[Critique] Premier contact réussi avec la SF pour Denis Villeneuve !

Avant de nous livrer la suite de Blade Runner (dont le tournage vient de s’achever), Denis Villeneuve effectue ses premiers pas dans l’épineux domaine de la science-fiction, ravivé cette année par l’excellent Midnight Special de Jeff Nichols. Autant le dire tout de suite : il est assez ardu d’évoquer Premier contact en détails sans avoir la crainte d’en spoiler l’intrigue. Malgré tout, nous relevons le pari… Ce serait ne pas rendre justice à l’un des longs métrages les plus intenses et généreux de l’année que de ne pas en parler. Oui, Premier contact est une réussite totale. Oui, c’est un film exigeant. Oui, ça vaut le coup de rester dans son siège pendant une heure et cinquante-six minutes. Silence Moteur Action vous dit pourquoi.

Lorsque de mystérieux vaisseaux venus du fond de l’espace surgissent un peu partout sur Terre, une équipe d’experts est rassemblée sous la direction de la linguiste Louise Banks (Amy Adams) afin de tenter de comprendre leurs intentions. Elle est assistée par le scientifique Ian Donnely (Jeremy Renner) et sous la supervision du Colonel Weber (Forest Whitaker). Face à l’énigme que constituent leur présence et leurs messages mystérieux, les réactions dans le monde sont extrêmes et l’humanité se retrouve bientôt au bord d’une guerre absolue. Louise Banks et son équipe n’ont que très peu de temps pour trouver des réponses. Pour les obtenir, la jeune femme va prendre un risque qui pourrait non seulement lui coûter la vie, mais détruire le genre humain…

Dialogue de sourds ?

Dans Premier contact, Denis Villeneuve réalise l’adaptation de L’histoire de ta vie, une nouvelle de Ted Chiang publiée en 1998 et récompensée – entre autres du Prix Nebula du meilleur roman court l’année suivante. Pour l’écriture du scénario, Villeneuve a fait appel à Eric Heisserer, déjà auteur de films d’épouvante tels que le préquel de The Thing, l’habile Destination Finale 5 et… le piteux Dans le noir, sorti l’été dernier chez Warner. Avec Premier contact, Heisserer passe à la gamme au dessus, et signe un réel scénario de science-fiction exigeant, requérant l’attention complète de son public.

En clair, si vous vous attendiez à ce que Premier contact soit un blockbuster où l’on explose des extra-terrestres à grand coups de tatane façon Independance Day, c’est raté. Villeneuve met son spectateur face à l’inconnu, à la place même que tiennent les personnages principaux et le reste du monde dans le film, inaptes à définir quelle réaction entretenir face à cette invasion. Dans District 9, Neill Blomkamp abordait déjà le traitement que pourraient entretenir les médias face à l’arrivée d’un vaisseau extraterrestre en Afrique du Sud. Villeneuve poursuit cette réflexion de manière ponctuelle, la pression médiatique et la quête de réponses pour le grand public s’accumulant sur les épaules de Louise Banks et son équipe. En découle toute une réflexion particulièrement bien pensée à propos de la manipulation de l’information et de ses sources : quel est l’objectif des extraterrestres ? Sont-ils ici pour nuire à l’espèce humaine ? Le gouvernement ment-il au grand public ? Autant de discours qui rappellent cette peur de l’inconnu et les réactions face à la crise migratoire depuis ces dernières années.

Voyage dans l’inconnu

Premier contact, à la manière de films tels que Midnight Special ou de séries comme The Leftovers, exige que son spectateur ne soit pas complètement passif face à ce qu’il voit. De toute manière, il y aura inévitablement un moment au cours duquel l’on se demande ce à quoi l’on assiste, et un autre où, tout simplement, on se dira : « What. The. Actual. Fuck. » Premier contact est une expérience cinématographique qui laisse pantois et songeur, quitte à nous faire reconsidérer notre rapport total face au monde et à ce que l’on en sait. Amy Adams est rayonnante, son personnage étant amené à remettre en cause le travail et les recherches qu’elle aura exercé toute une vie, à travers les sciences du langage.

Le titre français du film (Arrival en version originale) met ainsi l’accent sur l’enjeu majeur représente par la tâche de Louise Banks : entrer en contact avec les extraterrestres. Cette interrogation sur le langage et son rôle sont sublimés par la direction artistique du film, ancrée dans un certain minimalisme. Le « petit » budget du film (près de quarante millions de dollars tout de même) n’autorise pas des effets spéciaux à outrance, or tous ceux-ci sont majoritairement superbes. La noirceur et la sobriété des vaisseaux extraterrestres laissent place à un univers nébuleux et onirique, dans lequel vivent les aliens. On y trouve un petit air des vaisseaux des précurseurs chez Ridley Scott et Prometheus. Les dialogues entre humains et extraterrestres sont certains des moments privilégiés où la créativité artistique est mise en œuvre, à travers la langue – très visuelle – des ovnis. Cette identité visuelle va de pair avec le travail du compositeur Jóhann Jóhannsson, comparse de Denis Villeneuve depuis Prisonners. Sa musique originale, pesante, contribué à accroître le climat d’angoisse dans lequel les personnages sont plongés. Et que dire du morceau de Max Richter, « On The Nature of Daylight », qui ouvre et clôt le film ? Le choix du morceau et son placement n’est pas anodin, et correspond à l’intérêt qu’à Villeneuve pour représenter des cercles suggérant l’infini, le retour sur soi… et notre rapport à l’univers.

Conclusion : Premier contact s’impose comme l’une des œuvres de science-fiction les plus marquantes de ces dernières années, et offre à Denis Villeneuve le champ libre pour Blade Runner 2049. Brillant !

2 thoughts on “[Critique] Premier contact réussi avec la SF pour Denis Villeneuve !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

12 Partages
Partagez12
Tweetez