[Critique] Personal Shopper : Olivier Assayas terrifie Kristen Stewart

Kristen Stewart et Olivier Assayas ne se quittent plus. Après avoir été l’assistance du personnage de Juliette Binoche dans Sils Maria, l’ex-vedette de la saga Twilight s’est vue offrir le premier rôle de Personal Shopper. Un long-métrage dont le nom est à même de mener en erreur, si tant est que l’on ne connaît strictement rien de l’histoire. Oui, Kristen Stewart incarne une assistante chargée d’acheter les vêtements et accessoires de clients richissimes. Or, Personal Shopper est bien loin d’être un film sur la mode ! Il s’agit là d’un film d’épouvante, et pour Assayas, l’essai a été payant. Bien que conspué par une partie de la critique au Festival de Cannes, le réalisateur français a remporté le Prix de la mise en scène pour son film. S’il n’est pas exempt de défauts, Personal Shopper a bel et bien cela : une ambiance incroyablement anxiogène et frappante, appuyée par une actrice principale rayonnante.

Maureen (Kristen Stewart), une jeune américaine à Paris, s’occupe de la garde-robe d’une célébrité.
C’est un travail qu’elle n’aime pas mais elle n’a pas trouvé mieux pour payer son séjour et attendre que se manifeste l’esprit de Lewis, son frère jumeau récemment disparu.
Elle se met alors à recevoir sur son portable d’étranges messages anonymes…

Toc toc… qui est là ?

Il y a dans Personal Shopper cette marque de fantastique qu’Olivier Assayas cherchait à franchir dans ses précédents films sans trop l’oser. Dans Sils Maria, Juliette Binoche et Chloë Grace Moretz se disputaient le rôle d’une carrière. Si l’on creuse un peu plus le sujet, le réalisateur touchait là l’immortalité des artistes, qui se transcendent et marquent le monde de leur empreinte par leurs performances. C’est là que naît leur « corps éternel, dynastique » (le « corps du roi » de Pierre Michon), qui dépasse ainsi notre enveloppe corporelle destinée « à la charogne ». Cette fois, le corps éternel est spirituel : il s’agit de l’esprit d’un être aimé, celui de Lewis, frère jumeau disparu de Maureen. Cette fois, Olivier Assayas embrasse le fantastique (et pourquoi pas l’épouvante) à bras le corps.

Les tentatives françaises dans le genre sont trop rares pour être systématiquement contestées. Si Alexandre Aja a préféré s’exiler aux Etats-Unis pour poursuivre sa carrière, c’est bel et bien parce que le genre horrifique manque cruellement de considération en France, malgré de belles surprises comme Grave, qui sera présenté à la prochaine édition du Festival de Sundance. Personal Shopper a certes quelques points noirs : si Assayas parvient aisément à créer une remarquable tension lors des échanges de SMS entre Maureen et son destinataire anonyme, il suffit de réfléchir quelques minutes pour savoir réellement avec qui celle-ci discute. Cependant, le contenu de la conversation et les objectifs de cet interlocuteur sont si ambigus que la peur parvient à s’installer et à planer tel le fantôme de Lewis, malgré la maladresse scénaristique.

Cette angoisse s’accentue également par la place prépondérante du silence à travers tout le long-métrage : Assayas choisit de ne pas parasiter son film avec de la musique qui viendrait futilement alourdir l’ambiance. Le réalisateur s’affranchit des sacro-saints codes des productions horrifiques hollywoodiennes, à base de jump scares et de séquences gores. Il préfère se focaliser sur ce qui est hors-champ, invisible, ce qu’il est impossible de dire. Tout est affaire d’ambiance, et Assayas l’a compris. Comme références dans le thème du spiritisme, Olivier Assayas s’oriente davantage vers la littérature et l’art pictural. Viennent alors les peintures de Hilma Af Klint, elle-même medium, et les expériences occultes de Victor Hugo dans Le Livre des Tables, retranscrites à l’écran avec Benjamin Biolay dans le rôle de l’écrivain. Au-delà de l’aura dégagée par ces artistes (eux aussi éternels), leur authenticité est remise en question : s’agissait-il tout simplement d’épisodes de folie, d’hallucinations ? Maureen est-elle réellement médium ? Quelle perception ont ses proches de ce « don » ? En plaçant la problématique de la croyance au centre de Personal Shopper, Assayas impose, tant à ses personnages qu’aux spectateurs, une remise en question constante.

Conclusion : Malgré des maladresses scénaristiques évidentes, Personal Shopper impressionne par son sens méticuleux de la mise en scène, angoissante à souhait. Kristen Stewart y est radieuse.

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