiction avec Ready Player One. Et qui de mieux que le père du cinéma populaire des années 80 et 90 pour adapter le livre éponyme très dense d’Ernest Cline ?

2045. Columbus est devenue l’une des plus grosses villes au monde. Tandis que la réalité est de plus en plus dure, la population se réfugie dans un monde virtuel, l’OASIS. Avant de mourir, son créateur, James Halliday, lance une chasse au trésor. Le grand gagnant détiendra l’OASIS. Commence alors une course au trésor et contre la montre entre le jeune Wade Watts et, notamment, une grosse multinationale…

Madeleine de Proust ?

L’une des grandes forces du livre d’Ernest Cline était bien évidemment son atmosphère : le personnage d’Halliday ayant grandi dans les années 80, tout l’OASIS tourne autour des grands mythes de cette décennie. Dans ce monde virtuel, les gens se griment en Géant de fer, roulent dans la Dolorean de Retour vers le Futur, croisent des T-Rex de Jurassic Park… Les attentes vis-à-vis de l’adaptation du roman au cinéma étaient donc fortes : qu’allait faire Spielberg de toutes ces références, ayant lui même signé un grand nombre des films cultes de cette époque ?

Et force est de constater que Spielberg, bien que septuagénaire, en a sous le coude ! Ready Player One est un grand film à l’univers foisonnant, à l’ambiance électrique et qui résonne au son des eighties. Pourtant, il n’est pas une énième madeleine de Proust comme pouvait l’être, récemment, la série Stranger Things. S’il est bien question d’évoquer les années 80/90, c’est avant tout pour parler de transmission, d’héritage, de passage de flambeau, et non juste pour flatter la culture du spectateur et le ramener dans son enfance.

Spielberg sait se servir de cette atmosphère pour en faire un film bouillant ; formellement, il s’agit d’un des plus grands films de la décennie. Les longues années de production du projet ainsi que le premier essai de Spielberg à la motion capture (technique qui permet d’enregistrer les mouvements d’une personne pour la retranscrire sur ordinateur) dans Les Aventures de Tintin transforment Ready Player One en expérience immersive inédite. La première course au début du film en est le parfait exemple : il s’en dégage une énergie, une force esthétique et une beauté visuelle, le tout transporté par l’idée même du mouvement, de la synergie des véhicules autant que de la caméra, qui forcent le respect. On est happé, à cet instant comme à chaque moment passé dans l’OASIS autant qu’en dehors, et on en sort lessivé, mais émerveillé.

Constante dualité

Et pourtant, Ready Player One n’est pas qu’un exercice de style – loin de là. Le film entre collision avec toute cette vogue autour des eighties omniprésente au cinéma et à la télévision ces dernières années : contrairement aux autres, Spielberg utilise toutes ces références pour en dégager un propos, autant que différents niveaux de lecture. Les deux heures vingt de Ready Player One sont traversées par la dualité, un combat omniprésent, la guerre de plusieurs mondes.

En premier lieu, évidemment, la réalité face au virtuel. Comment préférer le monde réel, dur, froid, aux mains des grands groupes, face à la poésie et le plaisir de l’OASIS ? Mais aussi l’argent et le mercantile face à la passion et l’innocence, l’enfance face au monde adulte, le passé face à la modernité ou l’optimisme de croire en un monde meilleur face au défaitisme. En cela, le film s’oppose, ou complète, les dernières réalisations de science-fiction de Spielberg : dans La guerre des mondes, Minority Report ou A.I Intelligence Artificielle, le constat de base sur le monde était amère. Ici, à l’inverse, l’optimisme et la candeur qui ont fait la force des productions Amblin dans les années 80 sont de mise (la boîte de production créée par Spielberg est connue pour ses films de science-fiction et d’aventure centrés autour d’enfants). Tout n’est pas perdu, les choses peuvent – et doivent – aller de l’avant. Il y a une place pour le rêve !

Au fond, Ready Player One est un film de science-fiction optimiste, qui nous fait grandir et nous pousse vers l’avant. Un film sur la transmission, sur la volonté d’apprendre et d’apprécier le passé, mais aussi sur la nécessité d’aller vers l’avenir. C’est également un film aux nombreux niveaux de lecture, aux métaphores et analogies diverses. On pense notamment à toute la métaphore autour de la société Apple – James Hallyday en Steve Jobs, créateur fou évincé de sa propre société, Morrow en Wozniak, talentueux « ingénieur » ayant grandement participé à la création de l’entreprise mais oublié de tous, et Sorrento en John Sculley, le mercantile PDG – mais aussi au rapprochement évident entre la grosse multinationale IOI, qui souhaite un monopole total et ne comprend rien à la pop culture qu’elle exploite, et les studios américains (comment ne pas penser à Disney ?). En bref, Ready Player One possède autant de niveaux de lecture que de références à des personnages des années 80, c’est-à-dire à chaque plan !

Conclusion : Ready Player One est bien le film annoncé. Un tour de force visuel et narratif, duquel on sort les yeux remplis d’étoiles. Un film intelligent, qui marque par sa mise en scène du mouvement et son propos, sur l’héritage, la transmission et le passage à l’âge adulte. Grandiose !


Ready Player One
Un film de Steven Spielberg
Sortie le 28 mars


 

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