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[Critique] Parvana : petite fille afghane

Adapté du best-seller de Deborah Ellis, Parvana a fait succomber les spectateurs et le jury du Festival d’Annecy, qui lui ont décerné deux prix. Comme avec Funan, récompensé du Cristal du long métrage, Parvana est une preuve que le cinéma d’animation est absolument capable de traiter de sujets d’actualité en s’adressant à tous les publics. Placé sous le prisme de l’enfance, le film de Nora Twomey évoque la situation des femmes en Afghanistan, sous le régime des Talibans. C’est l’actrice Golshifteh Farahani qui donne sa voix à la petite héroïne afghane, qui trouve le moyen de résister pour s’affirmer.

À onze ans, Parvana vit à Kaboul, ville ravagée par la guerre et occupée par les Talibans. Elle aime écouter les histoires que lui raconte son père, lecteur et écrivain public. Mais un jour, il est arrêté : la vie de Parvana et sa famille bascule. Sans son père, impossible de sortir dehors, de travailler, de faire des courses. La petite fille devra faire preuve de courage et d’audace pour sauver son père…

Le conte comme source de courage

Avant même son arrivée dans la compétition du Festival d’Annecy, la réputation de Parvana n’était plus à faire : le film de Nora Twomey avait déjà récolté une nomination à l’Oscar du meilleur film d’animation. S’il s’est incliné devant Coco, le film de Disney PixarParvana n’a pas démérité sa place dans cette catégorie. Il est difficile de ne pas apprécier la qualité graphique du long métrage, à commencer par la modélisation des personnages : le père et sa stature imposante (due à ses formes élongées) inspirent la confiance, tandis que les grands yeux bleus de Parvana, qui se marient avec la couleur de son voile, laissent entrevoir sa sagesse. Si l’on s’attache à la symbolique de la couleur bleue, celle-ci évoque non seulement la sagesse mais aussi la sérénité, le rêve et l’imagination : pour échapper à la réalité, Parvana se réfugie dans les histoires que lui contait son père…

Le conte apparaît d’abord comme une échappatoire, aussi car l’univers graphique du film change complètement d’aspect. On passe alors du dessin au papier découpé dans un ensemble de couleurs beaucoup plus chatoyant que dans le quotidien morne de la petite fille. Parvana raconte une histoire à son petit frère, chez elle, pour le calmer. L’histoire d’un jeune garçon prêt à terrasser un monstre pour récupérer les récoltes de son village : trois objets lui seront nécessaires sur son chemin pour mener à bien cette quête. Très vite, le conte se calque sur la réalité : Parvana devra se faire passer pour un garçon afin de pouvoir travailler et espérer pouvoir rendre visite à son père. Elle découvrira qu’elle n’est pas seule à devoir se grimer pour aider sa famille. Sa mère et sa grande sœur ne sont pas en mesure de faire quelque chose : tout repose sur la petite fille.

Parvana n’occulte pas non plus la violence. Certaines scènes sont très dures, telles que l’enlèvement du père, les coups pris par certains personnages et la difficulté à s’en remettre ; même la mort est montrée de manière frontale. Le tout est abordé sans concession, l’histoire de la famille de Parvana gardant même de lourds secrets. Le film évoque ce climat d’oppression permanent envers les femmes, jugées inférieures et inutiles en dehors de leur travail domestique. La dureté des mots, la torture psychologique et même les mariages forcés sont mentionnés, ce qui font du long métrage de Nora Twomey un juste état des lieux de la vie difficile des femmes en Afghanistan.

Conclusion : Si Parvana semble se situer dans un entre-deux entre le rêve et la réalité, force est de constater que le conte finit par avoir des conséquences sur la vie de la petite fille. Nora Twomey délivre une histoire touchante et un portrait vibrant de générations de femmes touchées par l’islamisme radical.


Parvana, une enfance en Afghanistan
Un film de Nora Twomey
Sortie le 27 juin 2018

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Comments (2)

  1. […] Lire la critique du film […]

  2. […] – se chargent d’aborder ce thème à leur manière, tels que les très beaux films Parvana et Funan, sortis respectivement en mai 2018 et mars 2019. Cette fois-ci, c’est la Première […]

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