[Critique] Pupille : le film français 100% émotion de la fin d’année

Il y a quatre ans, Jeanne Herry signait Elle l’adore : un audacieux premier film entre la comédie et le thriller, dans lequel Sandrine Kiberlain incarnait une fan hystérique d’un chanteur, campé par Laurent Lafitte, prête à tout pour être auprès de lui… jusqu’à couvrir la mort accidentelle de sa compagne. Alors qu’elle s’attaquera bientôt au remake de l’excellente série comique Fleabag avec Camille Cottin à sa tête, la jeune réalisatrice fait son retour cette année dans un registre – en apparence – beaucoup moins léger.

Avec Pupille, Jeanne Herry nous dévoile le parcours tumultueux d’un bébé né sous X. De la non-reconnaissance de sa mère à son placement en famille d’accueil, jusqu’à son adoption en bonne et due forme, ce film frôle parfois même le documentaire. Ce qui n’empêche pas pour autant l’émotion, l’humour et l’espoir de jaillir malgré la froideur administrative apparente. Après Le Grand BainPupille fait définitivement partie des films français qui vont marquer cette année cinématographique !

Les destins s’entrechoquent…

À première vue, Pupille a de quoi décontenancer : là où certains films occulteraient une bonne partie des procédures administratives entourant l’abandon d’un enfant, Jeanne Herry nous la fait vivre étape par étape. Le tout en filmant ses personnages au plus près, à l’affût de leur moindre réaction, ou émotion. Cette jeune mère dépassée par ce qui lui arrive, décidée à ne pas garder son fils, se voit tout autant surprise que le spectateur lorsqu’arrive auprès d’elle une assistante sociale.

La première grande réussite du film, c’est que la longueur de ces scènes, fortement dialoguées, presque artificiellement puisqu’il s’agit de respecter une procédure pré-établie, est toutefois nécessaire. Parce qu’il nous faut comprendre ce geste et ces conséquences – autant pour la mère que le spectateur. Le tout est de trouver cet équilibre entre l’administratif et l’humain. Et ça, Jeanne Herry le trouve avec merveille. À partir de cet abandon s’enclenche toute une machinerie, mais aussi la collision inespérée entre diverses personnes, dont l’objectif premier sera de « trouver les meilleurs parents possible » à ce nouveau né.

… liés par un seul amour

La caméra de Jeanne Herry gravite donc autour de ce petit Théo, mais aussi de tous ces autres personnages qui ont à cœur de lui offrir la meilleure vie possible. Parce qu’on ne change pas une équipe qui gagne, la réalisatrice retrouve notamment Sandrine Kiberlain, dans le rôle d’une assistante sociale des plus attachantes et ce malgré son addiction aux bonbons ! Après l’aspect un peu frappadingue de son personnage dans Elle l’adore, l’actrice a cette fois ce tic : mâchouiller constamment quelque chose, jusqu’à en agacer certains. C’est pourtant le genre de petit détail qui rend son personnage encore plus vraisemblable, et qui permet aussi à l’humour de Jeanne Herry de se faire une petite place malgré la gravité de la situation. Comme Olivia Côte, autre comédienne favorite de la réalisatrice, qui se charge de mener à bien la demande d’adoption portée par Alice Langlois, mère célibataire campée avec brio par Elodie Bouchez.

Entre ces personnages gravite aussi celui de Gilles Lellouche qui s’illustre dans un registre plus dramatique qu’à l’accoutumée (et dans la même qualité que son film Le Grand Bain). Sa vie, c’est héberger des enfants en difficulté : faire famille d’accueil. Les jeunes enfants ou les adolescents, il connaît et il n’en peut plus. Les bébés, beaucoup moins ! Si l’histoire du petit Théo est une rencontre entre une mère en devenir et son futur fils, elle permet aussi à chacun de ces personnages d’en apprendre plus sur soi. Les flash-backs expliquant la situation d’Alice alourdissent quelque peu la durée du film mais ils témoignent encore de la dureté de la procédure lorsqu’un adulte souhaite à tout prix devenir un parent.

Il apparaît toujours chez Jeanne Herry ce même désir d’être dans l’humain, au plus proche de ses personnages, et de tous leur apporter une lueur d’espoir suite à cette rencontre. Ce sans jugement aucun envers la mère qui fait le choix d’abandonner son enfant. Pupille reste dans la neutralité la plus totale, mais parvient pourtant à créer une émotion des plus pures. Une finesse qui resplendit autant dans l’écriture que dans l’interprétation.

Conclusion : Pupille s’impose comme le film français à ne pas rater en cette fin d’année. Finement écrit et interprété, le film de Jeanne Herry dévoile avec émotion ce qu’est la difficulté d’être parent, d’adopter et de faire face aux procédures.


Pupille
Un film de Jeanne Herry
Sortie le 5 décembre 2018

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