[Critique] Petit Paysan : le thriller d’un nouveau genre

Les mois passent en cette année 2017 et ne cessent de révéler les bombes du cinéma français. En cette fin août, deux sorties vont marquer les esprits : 120 battements par minute, le succès certain de Robin Campillo, et Petit Paysan, du jeune prodige Hubert Charuel. Pas facile de quitter sa province natale pour se confronter à la violence de la vie parisienne, encore moins pour atterrir à la FEMIS. Ce film est le résultat d’un parcours surréaliste depuis la ferme familiale au diplôme de la  prestigieuse école de cinéma.

Swan Arlaud est Pierre, la trentaine, éleveur de vaches laitières. Sa vie s’organise autour de sa ferme, sa sœur vétérinaire et ses parents dont il a repris l’exploitation. Alors que les premiers cas d’une épidémie se déclarent en France, Pierre découvre que l’une de ses bêtes est infectée. Il ne peut se résoudre à perdre ses vaches. Il n’a rien d’autre et ira jusqu’au bout pour les sauver. Comment Hubert Charuel a-t-il réussi à s’emparer du métier le plus trivial pour en faire le cœur d’un thriller d’une nouvelle génération ?

La construction d’une nouvelle forme d’horreur

Oui, nous pouvons l’affirmer, Petit Paysan sera cette année l’un des thrillers les plus noirs du cinéma français. Cela parait presque absurde : comment un film sur un éleveur laitier qui essaye de sauver son troupeau peut s’avérer être un grand film à suspens, alors qu’il a plus l’allure d’une nouveau documentaire de Raymond Depardon ? C’est toute la maestria de son jeune réalisateur, Hubert Charuel, qui démontre comment l’amour pour un métier peut pousser à l’acte irrémédiable. On ne spoile rien à dire que l’acte – et par acte on entend bien sur le meurtre d’une vache – arrive dès le début du film, alors même que l’on ne sait rien du personnage. La construction du personnage de Pierre se fait dans cet acte. Le paysan se définit par l’amour de son métier, et jusqu’où il est prêt à aller pour le (et se) sauver.

Pierre se plonge dans l’ivresse de la routine : le réveil, les tâches quotidiennes. On voit que ce quotidien se délite à mesure qu’il s’enferme dans les mensonges. On sait que ce qui va arriver est inévitable mais comment s’y préparer ?  On est dans la réalité, avec lui dans chaque étape. C’est de là aussi que le film tient sa noirceur : on ne peut pas être plus dans la trivialité, c’est l’horreur des gestes les plus humains qui construit la terreur autour du personnage. Charuel ajoute un ton un peu burlesque à Pierre, qui n’est pas sans rappeler l’univers des frères Cohen, dont les personnages sont dépassés par leurs actes, et ne prennent jamais la mesure de la gravité du meurtre. Pour Pierre, comme pour John Malkovitch dans Burn After Reading par exemple, le meurtre est justifié par un collectif, il faut en tuer un pour sauver les autres. Et l’on s’enfonce alors dans les situations absurdes pour essayer de couvrir son mensonge.

Vers un thriller documentaire ?

Petit Paysan raconte la fin d’un monde, l’histoire d’un métier, l’un des plus vieux du monde. Hubert Charuel a longtemps hésité à reprendre la ferme de ses parents. Avec ce film, c’est sa façon à lui de récupérer l’exploitation familiale. Il explique que le film a nécessité un long processus d’écriture (deux ans et demi), ce qui relève presque du travail minutieux du documentariste. Il pose le marqueur de la caméra, pour qu’on n’oublie jamais ce monde paysan. Un monde parfois paranoïaque et ambiguë, entre l’amour pour les animaux et leur exploitation. Swann Arlaud se transforme, autant qu’il se révèle comme on ne l’avait encore jamais vu à l’écran. Il fait preuve d’une grande maitrise des gestes du métier, et nous touche par l’affection qu’il a manifestement développé pour ces bêtes. On ne saurait dire si c’est la maladie qui a contaminé Pierre ou si c’est du stress, mais il montre qu’il donne tout son corps ; c’est l’abandon total de l’humain pour ses bêtes.

Conclusion : tous les codes du thriller sont dans Petit Paysan. Un film très noir parcouru par un esprit de tendresse.

Petit Paysan
Un film de Hubert Charuel
Sortie le 30 août 2017


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