[Critique] La Passion Van Gogh : un polar en peinture

Rodin en août, Gauguin en septembre, Van Gogh en octobre… il semblerait que chaque mois de l’année 2017 ait son biopic consacré à un artiste. Toutefois, aussi nombreux qu’ils soient – et on le comprend, puisque le sujet permet un travail sur la forme très intéressant – les films sur des peintres célèbres sont souvent décevants. C’était sans compter sur La Passion Van Gogh, qui surprend autant par sa forme que par son intrigue, sorte de polar dans lequel les toiles du peintre prennent littéralement vie.

La Passion Van Gogh se déroule juste après le suicide du célèbre peintre. Armand, fils de facteur, doit délivrer une lettre écrite par Vincent à son frère juste avant sa mort. Mais en cherchant Théo Van Gogh, Armand trouvera un mystère : qu’est-il vraiment arrivé au peintre ? En recueillant les témoignages des personnes l’ayant connu, le protagoniste va découvrir la vérité sur les derniers jours de Vincent Van Gogh.

Donner vie à l’oeuvre de Van Gogh

La passion Van Gogh est le premier long métrage entièrement peint à la main. D’abord filmé en prises de vues réelles, avec de vrais acteurs, chaque plan a ensuite été peint par une équipe de plus de 100 artistes, puis photographié, pour donner un film d’animation visuellement éblouissant. Dès les premières images du générique, l’œil est attiré par les couches de peinture visibles sur l’écran et par les transitions en coup de pinceau. Puis le film commence, et il faut un certain temps pour s’habituer à l’absence de relief, à l’effet d’à-plat très caractéristique des peintures de Van Gogh.

Le film est en effet construit comme un véritable hommage à l’œuvre du peintre. Insérer des toiles de Van Gogh dans un film n’est pas une idée tout à fait nouvelle (dans Dreams, le réalisateur Akira Kurosawa emmenait son personnage à travers des paysages tout droit issus des tableaux du peintre), mais c’est de loin la plus aboutie. Les personnages et les décors sont inspirés, parfois presque à l’identique, de certains de ses tableaux comme La nuit étoilée ou le portrait du Docteur Paul Gachet. Une intertextualité dont les limites se brouillent, l’œuvre du peintre servant non pas de support mais de base à l’intrigue du film : l’histoire a bel et bien été créée à partir des peintures.

Par ailleurs, le film semble quelque part achever l’œuvre de Van Gogh. L’une des particularités des peintures de ce dernier est en effet la représentation du mouvement sur une toile pourtant fixe. En recréant ce mouvement au cinéma, Dorota Kobiela et Hugh Welchman nous montrent l’oeuvre telle que le peintre pouvait l’imaginer. La précision est également assez impressionnante, aucun détail n’est laissé au hasard : les nuages bougent, les oiseaux passent dans le ciel, les larmes sont d’un réalisme déconcertant. On peut apercevoir les différents styles des nombreux peintres qui ont participé au projet, notamment entre les passages de flash-back en noir et blanc, plus réalistes, et le présent en couleur, mais le film réussit pourtant à garder une belle homogénéité. Le tout est accompagné d’une bande son intelligemment créée afin de renforcer les diverses émotions des personnages.

Un polar dramatique

L’affiche du film nous montre un Vincent Van Gogh inspiré de son autoportrait peint en 1889. Cependant, sur l’affiche, il apparaît de dos, le visage tourné vers nous, mystérieux, comme s’il cachait quelque chose ou qu’il se méfiait. Une affiche qui arrive très bien à retranscrire l’esprit du film. Le personnage principal, Armand, est effectivement face à un mystère : 6 semaines avant son suicide, le peintre semblait aller très bien. Est-il réellement possible qu’il ait voulu mettre fin à ses jours ? Qu’est-ce qui l’a fait changer d’avis ? A moins que, peut-être, il ne s’agisse pas d’un suicide… Le film reprend les codes classiques du genre policier : de manière presque formelle, le protagoniste interroge chaque témoin – suspect potentiel – qui va alors lui raconter sa version des faits. Ce n’est qu’une fois tous les témoignages recueillis que l’enquêteur va pouvoir déterminer le vrai du faux.

Un traitement original pour un biopic, qui le rend plus dynamique, mais qui est aussi sa faiblesse. En effet, le recours presque systématique aux flash-back et la structure répétitive de l’intrigue deviennent au fil des minutes lassants, et de plus en plus prévisibles. La fin du film, aboutissement de tant de recherches, pesantes pour le personnage mais aussi pour le spectateur, peut sembler décevante, mais c’est aussi ce qui la reconnecte au réel et au dramatique de l’histoire. Car ce qui fait que l’on accroche à ce film entre drame et polar, c’est l’histoire de Van Gogh elle-même. Un destin tragique qui a profondément marqué les esprits : l’image de l’artiste maudit, incompris, sa solitude, son désespoir, son manque de reconnaissance continuent aujourd’hui de fasciner le monde entier et nous incitent à vouloir donner au peintre une meilleure vie, une meilleure mort.

Enfin, l’originalité du film est également que le personnage principal n’est pas Van Gogh, mais Armand, un personnage doté d’une belle évolution et auquel le spectateur peut réellement s’identifier. On observe d’ailleurs un changement de point de vue de la part du personnage d’Armand. Portant très peu d’affinité pour le peintre au début du film, il commence finalement une enquête qui tourne presque à l’obsession. Il s’identifie à Vincent au point de se mettre dans sa tête et dans son corps, comme lorsqu’il essaie de reconstituer la scène de sa mort. Dans la version française, la voix de Pierre Niney, tout en douceur, réussit à apporter une humanité au personnage, entre humour et sensibilité.

Conclusion : La passion Van Gogh est une prouesse technique visuellement éblouissante. L’intrigue, victime de quelques faiblesses, permet néanmoins d’aborder la vie du peintre de manière originale, en jouant avec les émotions du spectateur, touché par l’histoire de Vincent Van Gogh, et sur ce qu’il sait, croit ou espère être vrai ou faux sur sa vie.

La Passion Van Gogh
Un film de Dorota Kobiela et Hugh Welchman
Sortie le 11 octobre 2017

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